Confidences

Entretien avec Mbagnick Ndiaye, ministre de la Culture et de la Communication- Macky n’a pas d’opposition

  • Date: 31 août 2015

Le Président Macky Sall n’a pas d’opposition. C’est la conviction de Mbagnick Ndiaye, ministre de la Culture et de la Communication. Dans l’interview grand-format qu’il nous a accordé, le responsable «apériste» à Fatick tourne en dérision l’opposition et avertit le chef de l’Etat sur les dégâts collatéraux d’une éventuelle insatisfaction de la demande sociale qui, selon lui, a fait partir Abdou Diouf et Me Wade.

Comment avez-vous accueilli la décision de la Cour suprême confirmant le verdict de la Crei dans l’affaire Karim Wade ?

En tant que responsable de parti politique, respectueux des institutions de la République, je pense que le problème Karim Wade, qui a agité l’actualité sénégalaise depuis des mois et des mois, a été tranché par la justice. Et comme la justice a tranché, je pense qu’il faut respecter les décisions de la justice. C’est mon point de vue. Je n’ai pas de commentaire très particulier à faire là-dessus. Les tribunaux ont jugé, les avocats de Karim Wade se sont pourvus en cassation. Je crois qu’ils ont saisi des instances supérieures de la justice, qui ont pris une décision qui est définitive et irrévocable.

Mais, le Parti démocratique sénégalais et ses alliés, regroupés dans le Front patriotique pour la défense de la République (Fpdr), ont décidé d’internationaliser le combat, mais également de mener la vie dure au régime…

Internationaliser le combat ? Sur quelle base juridique ? Je crois qu’il ne faut pas bluffer le peuple sénégalais. Ici, c’est un problème Sénégalo-sénégalais qui s’est posé. Ce n’est pas un problème d’extra-terrestres. C’est des Sénégalais qui sont là devant leurs juridictions, et ces juridictions sont les seules compétentes à trancher ces problèmes-là. Maintenant, qu’ils veulent bluffer le peuple, en disant qu’ils vont saisir les instances internationales, telles que l’Onu, on les laisse faire, c’est de la politique politicienne. C’est vraiment de l’intoxication.
Mais, c’est les juridictions sénégalaises qui jugent les affaires sénégalaises. Moi, à ma connaissance, je n’ai pas encore vu une juridiction internationale venir imposer un jugement à un gouvernement sénégalais. S’agissant maintenant des menaces du Pds et du groupuscule qui est autour du Pds qu’on appelle le Front qui va mener la vie dure au président de la République, moi, je pense que ça également, ça entre dans le cadre de la politique politicienne. Le Pds a des contradictions internes. Ils n’ont, d’abord, qu’à régler leurs contradictions en interne, avant de s’attaquer à celui-là qui a été élu par 65% de la population et qui fait, petit à petit, le travail pour lequel il a été élu. Il a été élu sur la base d’un programme, il a élu sur un constat, il a été élu sur les besoins exprimés par les populations. L’Apr et la coalition «Benno bokk yakaar» ont fait trois ans. Il nous reste encore du chemin. Maintenant, s’ils pensent qu’en trois ans, Macky et la coalition «Benno bokk yakaar» peuvent réaliser d’un seul coup de baguette magique l’ensemble des promesses et des attentes des populations, je ne le pense pas. Maintenant, mener la vie dure au Président Macky Sall, je crois que, ça, c’est des paroles de politiciens.

Le Pds et ses alliés ont récemment tenu une mobilisation à la Place de l’Obélisque, mais la mobilisation n’a pas été au rendez-vous. Cela vous rassure-t-il ?

Vous savez, les Sénégalais ne sont pas des aveugles, ni des borgnes. Ils savent que les raisons qui agitent le Pds, c’est la libération de Karim Wade. Ce n’est pas autre chose. Les Sénégalais, je crois qu’ils n’ont pas de temps à perdre pour aller à des rassemblements, où la cause, c’est une cause bien déterminée. Je crois que nous, ce que nous faisons, nous, parti au pouvoir, c’est d’essayer de satisfaire les besoins des populations. Ces populations que nous avons rencontrées durant trois ans en parcourant la campagne, en identifiant les besoins auxquels ils sont confrontés. Ces problèmes auxquels les populations sont confrontés, c’est l’électrification rurale, c’est l’hydraulique rurale, c’est le désenclavement, à travers des pistes de production. C’est les problèmes de santé, des problèmes d’éducation. Voilà en fait, les problèmes auxquels nous devons nous attaquer. Nous avons commencé à nous y attaquer, à travers le Programme d’urgence de développement communautaire.

