Et si l’on en parlait… Rebeuss : Pourquoi des détenus s’évadent

Depuis presque une décennie, la Maison d’arrêt et de correction (Mac) de Rebeuss est secouée par une spirale d’évasions devant lesquelles les pénitentiaires se montrent impuissants. Pourtant, elle est fortement sécurisée avec des gardes pénitentiaires qui ont tout d’un escadron aux aguets : armes, menottes sans concession, matraques, gourdins, massues et autres manchettes.
Seulement, le garde pénitentiaire de Rebeuss n’éprouve de satisfaction que dans la pratique de la violence et de l’humiliation. L’écrasante majorité des pensionnaires subissent quotidiennement un traitement sauvage et inhumain avec une condescendance atrabilaire qui fait passer de vie à trépas.
Presque, chaque année, des personnes meurent en raison des conditions de détention d’une sauvagerie inouïe. Même le visiteur n’est pas épargné : humilié, rabroué, injurié ou violenté, il subit les affres des gardes pénitentiaires pour qui accabler un détenu et outrager son visiteur sont les seules raisons des signes identitaires.
Le seul service d’humanisme dans cet univers est le Service socio-éducatif, exsangue de moyens malgré l’entrain de son chef et de son adjoint qui mêlent autorité et humanisme. Mais le service est insolite en raison de la grossièreté et de la bestialité des gardes alentour qui ne peuvent jouir du respect de leurs collègues que s’ils s’illustrent par la violence contre un détenu. Des handicapés et même des personnes du 3ème âge y sont soumis à un rythme de vie infernal et trépassant.
Que le prévenu soit accusé à tort ou qu’il soit innocent, il subit une affreuse torture physique ou morale de la part de gardes incapables de s’accommoder d’humanisme et de professionnalisme. Le seul détenu qui peut bénéficier de grâce est celui dont le profil social légitimerait une générosité.
Construite en 1929 pour accueillir des animaux, Rebeuss est, aujourd’hui, en déphasage avec les normes. La violence qui y est exercée impunément et injustement sur le détenu, l’insoutenable étroitesse des cellules, l’insupportable insalubrité, le comportement inhumain, repoussant, agressif, violent et rageur des pénitentiaires et la pléthore insensée ne peuvent qu’alimenter des tentatives d’évasion par-ci et des vieillîtes de mutinerie par-là. Et la meute de garde est insuffisante et non professionnelle pour faire face.
Contrairement au discours, le détenu, à Rebeuss, n’a pas de droits. Sa dimension humaine s’effiloche dès qu’il est en contact avec certains gardes qui s’illustrent par une violence et une barbarie indicible qu’ils se donnent le droit d’appliquer avec une sadique jouissance.
Jamais un Directeur de l’Administration pénitentiaire (Dap) ne reçoit des informations capillaires sur la réalité dans les prisons, et plus particulièrement à Rebeuss. Victime de l’usure du temps, l’ancien Dap, Cheikh Tidiane Diallo, n’avait plus en main la réalité carcérale. Le nouveau, malgré une volonté de tout remettre sur une bonne orbite, ne dispose pas d’informations idoines pour une reprise en main de l’Administration carcérale, encore qu’il n’en soit pas un produit.
Il a été dit que Rebeusse va être vendu. Et en même temps, de nouvelles cellules y sont construites. C’est un criard paradoxe.
Mais, d’autres Boy Djiné seraient en gestation à Rebeuss, non qu’ils refusent l’autorité mais parce que les conditions de détention et la violente sauvagerie des gardes pénitentiaires ne font qu’alimenter des velléités d’évasion et de mutinerie.

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