Confidences

Entretien avec John Marshall, l’ambassadeur de Grande-Bretagne à Dakar : « Le fléau freine le développement et sème l’instabilité. Que les corrompus soient traduits en justice et qu’il n’y ait pas d’impunité »

  • Date: 22 juillet 2015

Pour l’ambassadeur de Grande-Bretagne au Sénégal, John Marshall, la corruption freine le développement et favorise l’instabilité. D’où la nécessité, selon lui, pour chaque pays de traquer tous les corrompus, quels que soient leurs rangs. Dans cet entretien exclusif accordé à www.SenePlus.Com, le diplomate, qui quitte son poste dans les prochains jours, plus de quatre années après son arrivée à Dakar, salue le lancement de la traque aux biens mal acquis. Aussi, il se dit satisfait de l’état de la coopération sénégalo-britannique, espère que le Sénégal tirera le meilleur profit du pétrole, se souvient des tensions politiques à la veille de la présidentielle de 2012…

Votre mission à Dakar, où vous représentez la Grande-Bretagne depuis plus de quatre ans, prend fin cette année. Quels auront été les temps forts de votre expérience d’ambassadeur au Sénégal ?

En effet, j’ai fait 4 ans et quelques mois au Sénégal. En ce qui concerne les temps forts, sur le plan bilatéral, je peux citer par exemple, la visite du Président Macky Sall à Londres, en 2013, et sa participation au sommet du  G8 en Irlande du Nord, ainsi que sa participation à certaines activités portant sur des questions relatives à l’évasion fiscale et la transparence dans le secteur minier, sous la présidence britannique du G8.

En 2012, nous avons organisé à Londres les Jeux olympiques et  Paralympiques. Pour moi, c’était un très grand plaisir de voir la participation des athlètes sénégalais. J’ai eu l’honneur de les accueillir ici à l’ambassade et de suivre leurs prestations. Ces jeux étaient un vrai défi, mais ils ont été couronnés de succès.

Il y a eu beaucoup de progrès dans les échanges économiques et commerciaux entre les deux pays. On peut citer par exemple, les investissements britanniques dans le secteur agricole, surtout dans la Vallée du fleuve du Sénégal.  La signature d’un accord de non-double d’imposition entre le Sénégal et la Grande-Bretagne, au début de cette année, devrait faciliter davantage ces échanges.

À combien est chiffré l’impact de ces investissements britanniques au Sénégal ?

Je n’ai pas les chiffres exacts. Je préfère parler des emplois créés. Ce qui est important c’est de savoir que ces investissements génèrent beaucoup d’emplois. Et ces sociétés, pendant la période de récolte, font travailler plus de deux mille personnes venant des villages environnants. Il y a une masse salariale considérable dont profitent les habitants de ces villages. Cela ouvre beaucoup d’opportunités pour les populations. Il y a aussi dans le secteur des hydrocarbures, un développement très excitant parce que c’est une société britannique, Cairn Energy, qui a découvert du pétrole au large du Sénégal. La société entre maintenant dans une phase d’analyse et d’exploration, et si tout va bien, d’ici trois ans, elle va commencer la phase de développement qui va conduire à la production.

Le Sénégal est-il à l’abri de ce qu’on appelle la «malédiction du pétrole» ?

Je sais qu’on parle beaucoup de la «malédiction du pétrole», mais je suis confiant que dans le cas du Sénégal, ce ne sera pas une malédiction parce que les partenaires du Sénégal sont très fiables et très responsables. Aussi, le Sénégal a le temps de mettre en place un système qui lui permettra de bénéficier des retombées éventuelles de la manne pétrolière si, d’ici trois  ans, les tests et les analyses montrent que la réserve est viable aux plans économique et commercial. Il y a beaucoup d’activités  menées par des entreprises britanniques dans les autres secteurs comme l’énergie, les services. Je suis certain  que cela va se développer dans les années à venir.

Vous êtes arrivé au Sénégal en 2011, année de vives tensions politiques. Comment avez-vous vécu ces moments-là ?

En effet, j’ai eu le privilège d’être au Sénégal pendant une période intéressante au plan politique avec la deuxième alternance. Je suis arrivé à Dakar en 2011 juste avant les évènements du 23 juin qui se sont déroulés à quelques centaines de mètres de l’Ambassade… C’était une période de haute tension, où la politique a tout dominé. Le Sénégal a vécu des moments difficiles mais j’ai toujours été convaincu qu’il allait en sortir indemne. Franchement, ce sont mes souvenirs les plus marquants de cette période-là. Heureusement que les élections se sont bien déroulées.