Pensez-vous que ce «Benno bokk yakaar»-là, avec les contradictions au Parti socialiste et l’affaiblissement de l’Afp, peut contribuer efficacement à la réélection du président de la République ?

La réélection du président de la République, à mon avis, c’est, d’abord, que les Sénégalais croient en Macky. Ça, c’est fondamental. Ils vous disent : «Nous sommes Mackystes». Je reviens de la Casamance. J’ai fait cinq jours dans les profondeurs de la Casamance, mais ils vous disent : «Nous sommes Mackystes, avant d’être Apr, avant d’être Afp, avant d’être Ps…». Moi, je pense que c’est le programme incarné par l’homme Macky qui sera déterminant. Maintenant, l’Apr et «Benno bokk yakaar» ne sont que des structures d’accompagnement, d’encadrement, pour atteindre cet objectif-là. Ce qui est sûr et certain, moi, qui suis issu du milieu rural, qui fréquente le milieu rural, je suis convaincu qu’en 2017 ou en 2019, dès le premier tour, le Président Macky Sall remportera la victoire.

À votre avis, l’élection présidentielle doit se tenir en 2017 ou le Président Macky Sall devrait aller au bout de son mandat, jusqu’en 2019 ?

Le Président, lui, en tant que Macky Sall, a tranché. Il a dit : «Je clos ce débat». En militant discipliné, en «Mackyste» discipliné, je dis 2017. Mais, avant d’aller aux élections, Macky a été élu pour un mandat de 7 ans. Volontairement, il a dit : «J’écourte le mandat à 5 ans». Mais, les Sénégalais ont voté pour 7 ans. Il va falloir, après qu’il a pris la décision d’écourter son mandat, qu’il utilise les voies nécessaires pour que ces 5 ans soient acceptés par la Constitution. Maintenant, si en interrogeant les institutions, ces institutions lui disent que ce n’est pas possible, mais on est obligé d’aller à 2019. Dans ces conditions-là, il va se plier, en tant que gardien de la Constitution, en tant que républicain, aux décisions de ces instances.

Certains pensent que ce discours ressemblait beaucoup plus à une promesse électoraliste…

Il a exprimé une volonté. Il y a eu débat autour de ça. Il a dit : «Arrêtez. Voilà ce que j’ai décidé». Donc, sur le débat, en tant que débat intellectuel, on en parle plus. Maintenant, il y a le débat juridique et la faisabilité, parce que si les instances disent que ce n’est pas possible, on s’arrête en 2019.

Est-ce  que vous êtes prêts pour aller aux élections en 2017 ?

Demain, à l’heure où blanchira la campagne, si on va aux élections, on gagne. Et ça, on le fonde sur l’inexistence dans le paysage oppositionnel d’un homme à la dimension de Macky, l’inexistence d’un programme oppositionnel face au programme incarné par le Président Macky Sall.
Et le début de ses réalisations, sont des réalisations visibles, palpables, en l’espace de trois ans. En tout cas, nous, populations rurales, électeurs, vraiment, il n’y a pas de photo à l’heure actuelle. On ne voit pas quelqu’un qui peut émerger, et peut lui arriver au bout des ongles. Il n’y a pas d’opposition. Une opposition qui tourne autour d’Oumar Sarr, de Mamadou Diop «Decroix» qui, même dans son Baol, n’a personne. Nous avons une opposition verbale et médiatique.

Et Idrissa Seck qui a entamé une tournée nationale ?

Idrissa Seck, vous l’entendez où ? Il est où ? Je l’ai croisé une fois à un Gamou à Touba. Moi, je suis régulièrement sur le terrain. Je viens comme ça de la Casamance.

Ne pensez-vous pas que la demande sociale risque d’être votre principal adversaire ?

