HISSEIN HABRE

Événements du 7 mars 1985 au Tchad Les rescapés des attaques de Maybo racontent

Les Chambres africaines extraordinaires (Cae), dans le procès de Hissein Habré, ont entendu, hier, les victimes venant de la région de Maybo. Ces derniers ont affirmé à la barre que des militaires de Hissein Habré avaient fait une descente dans leur localité pour chercher des rebelles Codos. C’est sur ces entrefaites qu’ils ont tiré sur 17 personnes parmi lesquelles ils figuraient. Sortis vivants, les victimes ont narré le déroulement des faits à la barre.

Né le 5 mars 1966, Mbaïssouroun Manda René a été, hier, à la barre des Chambres africaines extraordinaires d’assises. Cultivateur de son état, il est revenu sur les événements de Maybo du 7 mars 1985 au cours desquels des personnes auraient perdu la vie. Ce jour-là, explique-t-il, des militaires ont fait irruption à Maybo vers les coups de 10 heures pour dire aux populations de sortir pour écouter un message dont ils sont porteurs. Ils ont demandé aux hommes, femmes et enfants du village de venir à la place publique. « C’est ainsi que nous sommes sortis pour aller répondre à l’appel des militaires. Sur place, il n’y avait aucun mouvement. Au bout de 15 minutes, les militaires nous ont dit qu’ils viennent de loin et qu’ils ont faim et soif. Accompagné par deux gardes du corps, je leur ai amené à manger et à boire. Par la suite, ils m’ont demandé de rejoindre mes frères pour entendre le communiqué », a dit le témoin. Avant cela, les militaires se sont retirés pour aller se concerter. À leur retour, poursuit-il, les hommes en tenue leur ont demandé s’ils sont réellement des cultivateurs. « Nous leur avons répondu par l’affirmative. J’ai pris la parole pour leur dire que nous sommes des cultivateurs et nous nous contentons de ce que nos parents nous ont légués. Les militaires de renchérir s’il n’y avait pas de rebelles parmi nous. « Non », ont encore répondu les villageois. Les militaires sont donc repartis mais, ils avaient promis de revenir ».
« Les militaires ont été envoyés par le Président Habré »
Quelque temps après, selon toujours le témoin, les militaires sont revenus leur dire qu’ils viennent de Ndjamena et qu’ils sont envoyés par le Président Hissein Habré. « On leur a encore répété que nous étions de pauvres cultivateurs. Après cela, ils nous ont demandé de nous lever avant de désigner 17 personnes parmi nous. Les militaires ont demandé à ces gens-là de les poursuivre sous un manguier. Pendant ce temps, ils ont intimé l’ordre aux vieux, femmes et enfants de rentrer chez eux parce qu’ils n’ont rien à voir avec ça », a-t-il déclaré. À ces 17 personnes, renseigne-t-il, les militaires leur ont demandé de dire la vérité. Cependant, la réponse était la même à chaque question. Il faut dire que ces 17 personnes étaient composées de pasteurs, élèves, cultivateurs, etc. « Les militaires ont donc regardé leur montre pour nous dire qu’il est 14 heures 45 minutes et sous peu ils nous diront leur dernier mot. C’est par la suite qu’ils nous ont dit que nous étions des prisonniers avant de nous demander de les suivre. Arrivés sous un arbre, ils ont désigné mon frère qu’ils ont confié à un militaire. Ce dernier l’a déplacé de 5 mètres avant de l’exécuter. Après l’exécution de mon frère, les militaires nous ont demandé de nous coucher à plat ventre et la tête baissée. Ils nous ont dit qu’ils ne vont pas rentrer bredouille », narre toujours le témoin. Avant de poursuivre : « Ils ont commencé à tirer sur nous. Entendant les tirs, les gens qui étaient restés au village accouraient vers nous. Les militaires nous ont abandonnés sur place. Les enfants et les femmes buvaient le sang de leurs maris et de leurs frères. C’était pour se suicider ».
« Ce sont les femmes qui enterraient les morts »
À la barre, Mbaïssouroun Manda René a déclaré que c’est par la grâce de Dieu que 4 d’entre eux ont survécu. Tandis que les 13 autres personnes sont mortes sur place. « Les femmes ramenaient les cadavres pour les enterrer. Les enfants avaient peur de s’approcher. Par ailleurs, les survivants étaient blessés au point qu’ils étaient inconscients. J’ai été blessé au cou, aux fesses, etc. Pendant 4 mois, les femmes nous soignaient avec des écorces et des racines d’arbre », a-t-il indiqué. Parmi les survivants, il y avait Ngarnadji Djedanoum. Ce dernier a soutenu, hier, avoir reçu 3 balles au coup. « Je souffrais comme quelqu’un qui était en enfer. Malgré cela, j’ai fait semblant d’être mort. Mon sang et celui de mes frères m’envahissaient. Les femmes accouraient de partout pour apporter des nattes et autres afin d’amener les cadavres. Ce sont les femmes qui creusaient les trous pour enterrer les morts. Pendant ce temps, les blessés ont été évacués et ils ont reçu des soins traditionnels », a dit le second témoin de la journée d’hier. « Ce jour-là, poursuit-il, les éléments de la Bsir sont venus de Ndjamena pour chercher les Codos. Lorsqu’ils ont tiré sur les 17 personnes, un des leurs a déclaré : « une mission recommandée est accomplie ». À l’en croire, les militaires ont vidé leurs cartouches sur eux. « Il y avait une rafale de balles qui pouvait toucher n’importe quelle partie du corps. J’ai reçu des balles à l’épaule, à l’omoplate et au tibia. Il faut aussi dire que les assaillants ont brulé les villages environnants et les occupants fuyaient de partout », a déclaré Djedanoum. Ses déclarations ont été confirmées Nguemadji Klengar qui est revenu sur l’incident qui s’est produit au village de Ngalo et au cours duquel des personnes ont été attachées avant que les militaires ne tirent sur elles. « En effet, on reprochait à ces personnes d’être des Codos. Ces événements se sont déroulés en 1985 et ce sont les militaires de Habré qui ont commis de tels actes », raconte le témoin.

Cheikh Moussa SARR

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