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ENTRETIEN AVEC… ANTOINE DIAMACOUNE (Commandant des opérations militaires du Mfdc) : «Nous ne voulons plus de la guerre»

Dans cet entretien, Antoine Diamacoune explique les raisons des opérations que ses hommes sont en train de mener sur le long de la frontière avec la Gambie, revient sur leur volonté de négocier avec le Sénégal, sans oublier les péripéties qui l’ont conduit à rejoindre le maquis.

Source Le Quotidien

Dans cet entretien, Antoine Diamacoune explique les raisons des opérations que ses hommes sont en train de mener sur le long de la frontière avec la Gambie, revient sur leur volonté de négocier avec le Sénégal, sans oublier les péripéties qui l’ont conduit à rejoindre le maquis.

Antoine Diamacoune, vous êtes bien le commandant des opérations militaires du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance ?

Je suis le commandant des opérations au niveau de la frontière sud de la Guinée-Bissau et de la Casamance. C’est nous qui avons constitué ce commandement pour mettre Salif Sadio hors d’état de nuire à l’endroit des populations et des combattants, en particulier. Ses actes, il les perpétrait au nom du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance.

Vous voulez tuer Salif Sadio ?

Nous n’avons pas l’intention de le tuer, nous sommes en train de faire en sorte qu’il soit isolé parce que nous pensons d’abord à l’unité du mouvement. Mais comme lui s’est autoproclamé chef, cela veut dire qu’il n’est pas un bon militant de la cause casamançaise, il tue des personnes au moment où nous sommes en train de lutter pour le bien-être des populations. C’est pourquoi nous avons essayé de l’écarter et c’est ce que nous sommes en train de faire maintenant.

Est-ce que vous pouvez confirmer que tous les rebelles sous contrôle de César Atoute Badiate ont constitué un commandement pour attaquer Salif Sadio ?

Les hommes de César Atoute Badiate ? Moi personnellement, je fais partie du commandement en chef. Et ce que nous décidons, c’est de finir cette rébellion qui fatigue les populations de la Casamance. Nous ne luttons pas contre elles, nous luttons pour leur liberté, l’indépendance de la Casamance.

Que voulez-vous dire par finir cette guerre ?

Finir cette guerre, cela veut dire que nous sommes prêts à aller à la table de la négociation. Là, nous tendons la main à toutes les bonnes volontés, surtout au gouvernement du Sénégal pour qu’on puisse s’asseoir pour parler, discuter de la paix. La paix est la chose primordiale ici en Casamance. Depuis combien d’années nous sommes en guerre ?

Il faut bien préciser vos paroles. Est-ce que par paix, vous entendez renoncer à l’indépendance pour laquelle vous vous battez ?

La paix ne veut pas dire renoncer à la lutte pour l’indépendance. L’objectif de l’indépendance reste inchangé. Mais c’est en négociant qu’on peut déterminer les choses. Quand on ne négocie pas, on ne trouve pas de solution aux problèmes. Il faut qu’on négocie parce que nous suivons, nous, la voix du défunt prélat Augustin Diamacoune Senghor qui appelle toujours à la paix, à la négociation. Regardez les populations au niveau de Kabrousse, jusqu’à Vélingara et Kolda, là où nous sommes situés maintenant et à partir de la frontière avec la Guinée Bissau, tout est calme. Tout est calme parce que nous voulons la paix afin que les populations vaquent librement à leurs occupations quotidiennes pour qu’on arrive, au moins avec l’Etat du Sénégal, à négocier dans un pays neutre. Quand on parle de Foundioungne, qui est une localité du Sénégal, nous ne pouvons pas y aller pour négocier avec les Sénégalais chez eux. C’est dans un pays neutre que la Casamance et Sénégal vont se parler pour déterminer les moyens de mettre fin à la guerre en Casamance.

Où voulez-vous négocier ?

Pour le moment, nous avons nos hommes un peu partout ; l’aile civile et l’aile combattante qui doivent se réunir avant des négociations.

Quand est-ce que vous allez vous réunir ?