La demande sociale a été le principal adversaire de tous les partis au pouvoir. Du temps d’Abdou Diouf, c’est la demande sociale qui l’a fait partir. Abdoulaye Wade, c’est la  demande sociale qui l’a fait partir. Et si Macky Sall ne s’attaque pas à la demande sociale (Il ne finit pas sa phrase). Il a, d’ailleurs, commencé à s’y attaquer. Au bout, cette demande sociale le fera partir. La demande sociale doit être satisfaite, et c’est pourquoi, nous avons élaboré le Programme d’urgence de développement communautaire, où la demande sociale tournera autour du désenclavement, autour de l’électrification rurale, autour des problèmes de santé, autour des problèmes d’éducation, mais également autour des problèmes quotidiens. Nous sommes conscients que la demande sociale est le facteur essentiel qui fait ou qui ne fait pas partir les gens.

L’Acte III de la décentralisation est fortement décriée. Vous en dites quoi en tant que maire ?

Ecoutez, l’Acte III de la décentralisation a été voulue et menée par le chef de l’Etat. Nous avons constaté qu’il y a des difficultés dans le cadre de l’application. Nous sommes en train de nous réunir, de nous concerter, pour essayer de lever ces difficultés. Ce n’est pas parce qu’il y a des difficultés conjoncturelles, ponctuelles, qu’on dit que l’Acte III est une mauvaise chose. C’est une très bonne chose.

A la veille de la Présidentielle de 2012, Macky traitait les transhumants de «rats». Aujourd’hui, il leur déroule le tapis rouge. Qu’est ce qui a changé entre-temps ?

Posez la question à Macky Sall. Il est le seul capable d’y répondre.

Personnellement, que pensez-vous du phénomène de la transhumance, et plus particulièrement du cas Djibo ?

Ne vous focalisez pas sur un Djibo Ka. C’est un homme extrêmement intelligent qui a des compétences. Un homme extrêmement expérimenté et un homme engagé. Mais, voyez le cursus de Djibo. Il a traversé toutes les situations. Ce n’est pas parce qu’il était dans un camp qu’il a quitté pour apporter sa contribution à un autre camp pour le mieux-être des Sénégalais qu’on doit le jeter en pâture.

Electoralement parlant, qu’est-ce que Djibo Ka peut apporter à Macky Sall ? 

Je suis à la quête d’un second mandat. Avec ou sans Djibo Ka, ou les autres, je gagne. Mais Djibo Ka, je ne le prends pas du point de vue politique, mais du point de vue de sa posture d’homme d’Etat, capable d’apporter encore au Sénégal son expérience en matière de gestion de l’Etat. C’est ça qui est important. Maintenant, en matière politique, il peut apporter des voix.

Mais, pour beaucoup de Sénégalais, Djibo Ka est le symbole de la tortuosité en politique… 

C’est Idrissa Seck qui l’avait qualifié comme ça. Moi, je connais très bien Djibo Ka. J’étais élève et étudiants Ups avec Djibo Ka. J’ai cheminé avec lui. Je sais qui est Djibo Ka. Du point de vue intellectuel, du point de vue de l’expérience. Et c’est un homme très courageux. Je connais aussi ce dont il est capable. Que les Sénégalais aient de la tolérance. Djibo Ka a réussi un peu partout. Quoi qu’il en soit, Djibo a un parti qui s’appelle Urd. Si faible que soit son parti, il a eu à bénéficier d’un poste à l’Assemblée nationale. Ce n’est pas pour rien. Cela veut dire qu’il y a des milliers et des milliers de Sénégalais qui croient encore en lui. Et ce sont ces milliers de Sénégalais qui, politiquement, peuvent s’ajouter dans la comptabilité du résultat final. Nous avons besoin de l’expérience de tous les fils de ce pays.

L’entourage du Président Macky Sall fait souvent fi de ses injonctions. Par exemple, quand il a sifflé la fin de la récréation par rapport au débat sur la durée du mandat présidentiel, on a remarqué que des responsables de l’Apr ont continué à s’agiter. Pourquoi son autorité est mise à rude épreuve ? 

