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Évasions répétées, manquements, promiscuité, frustrations… Le système pénitentiaire prisonnier de ses contradictions

  • Date: 22 janvier 2016

Boye Djinné, ce détenu récemment évadé de la prison de Diourbel a encore focalisé l’attention de l’opinion publique sur notre système carcéral qui fait le plus souvent les choux gras de la presse. L’arrivée du Colonel Daouda Diop de la gendarmerie qui a fait grincer des dents, la mort brutale de l’Inspecteur Ousmane Faye lors de la cérémonie d’installation du Directeur et, enfin ces multiples évasions d’un détenu que l’on a voulu présenter comme quelqu’un doté de pouvoirs surnaturels ont ravivé les supputations sur les prisons.

Or, tout le monde sait qu’il n’en est rien. Modou Fall alias Boye Djinné est un être humain comme les autres. Ses multiples évasions ont des explications logiques qu’une enquête minutieuse pourra permettre de déceler. Le nouveau Directeur de l’administration pénitentiaire était annoncé, hier, à Diourbel. Il devra s’atteler à cette tâche. Car, ce n’est point aisé pour lui de commencer sa gestion avec la répétition d’évasions qui n’honore pas ses services. Or, il n’y a rien de nouveau. Faudrait-il peut-être convoquer l’histoire pour mieux comprendre la situation actuelle. La mutinerie des détenus de Rebeuss de novembre 1996 avait donné lieu à beaucoup de polémiques de ce genre. Au moins, trois associations de droits de l’Homme avaient travaillé et pondu un rapport critique de l’administration pénitentiaire qui l’avait très mal pris qualifiant même ces organisations d’être à la solde de l’étranger. Pourtant, le o3 février 1999, l’évasion spectaculaire d’une vingtaine de détenus avait fini de convaincre les différents acteurs de la nécessité à agir. Il a fallu l’intervention d’un groupe spécialisé de la gendarmerie pour les arrêter. Le Chef de la bande a dénoncé le régisseur adjoint de la prison ainsi que d’autres agents qui ont été arrêtés, inculpés et mis sous mandat de dépôt sous le chef d’inculpation de « corruption passive et (de) complicité d’évasion avec violence ». Là aussi, les gardiens de prison ont très mal pris ces arrestations et il a manqué de peu pour en arriver à une situation de révolte.

Le 15 février 2001, la bande à Ino s’évada de prison après une mutinerie avant d’être arrêté 5 jours après à Rosso. Comme Boye Djinné, Ino s’évada plusieurs fois de prison et même du Commissariat central où il était en garde-à-vue.

Aujourd’hui, quelqu’un parmi ces agents pénitentiaires aurait eu l’outrecuidance de nous parler du détenu Boye Djinné qui  se serait transformé en lézard. De qui se moque-ton ? Il serait un « Djinn » de la pure espèce des démons. Or, tout le monde sait que le seul démon, ici, est celui de la corruption. Hier, comme aujourd’hui. D’ailleurs, son avocat, Me Babou, s’est épanché dans la presse pour dépeindre son client comme quelqu’un de très riche et qui aurait même des camions gros porteurs dans le trafic sans qu’il soit capable de dire si l’origine des fonds est licite ou pas. Pour un jeune criminel de cet acabit, il y a de quoi activer la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei). Pire, avec une telle richesse qu’on lui prête, il ne lui serait pas difficile de corrompre quelques agents. Une éventualité que seule une enquête minutieuse permettra de certifier.

En tout état de cause, le processus de réflexion et d’action pour la modernisation des prisons et de réformes de l’administration pénitentiaire doit être poursuivi.

Les  quelque 36 prisons de notre pays sont vétustes et inadaptés. Parmi elles, seules deux (celle de Saint-Louis et de Rebeuss) étaient spécialement conçues pour des prisons. Les effectifs sont insuffisants et peu motivés. Le travail de gardien de prison est difficile et parfois dégradant. De vieux préjugés lui collent au pied comme celui de bourreau. Le statut est limité à la hiérarchie B, ce qui a pour conséquence que le Directeur est souvent choisi en dehors du corps. D’ailleurs, c’est  un secret de polichinelle de dire que l’arrivée du Colonel Daouda Diop a fait grincer des dents dans le corps. Mais l’État pouvait difficilement faire autrement. La corruption règne dans le secteur et les relations avec les détenus ne sont pas toujours des meilleurs. S’y ajoutent les conditions difficiles même parfois inhumaines de détention. Les chambres sont surchargées, le manger est insuffisant et les conditions de vie sont peu reluisantes.

Cette situation est due à des préjugés graves ancrés dans le subconscient collectif à savoir que le fait de construire des prisons porte malheur à ceux qui le font car ils risquent d’être les premiers à  y être incarcérés.  Le cas de Mamadou Dia, ancien Président de Conseil, qui aurait fait construire la prison de Kédougou et qui y avait été détenu a conforté le Sénégalais lambda dans cette conviction.

C’est pourquoi, en décidant de construire une autre prison à  Diamniadio, l’État a fait preuve de réalisme et de vision. Cependant, l’idée de vendre Rebeuss n’est pas bonne si l’on en croit une haute autorité de cette administration. Il soutient que statistiquement, les 1500 places de Diamniadio ne peuvent pas caser tous les détenus de Rebeuss qui sont largement supérieurs. Et qu’il faut maintenir les deux prisons.

Bien sûr, l’État poursuit ses efforts de recrutement du personnel, mais il ne faut pas occulter d’essayer, autant que faire se peut, de conformer le vécu carcéral aux exigences des textes régissant le secteur. L’hiatus noté entre les pratiques de tous les jours et les textes nationaux et internationaux ne sont pas de nature à apporter la sérénité dans ces lieux fermés.

À ce propos d’ailleurs, l’organisation de la Journée du prisonnier et des portes ouvertes aide davantage à humaniser la situation par un droit de regard de la presse, des organisations de droits de l’homme et de l’opinion.

Il importe également de former davantage les agents qui font un travail très difficile dans les activités psycho-sociales pour améliorer l’objectif final de resocialisation. L’apport de davantage d’experts et de religieux serait la bienvenue.

Car le Sénégal, par l’incarcération, poursuit un objectif général de resocialisation du prisonnier et non de punition. C’est pour cela qu’il faut se féliciter de la nomination d’un juge de l’application des peines dont le travail de tous les jours a permis d’améliorer les conditions de détention.

Le rattachement de l’administration pénitentiaire au ministère de la Justice et non de l’Intérieur s’inscrit dans cette dynamique, mais, il faudrait aussi qu’au niveau de la Justice, que les longues détentions préventives soient  à jamais bannies et qu’il y ait assez de peines de substitution aux détentions dans des prisons.

Assane Samb

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