Ça dépend, parce que nous sommes en train d’en finir avec Salif Sadio. C’est presque fini maintenant. On va essayer de s’organiser au niveau de la Guinée-Bissau qui est un pays garant que les deux parties (Ndlr : Le Sénégal et la Casamance) ont chargé de cette tâche. Nous avons confiance en la Guinée-Bissau qui doit nous donner la liberté par rapport au Sénégal.

Vous êtes en train de combattre Salif Sadio ?

Pour le moment, non. Depuis l’an 2000, nous avons tout fait pour trouver une solution d’unité avec lui et ses hommes, sans succès. Vous vous souvenez des assises inter Mfdc de 2006, lorsque Abbé Diamacoune a effectué le déplacement pour assister à cette réunion qui devait permettre à tous les combattants d’enterrer la hache de guerre fratricide afin qu’on puisse parler d’une seule voix. Salif Sadio avait refusé de venir. Quand nous allons vers lui, ce n’est pas pour le tuer, nous voulons simplement le rapprocher de nous afin qu’on forme un bloc car la Casamance est unique.

Mais vous êtes en train de combattre Salif Sadio !

Non. On va vers lui et ses hommes pour le ramener dans les rangs.

Vous disiez au téléphone, lorsque j’étais à Ziguinchor, que vous aviez fait des prisonniers ?

Des prisonniers ? Mais nous n’avons pas de prisonniers. L’opération que nous avons effectuée le long de la frontière avec la Guinée-Bissau, de notre Etat-major (Ndlr : lieu de l’interview, près de la frontière bissau-guinéenne) jusqu’à Kassolole et Kolda, c’était pour chasser les hommes de Salif Sadio. Et tous ses combattants qu’on a pris ont intégré nos rangs maintenant. Des prisonniers, c’est ce que les gens peuvent dire, mais pour nous, ils ne sont pas des prisonniers. Ce sont des gens qu’on amène.

Par la force ?

Non, écoute. Quelqu’un qu’on prend dans la zone de combat, on ne le tue pas, on lui donne des conseils, on lui fait un lavage de cerveau et on continue notre chemin. On n’a jamais tué quelqu’un. Ce sont des Casamançais comme nous. Notre objectif est le même.

Avez-vous confiance en ces gens ?

On va voir parce que chacun a sa mentalité propre, son intelligence propre, mais nous pensons que ce sont des Casamançais et qu’ils finiront par comprendre le motif et l’objectif de la Casamance. Quand ils comprendront que c’est cette voie là qu’il faut suivre, nous irons ensemble. Et jusqu’à présent, les gens que nous avons arrêtés, des soi-disant prisonniers, vous pouvez les appeler des prisonniers, ils sont à nos yeux des frères Casamançais. Nous n’osons pas les considérer comme des captifs parce qu’ils sont venus ici dans le maquis pour lutter pour la libération de la Casamance.

Où est-ce que vous les gardez ? Sont-ils dispersés dans vos différents camps ?

Ils sont partout. Là où nous sommes présentement, je peux appeler certains qui peuvent confirmer, mais pour le moment comme vous êtes venu par surprise, prochainement, il y aura quelqu’un qui pourra témoigner de leur situation.

La semaine dernière (Ndlr : l’entretien a eu lieu le vendredi 13 avril passé), les armes tonnaient dans le département de Bignona. Qu’est-ce que vous faisiez ? C’était l’armée qui était en ratissage dans la zone ou c’était vous ?

La semaine dernière, tout ce qui s’est passé, les coups de feu qui ont été entendus au niveau de la frontière gambienne, c’est qu’il y avait certains éléments de Salif Sadio dans le secteur. Ils étaient venus tirer sur les populations et sur les voitures. C’est cette zone que nous étions en train de nettoyer afin que nous puissions préparer les négociations avec l’Etat du Sénégal. Nous, on ne fait pas la guerre. On ne veut plus faire la guerre (…) Les gens qui sont embusqués, quand on va chez eux, ils vont tirer les premiers parce qu’ils sont là à attendre. Mais nous, nous sommes allés leur parler pour que des coups de feu ne soient plus tirés sur les populations civiles. Vous vous souvenez de la mort de Adiokane (Ndlr : Maurice Diatta) ? Tous ces meurtres sont mis malheureusement sur le dos du Mfdc. C’est ce dont nous ne voulons plus.

Qui a donc tué Adiokane ?