Non. L’autorité du Président n’est pas mise à rude épreuve. Nous sommes un ensemble divers, hétéroclite, chacun dit sa pensée. Nous sommes des démocrates. Nous ne sommes pas enfermés dans une bouteille. Mais, il faut que tout cela soit organisé. Quand le chef dit qu’il faut arrêter, il faut arrêter. Mais, depuis lors, la majorité s’est rangée derrière l’option du chef de l’Etat. L’autorité est incarnée par Macky Sall.

La non-structuration de la coalition «Benno bokk yakaar» n’est-elle pas problématique ? 

Chaque parti est indépendant et autonome. On a vu la Cap21 que les gens ont structuré et organisé. Comment cela s’est terminé ? La vie est faite d’expériences heureuses et malheureuses. Nous, nous fonctionnons avec les expériences heureuses.

Et la candidature annoncée du Parti socialiste ? 

Le Parti socialiste est un parti reconnu, ayant son récépissé, ayant son programme, ayant un objectif qui est la conquête du pouvoir. Le Parti socialiste au deuxième tour a accompagné un candidat qui a gagné et qui l’a appelé à gérer ensemble. Mais, si les instances du Ps décident qu’en 2017 ou 2019, le parti aura son candidat, mais on n’y peut rien. Maintenant, à l’intérieur du Ps, qu’il y a des frondeurs qui sont contre la ligne directrice, il faut l’accepter.  Mais, ces frondeurs est-ce qu’ils incarnent la ligne directrice du parti ? Parce que nous, nous ne traitons pas avec des individus et des individualités. Nous traitons avec une structure qui s’appelle Parti socialiste, qui s’appelle Pit, qui s’appelle Ld, qui s’appelle Afp. Mais, vouloir traiter avec des individualités, ce n’est pas notre vocation.

Donc, aujourd’hui, il n’y a aucun problème au niveau de la coalition présidentielle ?

En tout cas, au niveau gouvernemental, où  j’ai encore la chance et le privilège de siéger par la confiance du chef de l’Etat, il n’y a pas de voix discordantes.

On vous reproche d’être plus dans la réaction que l’action…

Mais, on est dans la réaction, parce qu’on réagit pour sortir le pays et les populations du marasme dans lequel nous les avons trouvés. Nous réagissons, parce que nous sommes dans l’action  quotidienne pour trouver des solutions à ces problèmes auxquels sont confrontées les populations. Nous n’avons pas le temps de la parole dans les radios, dans les télévisions, dans les journaux, ça, c’est des gens qui n’ont aucune occupation particulière qui ont ce temps.

Vous êtes le ministre de la Culture et de la Communication. Comment se porte la communication gouvernementale, si l’on sait que le Président Macky Sall a, lui même, reconnu, qu’elle n’est pas encore performante ?

Mais, il y a des problèmes au niveau de tous les secteurs du gouvernement. Prenez la santé, l’éducation, l’agriculture, etc. Mais, on essaie de les résoudre, et c’est ça aussi la vocation d’un gouvernement. C’est de trouver des solutions là où ça ne va pas. C’est vrai qu’au niveau de la communication gouvernementale, il y a, peut-être, quelques difficultés. Mais, c’est dû aussi à un environnement général. Je suis le ministre de la Culture et de la Communication, c’est vrai. Mais, communiquer sur l’action gouvernementale suppose une grande coordination, ce que nous sommes en train de mettre en place. Allez dans chaque ministère, vous avez un conseiller en communication qui, normalement, aurait dû communiquer et bien communiquer sur les actions du secteur. Ça, c’est déjà un niveau où la communication doit se faire. Remontez au niveau d’autres structures, au niveau de la Primature, de la Présidence, de l’Assemblée nationale, du Conseil économique et social, partout, vous avez des conseillers  en communication.
Maintenant, au niveau des structures, la communication devrait porter sur l’action, le programme  et la vision du gouvernement. A ce niveau aussi, peut-être que le diagnostic que nous sommes en train de faire, va vous permettre de réorienter. Mais, c’est tellement intéressant que le chef de l’Etat a pensé à mettre en place un Secrétariat d’Etat, avec lequel on est en train d’élaborer des stratégies de communication.

