Confidences

Exclusif- Racine Talla, DG de la RTS, rompt le silence : «Les complaintes de l’opposition, la censure à la Rts, Babacar Touré et moi»

  • Date: 1 avril 2016

L’OBS – Accusé, levez-vous ! Les responsables du courant du Non, des personnages «emblématiques» du Cnra, l’ont accusé d’avoir bafoué les règles d’éthique et d’équilibre dans la couverture médiatique du référendum. Racine Talla a fait le dos rond et essuyé les coups. Mais pour L’Observateur, il a accepté de rompre le silence après moult hésitations. Racine, gêné aux entournures par les critiques, mais sans faiblir, revient à la source. A travers cet entretien où il prend le temps de répondre aux critiques les plus virulentes, le Dg de la Rts se défend comme il peut.

Beaucoup de Sénégalais vous ont accusé, à tort ou à raison, de parti pris lors du dernier référendum; pourquoi avoir choisi aujourd’hui de rompre le silence ?

Le besoin de communiquer s’impose à moi, parce que je suis le responsable moral d’une institution qui s’appelle la Rts, qui a une mission de service public. Lors de cette période qu’on a appelée pré-campagne, on a parlé du Cnra (Conseil national de régulation de l’audiovisuel), qui à coups de communiqués et même d’une interview dans un hebdomadaire panafricain, s’est plaint de la couverture du référendum par la Rts. Mais moi, c’est pour donner ma part de vérité.

Quel est votre part de vérité, après les récriminations portées contre vous et vous accusant de privilégier les activités d’un seul courant et de ne pas respecter les principes d’équité et d’équilibre dans le traitement de l’information relative au référendum. Que répondez-vous à ces communiqués du Cnra ?

Le référendum est une consultation populaire autour d’un projet porté par le gouvernement et le président de la République, qui n’est pas un Président sortant et donc, il n’est pas en campagne présidentielle. La mission de service public de la Rts nous oblige, nous impose un devoir d’information à l’endroit du public. La Rts a l’obligation, si on tient compte de son cahier de charges, d’expliquer aux citoyens les politiques publiques, les propositions du président de la République. Ce que nous nous sommes efforcés de faire pendant ce qui a été considéré par le Cnra (Conseil national de régulation de l’audiovisuel) comme la pré-campagne. Durant cette période de pré-campagne, avant le 12 mars, on a diffusé des éléments qui contribuaient à expliquer les 15 points de la proposition de réformes constitutionnelles. Et on a reçu une mise en demeure du Conseil national de régulation de l’audiovisuel, parlant de l’ostracisme dont serait victime le courant du Non. Nous avions répondu que nous n’avions reçu aucun programme, aucun document, aucune correspondance venant d’un représentant du courant du Non.

Que faites-vous des temps d’antenne alloués à chaque courant ?

Les temps d’antenne sont organisés normalement par le Cnra, sous sa supervision et son contrôle. Ce qui n’a pas été le cas et s’il devait y avoir un temps d’antenne, il concernait la période du 12 au 18 mars 2016, période consacrée à la campagne. Mais j’ai été surpris de voir dans un communiqué du Cnra interprétant le décret portant organisation des élections, le décret 2016-262 de février 2016, qui dit : «Il résulte dudit décret qu’il n’y a pas de temps d’antenne réglementé en faveur des acteurs intervenant dans les médias.» Je vous renvoie à ce décret, où vous ne verrez aucun élément pouvant pousser à tirer ce type conclusion. Je pense que le Cnra aurait dû, sur la base de ce décret portant organisation des élections, inviter les représentants du courant du Oui et ceux du Non, pour discuter autour d’un schéma d’intervention dans les médias du service public pendant la période de la campagne, c’est-à-dire du 12 au 18 mars 2016. Ce qui n’a pas été fait. Pourtant, contrairement aux chaînes de télévision privées, la Rts a décliné l’offre publicitaire du courant du Oui pendant la période du 12 au 18 mars 2016. Durant cette période, aucun des courants n’a bénéficié d’un temps d’antenne à la Rts. Seules les activités du président de la République en exercice, initiateur de la proposition de réformes, ont été couvertes. Ainsi, la Rts n’aura fait que respecter son cahier de charges. Au demeurant, j’ai noté que dans le communiqué du 11 mars 2016 du Cnra, constatant que « de nombreux médiats sont en train de rompre l’équilibre entre les courants, pour des raisons pécuniaires, en diffusant de la publicité politique payante au profit principalement du « courant du Oui, le Cnra a omis de citer nommément les télévisions incriminées.

Au même moment, il ne s’est pas gêné pour le faire concernant la RTS.

Est-ce que la vocation de service public de la Rts ne lui impose pas, même si les représentants du courant du Non ne donnent pas de programmes, d’aller chercher ces programmes, pour un souci d’équilibre ?

Il y a bien eu une présence du courant du Non à la Rts dans le cadre de l’émission «Pluriel», supervisée par le Cnra. Vous pouvez le vérifier. Maintenant, je ne vais pas être plus royaliste que le roi. Je pense que c’est important de saisir que c’est un Président en exercice qui a fait une proposition aux citoyens et que j’ai l’obligation, en tant que service public d’informations, d’expliquer ou de faire expliquer. En français et dans les différentes langues nationales. Je pense que c’est une dimension extrêmement importante et encore une fois, je dis que le décret n’a jamais parlé d’impossibilité d’organisation de débats. Mais le Cnra, dans son communiqué, a bien dit : «Il résulte des dispositions dudit décret qu’il n’y a pas de temps d’antenne réglementé en faveur des acteurs intervenants dans les médias.» Ce n’est pas du tout notre compréhension de ce décret.

