Confidences

Entretien avec l’ex-délégué du Sutsas de Hoggy : Les misères de Cheikh Seck

  • Date: 10 juin 2016

Deux mois après sa réintégration, l’ex-délégué du Sutsas à l’Hôpital général de Grand Yoff (Hoggy), qui a aujourd’hui créé sa propre organisation syndicale, analyse la décision de justice de la Cour suprême qui l’a rétabli dans ses droits. Tout de même, le syndicaliste n’est pas encore au bout de ses peines. Il a vu son salaire et ses avantages coupés. Cheikh Seck court après plus de 20 mois de salaire. Il dénonce ici l’attitude de la tutelle qui, selon lui, tergiverse et cherche des raccourcis pour ne pas lui payer son dû. En attendant, le syndicaliste entend continuer la lutte avec sa nouvelle organisation récemment mise en place : Le Syndicat démocratique des travailleurs de la santé et du secteur social (Sdt3s).

Vous venez de mettre en place un nouveau syndicat. Peut-on dire que le divorce est total entre vous et le Sutsas ?
Oui. On n’a pas le choix. C’est vrai, nous avons créé une nouvelle organisation dénommée Syndicat démocratique des travailleurs de la santé et du secteur social (Sdt3s). Il faut voir le processus qui nous a amenés à créer cette organisation. Depuis 2007, il y a eu des remous au sein de notre structure ici à l’Hôpital général de Grand-Yoff. Les dirigeants du Sutsas, qui devaient nous soutenir dans cette lutte, ont eu des positions divergentes par rapport à nous. Nous avions constaté qu’ils étaient du côté de la direction et voulaient se servir du syndicat pour se rapprocher de l’Etat.

Quand on a commencé à dénoncer la manière dont notre organisation était gérée, certains de nos doyens nous avaient demandé de ne pas casser le syndicat parce que, disaient-ils, l’émiettement syndical ne favorise pas les travailleurs. Ils nous ont dit que beaucoup de responsables qui actuellement dirigent l’organisation allaient bientôt partir à la retraite et n’auront pas un autre mandat. Nous sommes à cette époque restés à l’intérieur et avons continué notre combat. En 2012, à notre grande surprise, ils se sont maintenus à leur poste. Plus grave, lors de ce congrès, ils nous ont refusé l’accès. Moi-même, je n’y ai pas participé. Ils ont monté leur bureau sans nous.
Malgré tout cela, nous n’avions pas jugé nécessaire de démissionner. Nous avions continué à dénoncer. Et un beau jour, ils nous ont dit que nous étions exclus du Sutsas. Moi-même, j’étais le secrétaire général du Sutsas/Section Hoggy, le docteur Mouhamadou Ly, membre du comité exécutif, Abdou Guèye, ancien président de l’Association des infirmiers et infirmières d’Etat, et d’autres qui n’ont pas été exclus, mais muselés. Et c’est ça qui nous a motivés à créer ce syndicat.

Avec quel groupe avez-vous créé ce syndicat ? Sont-ils des travailleurs de Hoggy ou des membres du Sutsas ?
Ce sont des travailleurs du Sutsas. Lors de l’Assemblée générale, des gens sont venus de Kédougou et même de Richard-Toll. Nous avons fait le travail en amont. Depuis 2007, nous avions un groupe. Nous avons même un blog qui s’appelle «Sauver le système 2012». Il y a dans ce blog toutes les activités que nous avons menées à Dakar et dans les régions. Donc, on était en contact avec des gens qui sont dans l’intérieur du pays.
Si nous avons lancé ce syndicat, c’est parce que ce sont ceux de l’intérieur du pays qui nous ont convaincu de la pertinence de créer cette organisation syndicale. Ce ne sont pas aussi seulement les travailleurs de Hoggy bien entendu. C’est ma base, mais c’est une organisation syndicale qui a une envergure nationale. Jusqu’à présent, des travailleurs nous appellent pour nous dire que nous avons tardé à créer ce syndicat. Si on l’a fait tardivement, c’est parce qu’on ne voulait pas qu’on nous reproche le fait qu’il y ait beaucoup de syndicats. On ne peut pas rester éternellement les bras croisés et laisser des personnes nous prendre en otage.

Vous en êtes le secrétaire général ?
C’était l’Assemblée générale constitutive. On a mis en place un bureau, mais il est provisoire. Je suis le secrétaire général. On ne peut pas reprocher à certains syndicats le manque de démocratie et ensuite faire comme eux. Certains nous disent qu’ils n’étaient pas informés et qu’ils sont intéressés. On met en place un bureau provisoire de 5 personnes et on souhaite que cela ne dure pas deux mois. C’est une période qu’on va mettre à profit pour vendre nos cartes. Les gens vont élire librement leurs délégués au niveau des sous-sections, des sections et au niveau régional. Après, nous allons choisir un bureau de 25 personnes. Nous avons déjà tracé le statut et le règlement intérieur. A partir de là, les travailleurs vont choisir leur secrétaire général et les membres du bureau. Je serai candidat. Si je suis choisi, je resterais sinon je laisserais la place à celui que les travailleurs choisiront. Nous voulons faire un syndicalisme de rupture. D’ailleurs, nous sommes l’un des rares syndicalistes qui prennent en charge des malades dans notre service.

