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Et si on en parlait… Sénégal, un pays aux mille partis

Le pluralisme a favorisé au Sénégal l’existence d’un nombre incommensurable de partis politiques. Et ces nombreux partis empestent le champ politique comme un grouillement d’abeilles dont l’écrasante majorité ne relève que de la supercherie.

C’est la seule raison d’ailleurs qui explique la nature désolante du débat politique sénégalais essentiellement articulé sur des questions de personnes et jamais sur des sujets d’avant-garde qui portent sur les exigences sociales, les problèmes économiques et les urgences d’avenir.

Il arrive même que s’exprime un pseudo leader dont nul ne connait le parti qui portant a bien une légalité se donne le devoir de donneur de leçon et l’image de messie. Souvent, leurs partis sont crées avec des jeux d’épigramme et de vocable qui ne font que renvoyer à des comédies de boulevard.

Une lecture du champ politique sénégalais permettrait de constater l’existence, au Sénégal, de partis sans sièges, sans militants de base et sans structures formelles qui n’imaginent jamais aller à des élections, ni locales, ni législatives encore à une Présidentielle. Et le plus souvent les propriétaires de ces partis se singularisent par des sorties médiatiques insolites, abracadabrantes et saugrenues tristement relayées par certains organes de presse, leur seul lieu d’expression.

Et il suffit de parler de réformes pour une régularisation du champ politique et une redéfinition des normes pour l’existence ou la création d’un parti pour que certains crient à un scandale ou à une atteinte aux libertés publiques.
Mais, aucun citoyen sénégalais n’est en mesure de donner le nombre exact de parti qui existent au Sénégal. À l’exception des partis vétérans et de petits appareils partisans de défection dont certains ne pèsent que par le nom de leurs créateurs, tous les autres partis sénégalais n’ont que des existences conjoncturelles ou momentanées.
Ils ne se pèsent qu’occasionnellement dans le débat par des attaques déchainées généralement contre le pouvoir juste pour se faire remarquer et se faire inviter à la table. La supercherie demeure la matrice référentielle de ces milliers de partis qui ne partent nulle part si ce n’est dans les plateaux de télévision, les studios de radio ou les salles de rédaction.

Le Sénégal assiste ainsi à une nouvelle forme d’expression politique marquée par le clientélisme de courtiers du pluralisme qui, avec leurs partis elliptiques, n’ont que la parole individuelle pour exister et jouer aux alliés.

Ils n’organisent jamais de réunion de Bureau politique, s’ils en ont d’ailleurs, pour imaginer tenir un congrès. Mais ils parlent. Ils baragouinent. Ils menacent. Ils alarment. Ils maudissent. Ils invectivent. Ils gazouillent. Ils hurlent. Et puis ils attendent un compliment de gens de l’opposition à défaut d’une réplique généreuse du pouvoir.

La logique bipolaire ou tripolaire qui donne une lisibilité politique aux grandes démocraties est impossible dans ce pays. Les uns créent des partis de règlement comptes, les autres inventent des partis d’imposture, et d’autres encore enfantent des partis personnels dont la seule finalité est de se positionner par rapport au régime.

Proposer des stratégies pour l’émergence nationale, des voies de sortie de crise devant certains problèmes généraux et s’ériger en force d’avant-avant est un devoir pour chaque parti. Mieux, organiser des rencontres publiques et participer à des élections nationales est le seul signe identitaire d’un parti sérieux. Et si tel est le cas, les partis sérieux au Sénégal ne sont donc pas nombreux. Les citoyens ont tout compris, aurait dit Alpha Blondy !

Le Piroguier

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