Confidences

Entretien Avec Makhtar Kane- l’époque du Jihad du sang est révolue

  • Date: 2 décembre 2015

En septembre 1895, l’administration coloniale décida d’envoyer Cheikh Ahmadou Bamba en exil au Gabon pour que « l’agitation causée par ses enseignements soit oubliée au Sénégal », d’après le rapport transmis au gouverneur Louis Mouttet. Plus qu’une punition administrative, Makhtar Kane, secrétaire à la communication de Moukhadamatal khidma, explique en quoi c’était une épreuve divine.

C’est quoi la portée du Magal de Touba ? 

C’est le jour où Serigne Touba est parti servir son Seigneur. En retraite spirituelle, le prophète Muhammad (Psl), accompagné de ses Compagnons de Badr, lui est apparu et l’a trouvé à Darou Khoudoss. Le saint homme a contemplé la suite du prophète, comme saisi d’une émulation. Alors, ce dernier lui demanda s’il voulait en faire partie et il lui répondit par l’affirmative. « C’est trop tard pour être de mes compagnons car l’époque du jihad du sang est révolu. Cependant, il y a une mise à l’épreuve à l’image de celle des prophètes. Tu pourrais tout perdre si tu ne la menais pas à bien. D’autres l’ont fait avant toi, mais n’eût été la Grâce d’Allah, ils seraient perdus », lui dit le prophète. « Je ne sais pas ce qu’il adviendra de mon âme, mais je sais que je pourrai résister physiquement », lui répondit le cheikh. Sa demande fut ainsi satisfaite à la condition que l’épreuve n’ait pas lieu à Touba, car la ville était déjà bénie du Seigneur. Il a fallu qu’il quitte pour Mbacké Baari. C’est de là-bas qu’il a envoyé Mame Thierno, son frère, dire au gouverneur (Ndlr : Louis Mouttet) qu’il ne refusait pas de déférer à ses multiples convocations, mais qu’il attendait l’ordre divin. Déjà au 14 safar, il se sentait prêt à aller, mais l’heure n’était pas encore venue. Au retour de Mame Thierno, Serigne Touba avait déjà préparé ses bagages. « Ne dis rien Thierno, j’ai même entendu le bruit des fourmis sur tes pieds quand tu t’entretenais avec le gouverneur. J’ai reçu l’injonction divine pour partir ». Au même moment, le gouverneur était allé le quérir et ils se sont rencontrés à Diéwol. C’est son engagement et son courage qui ont été déterminants. Et c’est ce jour de départ pour l’exil et la mise à l’épreuve que l’on commémore ; pas son retour en 1902.

Quand il a fait plus de sept ans aux mains des colonisateurs au Gabon, ils l’ont emmené en Mauritanie, à Thièyène, puis à Diourbel. La mise à l’épreuve divine était finie en apparence seulement. Chaque 18 Safar, Dieu lui imposait de terribles épreuves qu’il ressentait dans sa chair comme s’il supportait tout le poids du monde. En conséquence, il s’y préparait toujours et, jusqu’en 1920, certains disent 1921, le Seigneur lui signifia que sa mise à l’épreuve était arrivée à terme. A partir de ce moment, tout ce à quoi il avait aspiré durant son entrevue avec le prophète lui a été accordé. Le saint homme était tellement content qu’il recommanda à ses disciples de toujours rendre grâce à Allah, à chaque anniversaire du 18 Safar. La première célébration, il sacrifia un mouton qu’il avait fait échanger contre un bouc un an plus tôt ; et qu’il divisa en trois parts pour l’aumône, la communauté, et les gens de sa maisonnée. « Que toute personne qui s’identifie à mon bonheur sacrifie, du poulet au chameau, selon ses moyens, au Nom du Seigneur », a-t-il suggéré.

Il y a une énorme affluence partout à Touba mais concrètement, comment célébrer cette commémoration ? 

Tout est Coran chez Serigne Touba. Tout ce qu’il faisait s’appuyait sur la Sunna, la tradition prophétique. Aucun de ses actes n’était en contradiction avec la Charia. Même pour ce jour, les anciens avaient l’habitude de dire « tabaskiwaat », une autre tabaski, et non pas Magal. Certains d’entre eux qui avaient les moyens tuaient un mouton pour la tabaski et gardaient un autre pour le 18 Safar. D’autres qui n’en avaient qu’un seul préféraient le garder jusqu’au mois de Safar. Mais le cheikh leur interdit formellement tout cela, puisque c’était non conforme aux enseignements du Livre Saint et que la tabaski appartenait déjà au prophète Abraham. A la place, il leur suggéra d’appeler ce jour ‘Magal’. Ce qui est recommandé est de lire le Coran, les Khassaides, de sacrifier poulets, chèvres, moutons, bœufs ou chameaux, selon les moyens. Mais il est aussi question de respecter les traditions de Touba. A l’époque déjà, il avait lui-même mobilisé 5 millions pour le financement de la mosquée. Son successeur a amorcé d’importants changements jusqu’à l’avènement de Serigne Sidy Mokhtar. C’est pour cela que la structure Moukhadamatal khidma (les serviteurs de la communauté) veille à l’application stricte des recommandations du saint homme.

L’extrémisme religieux est à son comble, alors que comme vous l’avez mentionné plus haut, le jihad par le sang est révolu. Comment interprétez-vous cette résurgence de la violence de groupes islamistes ? 

C’est à eux qu’il faut demander des explications. De la mise à l’épreuve jusqu’à son éclatant succès, tout le monde sait que Serigne Touba n’est pas un homme qui prône la violence. Rien qu’en parcourant ses écrits, on constate qu’il est élevé auprès de son Seigneur, tout le monde pensait qu’il allait se venger sur les colonisateurs. Dans certains milieux mourides, on veut même porter l’affaire en justice. Mais, en apôtre du rachat, Serigne Touba leur a tout pardonné de son propre gré et de gaieté de cœur. En fait, ces malheurs étaient la condition pour qu’il obtienne le statut de « Khadimou Rassoul », serviteur de l’Envoyé. Il a donc tout eu de son Seigneur mais par la paix et la concorde des cœurs. Ce qui se passe actuellement n’est ni l’enseignement de Serigne Touba, ni celui de l’Islam. Tout ce qui consiste à s’attaquer à autrui ou porter préjudice à quelqu’un n’est pas la religion islamique. Au temps du prophète Muhammad (Psl), les consignes de guerre étaient de ne tuer ni vieillards, ni enfants, ni même de couper un arbre. Si quelqu’un veut se servir de l’Islam pour justifier ses positions extrémistes, c’est son problème. Mais si l’on suit les enseignements de la religion et les recommandations de Serigne Touba, on en sera épargné.

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