Vous avez connu Wade, vous avez cheminé trois ans avec Macky Sall. Sentez-vous la rupture dans la gestion de l’État depuis la deuxième alternance ?

J’apprécie beaucoup le fait que le Président Macky Sall ait parlé de la nécessité de la rupture et son insistance sur une gouvernance sobre et vertueuse ainsi que la nécessité pour le Sénégal et les Sénégalais de prendre leur destin en main pour le développement de leur pays. Je pense que l’orientation qu’il a donnée est la bonne.

Comment avez-vous apprécié la conduite de l’affaire dite de la traque aux biens mal acquis ?

Je pense que la traque des biens mal acquis est une bonne chose. Ce qui est important, que ce soit au Sénégal ou dans n’importe quel autre pays, c’est qu’il y ait une vraie lutte contre la corruption, qui freine le développement et sème l’instabilité. Ce qui est important c’est que les corrompus- qu’ils soient des agents de sécurité, des juges, des fonctionnaires, des hommes d’affaires, des politiciens ou de simples citoyens- soient traduits en justice et qu’il n’y ait pas de l’impunité. Et surtout, il faut éviter que des individus détournent des fonds publics.

Est-ce que Londres a apporté son concours au gouvernement du Sénégal dans le cadre de cette procédure ?

La Grande-Bretagne n’a pas reçu une demande d’assistance concrète de la part du Gouvernement sénégalais, mais elle était tout à fait disposée  à l’assister, s’il en faisait clairement la demande.

Quels souvenirs garderez-vous de la vie au Sénégal

J’ai de très bons souvenirs du Sénégal. J’ai un peu voyagé  dans le pays. Je n’ai pas parcouru tout le pays certes, mais j’ai pu visiter par exemple Saint-Louis plusieurs fois, Podor, Matam et Louga. J’ai été plusieurs fois au Sine-Saloum ainsi que dans la région de Kédougou. J’ai été en Casamance. L’une de mes passions, c’est la nature. J’aime beaucoup la vie à Dakar. C’est une ville très agréable, surtout avec sa situation géographique au bord de la mer. Mais comme je suis d’origine rurale, j’aime beaucoup aller à l’intérieur du pays pour découvrir la nature. Mes souvenirs les plus marquants sont  la nature et les oiseaux. Par exemple,  la nature dans la Vallée du Fleuve Gambie est remarquable avec les oiseaux, les hippopotames à Wassadou. J’aime beaucoup Kédougou avec ses chimpanzés. Par ailleurs, j’ai des souvenirs magnifiques de la forêt «Djamel» près de Matam avec un vol impressionnant de guêpiers sans oublier les gros serpents que j’ai vus à Bandia. Je me suis également intéressé au côté historique du Sénégal, les villes coloniales françaises notamment Saint-Louis et Gorée, qui furent aussi occupées par les Britanniques à l’époque.

Vous sentiez-vous adopté par la populations sénégalaise ?

J’aime beaucoup les Sénégalais parce qu’ils sont très ouverts, très optimistes et très accueillants. J’ai toujours établi facilement le contact avec les Sénégalais que ce soit dans un contexte professionnel ou personnel. Je pense que c’est l’un des atouts du Sénégal. J’ai eu la possibilité de voyager au Sénégal comme je vous l’ai dit tantôt, que ce soit au Nord ou au Sud, j’ai toujours trouvé le même accueil très chaleureux et sincère.

Quels sont les plats sénégalais qui vous manqueront ?

J’aime les poissons préparés par mon cuisinier qui est extraordinaire. C’est l’un des grands avantages d’habiter au bord de la mer. J’apprécie aussi les plats sénégalais comme le thieboudieune. J’apprécie également certains fruits sénégalais, surtout les mangues. Les mangues sénégalaises ont un goût extraordinaire. Et j’espère en trouver en Grande-Bretagne à mon retour.

Le Sénégal va vous manquer ?

Évidemment, le Sénégal va me manquer. Et j’espère bientôt revenir d’ici quelques années pour voir les progrès qui auront été réalisés. Je suis extrêmement intéressé par l’évolution du pays, de Dakar en tant que ville et de Diamniadio par exemple.

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