SOCIETE

ESPACE DE CRÉATION ARTISTIQUE CHEIKH IBRA FALL- Un  génie artistique en quête de clients

  • Date: 14 juin 2016

L’originalité et la beauté des œuvres d’art dépendent de la qualité de ses artisans. Loin d’être les meilleurs créateurs en la matière, ces ouvriers sont toutefois convaincus de la qualité de leur travail. La seule inconnue demeure la raréfaction des clients. Suivons ce voyage au cœur de l’espace de création artistique Cheikh Ibra Fall. Rewmi Quotidien a pénétré cet univers dont la philosophie est très claire – non à la mendicité- et où les besoins sont énormes.

 « L’ambition dont on n’a pas les talents est un crime ». Cette citation de François-René de Chateaubriand est comme une marque d’identification chez les artistes de l’espace de création Cheikh Ibra Fall. Disciples convaincus, ils n’ont de temps que pour le travail comme l’a recommandé leur guide religieux, un homme connu pour son dévouement à Cheikh Ahmadou Bamba fondateur du mouridisme.

Implanté en bordure de mer sur la Corniche Ouest de Dakar, cet espace ressemble géographiquement au continent africain. À l’entrée déjà un gros baobab vous accueille. Tout autour, des dizaines d’expositions de toutes sortes. Des pintades, des flamants roses, des meubles confectionnés à l’image des animaux sauvages, des représentations humaines auxquelles le président de la République Abdoulaye Wade n’a pas échappé sont exhibés à l’entrée principale. La raison d’une telle expressivité artistique ; « les œuvres d’art doivent être vivantes pour plus d’attractivité », nous renseigne Ndiaye Diagne responsable de ce centre. Initiateur de ce projet, cet homme, la taille fine, le regard perçant ne rêve qu’une chose : faire de cet espace un miroir artistique de l’Afrique. Il y avait de cela quelques années, ce même lieu était  une décharge d’ordures de certains quartiers huppés de Dakar tels Fann résidence, Mermoz Nord, etc. Aujourd’hui, c’est une merveille qui impressionne les passionnés d’œuvres d’art sénégalaises voire africaines.

À l’intérieur, le crépitement des meules situées juste à l’entrée de la porte principale attire l’attention des visiteurs. Trois jeunes s’attèlent autour du fer. Ils confectionnent des tables en fer lourdement chargées. Ici rien ne se jette, tout objet est susceptible d’être une belle œuvre d’art. La nature est leur source de ravitaillement. « La plupart des outils que nous utilisons sont des objets abandonnés dans la nature. Nous les récupérons pour en faire de véritables beautés artistiques », déclare Ndiaye Diagne. Trouvé assis sur une planche, une meule à la main, il taille et retaille soigneusement un baobab. Cet arbre artificiel debout est le fruit d’une combinaison d’un tam-tam qui symbolise le tronc et la partie supérieure est représentée par plusieurs branches qu’il tente de superposer avec finesse. Le but est de créer  un fromager sur lequel sera accrochée une lampe  pour éclairer un jardin. En face de lui, Mory Keita ; il tient entre ses mains une planche dont la forme n’est que le reflet de son imagination. Il s’agit pour lui de réaliser un grand arbre tropical qui va servir de portemanteau au futur acquéreur.

La cour sous la forme d’un œuf sépare les différents ateliers. On peut lire de part et d’autre de cette architecture, ‘’ Atelier de peinture’’, ‘’Atelier argile’’, ‘’Atelier de sculpture en miniature’’, ‘’Atelier sculpture scènes de vie’’, ‘’ Atelier sculpture Jembé’’, etc. Au milieu de ces créateurs, un jeune, les genoux fixés à même le sol, habillé en noir, sur la tête un bonnet aux couleurs jaune et noire confectionne un guerrier traditionnel muni d’un fusil en main à l’aide des pièces d’ordinateurs jetées dans la nature. Une pièce qui avait sans doute impressionné le Président de la République lors de la première exposition sur la ferronnerie au Sénégal organisée par le ministère du tourisme en avril dernier.

Des portraits pastels de femmes africaines en tenue traditionnelle, des canapés en forme de crocodiles, des bracelets, des chemises faites à base de bougies, de petits animaux comme les écureuils, les pintades autant de génies qui renvoient à l’Afrique des profondeurs. À ces joyaux qui meublent le décor de l’espace de création Cheikh Ibra Fall, une certitude demeure : celle d’une clientèle qui se fait de plus en plus rare. Le malaise est profond. Ici seuls les vendeurs de fruits, d’eau fraîche et les véhicules des sportifs du weekend stationnés à l’intérieur sont perceptibles.

« Malgré la saison touristique on ne voit rien. Nos ennemis sont les hôtels de la place. Ces structures disposent aujourd’hui de galeries internes qui empêchent aux touristes de sortir », entonne Nar Ndioum responsable d’une famille nombreuse  qu’il a rapatriée chez lui à Diourbel faute de quoi l’entretenir ici à Dakar. « Nous avons saisi le ministre du tourisme et de l’artisanat sur la question mais jusqu’au moment où je vous parle il n’a pas réagi », déclare le responsable du centre. « Si ça se vend c’est de l’art », disait Frank Lioyd architecte américain. Ces artisans ont besoin de vendre leurs produits pour nourrir leurs familles.

Au-delà de cet aspect vital, l’espace de création Cheikh Ibra Fall accueille des jeunes qui trainent dans la rue pour les former aux différents métiers que dispose le centre. Loin d’être un lieu de prospérité financière, cet espace souffre d’un manque criard de clients. Face à la concurrence disproportionnée des hôtels, les autorités en charge de ce secteur ont un devoir de protéger ces artisans très fragiles.

Khady Thiam  Coly

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