Vous êtes de retour à Hoggy. Cela veut dire que vous avez gagné le bras de fer qui vous opposait aux autorités du ministère de la Santé et de l’action sociale ?
Oui. C’est la justice qui a triomphé. Le combat a duré deux ans. Mais jusqu’à présent, le ministère continue à tergiverser. Malgré le fait que la Cour suprême s’était prononcée de façon très claire. Quand elle s’est prononcée, je suis retourné à l’hôpital pour prendre service. J’ai été victime d’une agression par les autorités de cet hôpital et pourtant, c’est une nouvelle autorité qui gère maintenant la structure. Des gens se sont interrogés pour dire : «Pourquoi elle mène ce combat alors qu’elle vient juste d’être nommée à la tête de la structure ?»
Cela fait un an que la Cour suprême a rendu sa décision pour ma réintégration à Hoggy. Le ministère a traîné les pieds. Les autorités de ce ministère ont voulu faire comme Serigne Mbaye Thiam avec les élèves-maîtres. Jusqu’au moment où je vous parle, à part le fait que je sois revenu à l’Hôpital Grand-Yoff, tous mes droits y compris le salaire que j’avais à Hoggy ne me sont pas rendus.

Vous êtes revenu depuis quand ?
Depuis deux ou trois mois, je suis dans cet hôpital.

Vous n’êtes toujours pas payé ?
Le ministère a voulu changer mon matricule et il n’a pas voulu payer le passif. Jusqu’à présent, je n’ai pas encore repris ma place dans le Conseil d’administration. En même temps, les autorités du ministère ont coupé tous mes avantages, y compris mon salaire. Cela va faire bientôt deux ans, jusqu’au moment où je vous parle je ne l’ai pas perçu. Les autorités du ministère ont changé mon matricule pour que demain je ne réclame pas le passif qu’elles me doivent. Quand je suis venu, elles ont mis dans la prise de service que j’étais affecté par note de service numéro tel. Je suis allé voir la directrice pour lui dire que je ne suis pas affecté à Hoggy. J’ai été réintégré. Parce que si je suis affecté, je n’aurais plus le droit de réclamer mes 20 mois de salaire. Le mot «réintégration» a tout son sens. C’est seulement la note signée par Issa Mbaye Samb (Ndlr : ancien ministre de la Santé sous Wade, qui est décédé) qui m’avait affecté ici en tant qu’agent qui est valable. Cela annule la note du ministre. Je suis allé voir le directeur de Cabinet du ministre par deux fois pour attirer son attention, mais rien n’a été fait.
La direction de l’hôpital est en train de jouer à un jeu. Elle a pris un garçon de salle pour me remplacer ; elle lui a donné mon bureau. Depuis que je suis arrivé, le matin je suis obligé d’aller à gauche et à droite pour me changer et mettre ma blouse. Quand j’interpelle l’autorité de cet hôpital, elle me dit toujours qu’elle a l’aval des autorités. C’est celui du ministre de la Santé ? C’est qui ? Et c’est ça la question. Si c’est Eva Marie Coll Seck, j’aurais mal. Parce que cet acharnement, je ne le comprends pas.

Que comptez-vous faire alors ?
Je suis patient. Depuis deux ans, je vis cette situation. Quel que soit alpha, ces gens-là ne pourront pas m’empêcher d’exister. Cela fait deux ans qu’ils sont en train de me détruire. Le mot n’est pas trop fort. On m’a amené à la Division des investigations criminelles (Dic) un vendredi pour que je passe le week-end alors que j’avais dénoncé un marché irrégulier. Après, on m’a conduit à la Section de recherches et au Tribunal. Et le dernier acte a été de m’affecter pour m’isoler. C’est le système qui est pourri. Je ne dis pas que le ministre de la Santé est une mauvaise personne, mais elle ferme les yeux sur beaucoup de choses qui se passent dans son secteur.
Ce secteur, en termes d’évolution, de moyens et d’argent que l’Etat met, je ne pense pas qu’il y ait un autre secteur où l’Etat dépense autant. Le budget du mi­nistère de la Santé en 1998 était de 28 milliards. Aujour­d’hui, on est à 150 milliards. Cha­que année, on augmente le budget. Sur le plan de la prise en charge des malades, il y a la Couverture maladie universelle, la gratuité de la césarienne et des enfants de 0 à 5 ans. Pourtant, les populations ne ressentent pas ces efforts. Où passe cet argent ? C’est ça la véritable question.

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