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Et si YOU indisposait Wade ?

La cour constitutionnelle a invalidé dimanche dernier la candidature de Youssou Ndour à l’élection présidentielle pour déficit de signatures conformes. Qui peut croire que la star nationale et internationale soit dans l’incapacité de mobiliser des signatures ? Nul besoin de s’attarder sur cette incongruité. A l’évidence cela traduit une certaine frilosité et une volonté manifeste de la marginaliser en le mettant hors jeu. On est d’autant plus tenté de le penser que samedi dernier, il a été bousculé par les forces de sécurité alors qu’il était venu affirmer sa solidarité au secrétaire exécutif de la Rencontre Africaine pour la défense des droits de l’homme (Raddho), Alioune Tine, retenu à la division des investigations criminelles (Dic). On ne peut se comporter à son endroit comme si l’on avait affaire à un malpropre. Inadmissible ! Icône de la musique, ambassadeur de l’Unesco pour la paix, You n’est assurément pas n’importe qui.
Je l’ai écouté à Science Po Paris, dans un amphithéâtre plein comme un œuf. Il partageait son expérience avec les jeunes étudiants de cette école d’excellence, leur délivrant un message magnifiant une Afrique qui bouge. Une Afrique dynamique ayant les capacités de se développer en s’appuyant sur ses ressources humaines. C’est un tel individu que le Premier ministre a disqualifié de façon infamante. Diplômé cartouchard, Souleymane Ndéné Ndiaye s’est offusqué du fait qu’un chanteur puisse aspirer à diriger le Sénégal. Beaucoup ont traduit sa pensée, soupçonnant celui qui se targue d’être de famille princière (Et alors !) de faire un clin d’œil aux origines castes. A la place de chanteur beaucoup ont entendu Griot. Si tel était le cas, ce serait grave, car en violation flagrante des fondements de la République. Ceux qui refusent toute discrimination par l’argent, l’origine, parce que exaltant la justice et l’égalité. Et par conséquent le mérite.

Le Premier ministre devrait plutôt se demander pourquoi le Sénégal connait aujourd’hui une pléthore de candidatures à la présidentielle, une course aux portefeuilles ministérielles. N’est-ce parce que celui qui, à l’aube de sa victoire à la présidentielle de 2000, se félicitait de voir ses problèmes d’argent terminés, a transformé le pouvoir en un moyen d’enrichissement sans cause ?

You ! Voilà un garçon qui s’est fait par lui-même à la force de travail et d’ardeur. Contre l’avis de ses parents, il a déserté les bancs de l’école pour s’épanouir dans ce qu’il a senti être sa voie. Il s’est mû en architecte d’un destin qu’il ne pouvait concevoir en dehors de la musique. Cette musique qu’il a révolutionnée en faisant aujourd’hui un métier capable de nourrir son homme.

Il a montré à tous les sénégalais qu’il était possible d’en vivre et de ne pas tomber dans les travers du succès, en s’abimant dans l’alcool, la drogue et les femmes. Tout, en lui, a démontré une culture d’entreprise arrimée à une persévérance nourrie aux sources de l’innovation. Changer, bousculer, refuser le statu quo ont été son crédo. Il a refusé d’être enfermé dans une sonorité musicale, préférant dérouter ses fans en poussant toujours plus loin son expérience.

Il est loisible à tout un chacun de mesurer la discipline personnelle qu’il s’est imposée. Refusant la médiocrité il a toujours pensé qu’il faut s’améliorer. Que le progrès ne tombe pas du ciel. L’homme ne savait pas danser, il s’y est essayé. Ensuite, l’avez-vu s’exprimer en français ? Commercer en anglais ? Comparez avec nos maitrisards sortis des écoles dévaluées de l’alternance et vous verrez la différence.

Porté par l’idée qu’il fallait toujours s’améliorer, il en a fait une ligne de conduite. Je me souviendrai toujours d’un diner que nous avions partagé chez moi il y a une dizaine d’années. J’en ai gardé un bouleversant souvenir. En lui servant à boire, il a décliné un verre d’eau fraiche pour un verre d’eau tiède parce qu’il devait officier après dans sa boite et qu’il tenait à soigner ses cordes vocales. Depuis je ne cesse de citer cet exemple à mon fils qui en était témoin à chaque fois que je m’évertue à lui faire comprendre que seuls le travail et la discipline paient. Que rien n’est donné, que tout est effort personnel sur soi même.

J’ai plus de respect pour cet homme qui s’est fait par lui-même que pour cet autre fils qui se targue de réussite sous tutelle et dont le parcours péche d’un déficit d’excellence personnelle. Il ne s’est distingué ni par les prix d’excellence décrochés dans nos écoles ni par son engagement dans les luttes revendicatives scolaires ou autres mouvements protestataires.

Peut-être que You n’est pas commode en affaires comme le subodorent ses contempteurs. Soit. Loin de moi l’idée de magnifier un superman. En tout état de cause, force est de reconnaitre que contrairement à beaucoup, il s’est fait dans son pays, y a investi une bonne partie de ce quil a gagné, générant de nombreux emplois.

Wade le premier de la classe, le dernier sur la liste des agrégés tel que révélé par le journal l’enquête, n’a certainement pas accepté que la candidature de You ait éclipsé la sienne, notamment au plan international. Lui qui rêvait d’être sous les projecteurs des médias occidentaux n’a certainement pas supporté d’être supplanté par ce fils de la Médina. Pour lequel, plus de 600 articles ont été consacrés à travers les journaux et télévisions du monde entier.

C’est la rançon du travail et de l’effort personnels d’un homme. Et si You était devenu un anti-modèle qui a fini d’insupporter un chef d’Etat qui rêve d’une dévolution dynastique au profit d’un fils qui n’existe que par et à travers son père ?


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