Mais, cela ne sent pas trop…

Tout ce que nous sommes en train de faire ne doit pas être sur la place publique. La place publique, c’est pour ceux qui n’ont pas rien à faire. Et nous sommes en train de réfléchir, en compagnie du Secrétaire d’Etat à la communication, en compagnie des différentes structures, sur les véritables stratégies de la communication gouvernementale.

Par rapport à l’autre département que vous gérez, où est-ce vous en êtes avec le parc culturel que Me Abdoulaye Wade vous a légué ?

La construction d’un Etat n’est pas quelque chose de fixe, elle est toujours continue. Le Président Abdoulaye Wade, en arrivant au pouvoir, a trouvé que le Président Abdou Diouf avait déjà élaboré un certain nombre de projets et d’actions. Il les a terminés. Le Président Diouf, en arrivant au pouvoir, a trouvé que le Président Senghor a élaboré un certain nombre de projets. Il les a terminés ou abandonnés. Le Président Macky Sall,  en arrivant au pouvoir, a trouvé que, sur le plan culturel, le Président Abdoulaye Wade, homme de culture, a élaboré un programme culturel très ambitieux. Et il faut le lui reconnaître. ça tournait autour d’un parc culturel, mais également autour d’un certain nombre de projets et d’actions. Mais, le Président Sall est en train d’en terminer certains, et est en train de réfléchir à la réalisation d’autres, qu’il a, lui-même, initiés.
C’est ça la vie d’un Etat.

Qu’en est-il de votre lettre de politique sectorielle ?

Mais, écoutez, quand je suis arrivé au ministère de la Culture, j’ai essayé de voir un peu tout ce que nous devions faire. Et j’ai vu que, contrairement au sport, au niveau du ministère, nous n’avions pas une lettre de politique sectorielle. J’ai dit que nous ne pouvions pas avancer, si nous n’avions pas une vision, si nous n’avions pas des objectifs, si nous ne savions pas où nous allions. C’est pourquoi j’ai dit qu’il  faut mettre en place au moins cet élément qui doit nous permettre de dire dans le temps : «Voilà ce que nous devons faire». Actuellement, ce sont des actes ponctuels que nous sommes en train de faire. Nous avons installé le comité préparatoire, et nous avons lancé le truc. Dans quelque temps, si vous revenez, nous allons faire une page spéciale sur les esquisses d’une lettre de politique sectorielle. Mais, je crois que les actes ponctuels que nous sommes en train de mener nous permettent, quand même, d’avoir des éléments qui pourraient entrer encore dans le cadre de cette  définition de la lettre de politique sectorielle. Et c’est quelques petits éléments que je cite comme ça. Quand je suis arrivé, ou même avant d’arriver, j’ai fait un constat. Il est difficile, il est douloureux, mais c’est ce que je ressens. Les artistes, les sportifs, c’est les premiers ambassadeurs d’une nation. Les artistes, les sportifs, sont les premiers diplomates d’une nation, avant les diplomates de carrière. Je donne l’exemple de Usain Bolt de la Jamaïque. Mon fils, il connaît la Jamaïque, il connaît Usain Bolt, à travers le sport. Youssou Ndour, même les Noirs américains le connaissent. Les Noirs américains ne connaissent pas   l’ambassadeur du Sénégal à New-York. J’ai vu les artistes vivre de leur art à un moment donné, des vedettes adulées par tout le monde. Mais, à la fin de leur carrière, ils vivent difficilement.

Le premier problème auxquels ils sont confrontés, c’est  le problème sanitaire. Que prônez-vous pour remédier à cette situation-là ? 