C’est la bande à Salif Sadio.

Vous maîtrisez la situation maintenant ?

Les principaux camps qui étaient le long de la frontière avec la Gambie sont passés sous notre commandement. Nos hommes ont tout récupéré et ils y sont basés actuellement le long de la frontière non seulement pour prendre position mais aussi pour éliminer les bandes guerrières dans l’optique de négociations avec le Sénégal.

Vous voulez dire qu’il n’existe plus de camps contrôlés par Salif Sadio ?

Pour le moment, nous sommes en train de poursuivre nos recherches. Mais les principaux camps ont été détruits et nos hommes sont sur le terrain.

Est-ce qu’il y a eu des victimes ?

Bon, les victimes, ça c’est la guerre. On ne peut pas faire des omelettes sans casser les œufs.

Les victimes sont de quel côté ?

Bon, ça dépend…(Ndlr : il refuse de continuer la phrase).

Pouvez-vous nous dire pourquoi et quand avez-vous rejoint le maquis ?

C’est une longue histoire (Ndlr : il se tait un moment et rit avant de poursuivre la phrase). Comme je suis de la famille Diamacoune, chaque fois on pense que tous les Diamacoune sont des rebelles. J’étais élève au lycée Alpha Molo Baldé de Kolda. Mais pour venir de Kolda à Oussouye, au niveau de tous les barrages militaires des Sénégalais, on m’arrêtait, on me frappait. On me manoeuvrait, on m’a même fait creuser ma tombe. Je suis dans le maquis comme un réfugié.

Vous êtes venu dans le maquis pour vous venger ?

Non pas pour me venger, mais pour me réfugier et pour sauver ma vie. Je ne suis pas le seul combattant dans cette situation. J’ai rencontré beaucoup d’élèves comme moi qui vaquaient librement à leurs occupations. D’autres avaient leur métier mais comme ce sont des diolas…. Quand vous étiez casamançais dans les années 92, 93, 94, 95, c’étaient les années de la tuerie partout. On les arrêtait, on les tuait.

Où est-ce qu’on vous a fait creuser votre tombe ?

C’est à Nyassia (Ndlr : il se fâche), ça me fait mal de parler de cela, laissez-moi, on ne parle plus de ça. Ce qui compte pour moi maintenant, c’est la paix pour que les casamançais comme moi ne soient plus victimes de cette situation.

Vous êtes le neveu du prélat Diamacoune. Quel est le meilleur souvenir que vous avez gardé de lui après sa disparition ?

Ce ne sont que de mauvais souvenirs parce que d’abord, il est mon oncle, avec le même nom, Diamacoune. C’est ce qui m’a fait souffrir toute ma vie et jusqu’aujourd’hui, je souffre. Je suis dans cette situation à cause de mon nom Diamacoune. J’ai quitté ma terre, j’ai quitté mes parents, j’ai quitté tout le monde pour rester ici dans la brousse. Ce n’est pas ce que je souhaitais. Maintenant la cause de la Casamance, c’est ce qui me pousserait à aller jusqu’au bout.

Il vous arrive de regretter parfois d’avoir rejoint le maquis ?

Non, je ne regrette rien. Comme on m’a poussé à y aller, je me suis adapté à la vie que je suis en train de mener dans le maquis.

Avez-vous un message à lancer aux jeunes de la Casamance, aux autorités sénégalaises ?

Aux jeunes casamançais, partout où ils se trouvent, qu’ils sachent qu’ils sont des casamançais. Ce n’est pas moi qui vais dire aux casamançais ce qui se passe chez eux. Mais chacun sait ce qu’il est en train de vivre au niveau du Sénégal. J’appelle le président de la République du Sénégal, Me Abdoulaye Wade, à se rapprocher du Mfdc, de son aile combattante également pour qu’il y ait négociation. S’il pense que c’est la guerre et les armes qui doivent régler le problème de la Casamance, nous ne le pensons pas de notre côté.

Est-ce que vous êtes en mesure de résister au feu des militaires sénégalais ?

La Casamance n’a pas de force. Vous savez tout ce qui se passe, ce sont les casamançais qui souffrent de toute cette situation mais mourir dans la vérité et la dignité, c’est mieux, je pense.


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