J’ai dit qu’il faut qu’on mette en place une mutuelle des acteurs culturels avant la fin de l’année. J’ai remué ciel et terre. Je suis allé voir ma collègue Eva Marie Coll Seck, je suis  allé  voir  l’agence de la Couverture maladie universelle (Cmu). Nous avons mis en place une stratégie. Et Incha Allah, d’ici à la fin de l’année, tous les artistes entreront dans un système sanitaire. C’est important. Et ça,  c’est un premier chantier sur lequel nous devons nous battre.
Le deuxième chantier sur lequel nous devons nous battre aussi, c’est les infrastructures, la réhabilitation, la préservation des lieux de mémoire et des lieux de culte historiques. Je suis allé à Kobilo qui se trouve dans le département de Matam, dans la commune Dabiya, dont le maire et le ministre des Télécommunications. J’y étais, il y a une vingtaine de jours. Nous avons trouvé là-bas une mosquée qui a été construite en 1776, et ça tient toujours. Ce lieu de culte et de mémoire, vous ne pensez pas qu’il faut le réhabiliter et le conserver ? Allez au Fort de Sédhiou, où a débarqué Pinet Laprade. Historiquement, vous ne pensez pas qu’il est en ruine et qu’il faut le réhabiliter, le réfectionner, le conserver ? Parce qu’autour de ce Fort, et autour de Sédhiou, il y a tout une histoire. Les tatas de Maba Diakhou Ba à Nioro pour les Halpulaars, c’est important. Les tombeaux du Bour Sine Coumba Ndoffène, celui-là qui a tué Maba Diakou Ba, parce que ce dernier voulait nous imposer l’islam, pensez-vous que, nous Sérères, ce n’est pas important pour nous. C’est très important. Et ces lieux de mémoire, ces lieux de culte,  participent de l’histoire du Sénégal. L’autre chantier, le ministère est dépourvu de cadres. 99% de contractuels. Pensez-vous qu’avec ça, on peut développer une administration. Non. Il faut revoir les contenus des formations, revoir les filières de formation, par rapport aux objectifs, par rapport aux besoins que nous avons.

Comment expliquez-vous cela ?

Mais, c’est une absence de prévision, de formation, une absence même de prise en compte des structures de formation. Vous voyez le paysage culturel. L’école d’architecture de Dakar a disparu. Vous avez l’école des arts qui est balloté de lieu en lieu. J’ai dit qu’il faut que, dans le périmètre de Diamniadio, qu’on ait une superficie destinée à la construction de cette école, et nous avons eu 2 hectares et demi qu’on nous a attribués. Il faut aller rechercher les moyens, parce que la culture est un secteur important de création de richesses et d’emplois. C’est l’un des secteurs les plus importants. Donc, ce secteur-là, il faudrait qu’on arrive vraiment à bien le manager, bien le cerner, identifier l’ensemble des problèmes qui s’y trouvent et essayer de leur trouver une solution. Voyez ce qui se passe en Inde avec le cinéma, voyez ce qui se passe aux Usa avec Hollywood, au Nigeria avec Nollywood. Il faut qu’on en n’ait un, ici, au Sénégal. Et c’est l’ambition du chef de l’Etat qui nous a dit : «Faites tout pour que la culture soit un pourvoyeur d’emplois.
Nous allons développer les industries culturelles, mais ça, ça ne marche pas avec la palabre, c’est l’action. C’est pourquoi nous ne sommes pas dans les radios, les télévisons et les journaux. Nous sommes là, en train de réfléchir, pour l’avenir, pour 25 ans, 30 ans. Nous avons trouvé aussi au ministère que, presque tous les événements étaient morts. Il n’y avait plus d’événements. Il y avait les Rencontres cinématographiques de Dakar (Recidack), le Sénégal était vraiment en avance. Mais, avec le régime de Wade, tout a été cassé.

Au Sénégal, il n’y a presque plus de salles de cinéma…

Nous commençons à réhabiliter les salles de cinéma. Mais, la disparition des salles de cinéma est aussi liée à l’apparition du phénomène télévision. C’est lié au développement de l’information et de l’informatique. Donc, nous avons décidé de relancer certains secteurs d’activités majeures. Les Recidack ont été relancées l’année dernière. Les grands festivals des minorités, c’est-à-dire à Bandafassi, où nous avons les Bediks, les Bassaris, les Diankhankés, les Khasonkés, nous allons les réhabiliter. Nous avons le festival Aguène et  Diambone, Sérère et Diola. Nous avons aussi le festival journée culturelle sérère. Ce week-end (hier), nous allons appuyer l’organisation du festival dénommé «Les peuples de l’eau», à Yoff. Nous allons organiser le festival national des  Arts et de la Culture les 9, 12 décembre, à Kaolack, où nous venons de tenir un Crd. Il y a un certain nombre de manifestations que nous sommes en train de relancer pour donner une vie nouvelle à la culture et permettre à celle-ci de booster l’économie.

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