Beaucoup de responsables de l’opposition vous ont accusé d’ostracisme, parce qu’ils disent n’avoir jamais eu à rencontrer un caméraman ou un journaliste de la Rts. Cette accusation d’ostracisme, d’accaparement au seul profit du pouvoir, comment l’expliquez-vous ?

(Il coupe). Je pense que c’est un mauvais procès qui est fait à la Rts. A chaque fois que c’était nécessaire, la Rts a tendu le micro ou diffusé les éléments du camp de l’opposition. On a une émission qui s’appelle «Pluriel», qui est consacrées aux débats politiques. On est une chaîne publique et on ne peut pas consacrer, comme certaines chaînes, les ¾ de notre programme à des débats politiques ou à des informations à caractère politique. Notre rôle, c’est d’expliquer, d’amplifier les politiques publiques. Notre rôle, c’est d’être à l’écoute du citoyen, qui interpelle souvent les pouvoirs publics sur des questions d’intérêt public.

Le Président du Cnra a dit dans une interview parue dans Jeune Afrique, que la République ne s’accommode pas d’accaparement et d’ostracisme. Et que ce n’est pas ce à quoi on s’attendait de la part de la Rts, qui n’a montré qu’une seule partie. Que répondez-vous à cela ?

Je récuse ce que le Cnra dit. Le Cnra aurait dû prendre ses responsabilités et organiser les temps d’antenne. Ce n’est pas à la Rts d’organiser des temps d’antenne. Ce n’est pas à la Rts de superviser et de contrôler des temps d’antenne. Le Cnra aurait dû jouer son rôle pleinement. C’est une erreur d’interprétation du décret portant organisation du référendum. Et puis, si le courant du Non s’était senti lésé, il aurait pu saisir la Cour d’appel, qui est un acteur majeur, avec la Cena (Commission électorale nationale autonome) et le Cnra (Conseil national de régulation de l’audiovisuel), dans le processus. Et si le courant du Non s’était plaint auprès de cette Cour et que cette Cour rendait un arrêt, cet arrêt ne serait susceptible d’aucun recours. Le courant du Non n’a pas saisi, que je sache, la Cour d’appel, pour ostracisme ou quoi que ce soit.

«Babacar Touré se trompe lourdement»

Le Président du Cnra estime que le Sénégal mérite mieux que ce qui lui est imposé à l’heure actuelle par la Rts, c’est un avis partagé par beaucoup de Sénégalais ; que répondez-vous à ça ?

Je pense que Babacar Touré, avec tout le respect que je lui dois, se trompe lourdement. Il n’y a aucune puissance publique derrière Racine Talla, qui le pousserait à faire comme ils le disent, de «l’ostracisme». Je pense qu’il est président d’une institution, moi je n’aurais pas parlé comme ça. Je pense que quand on accepte certaines responsabilités, il faut assumer.

Certains partisans du Président estiment que vous rendez un mauvais service à Macky Sall en montrant uniquement ses activités…

Franchement, on montre les activités du président de la République. Ce ne sont pas des activités du président de l’Apr. Mais si je ne montre pas des lycées en construction, des forages qui sont en train d’être creusés, des routes qui sont en train d’être tracées, qui va les montrer ? Faites l’analyse de contenu des différentes télés et radios. L’information sur les politiques publiques occupe la portion congrue et il appartient au service public de l’audiovisuel, sans propagande, de dire la vérité, de montrer ce qui s’est fait. Qu’on me dise que ce que je montre n’existe pas, relève de la fiction, ou est une réalité virtuelle. Personne ne pourra le dire. Moi je suis un journaliste professionnel et je sais que je ne suis pas un mauvais journaliste. J’aime mon pays, je ne ferai jamais la confusion entre parti et service public. Je pense que dans les différentes responsabilités que j’ai eu à exercer, j’ai toujours su faire la part des choses.

Compte tenu de votre vécu, votre nomination avait suscité beaucoup d’espoir, mais aujourd’hui sur Internet, on vous présente comme le nouveau visage de la censure, comment réagissez-vous à cela ?

Tout cela est faux. Personne n’est venu me voir pour me demander mon point de vue. Une télé, une radio, ça fonctionne avec des règles et il y a des normes. Je ne crois pas avoir fait reculer la Rts. Maintenant, on est dans un pays accaparé par des débatteurs, des cyber-troubadours, je les appelle comme ça, qui utilisent à hue et à dia l’internet. Je vous assure que les internautes savent faire la part des choses. J’en suis convaincu en tant que spécialiste des médias.

«J’aime bien Assane Guèye de la Rfm, si je pouvais le recruter…»

Si vous devriez changer quelque chose à la Rts, ce devrait être quoi ?

Ce serait davantage d’émissions et de débats en wolof. Parce qu’on a une grille saturée sur la Une. C’est pourquoi on a créé la Rts2 pour une ventilation et permettre à la Une de mieux respirer. Et d’ailleurs, la Rts2 est très bien suivie. Aujourd’hui, on est en train de travailler sur une grande émission littéraire, KinKélibaa, qui est bien fait, c’est le public qui le dit, notre journal de 20 heures, personne ne le rate, quoi qu’on puisse dire, c’est le journal de référence. Les télévisions régionales, je pense qu’on essaie avec le peu de moyens…

Si vous devriez recruter dans le privé, quel journaliste prendriez-vous ?

Il y a de brillants journalistes dans le privé. Si mon budget me le permettait, je me serais attaché leurs services. Il y a par exemple un journaliste que j’aime beaucoup, il est à la Rfm : Assane Guèye. Ah j’aime bien ce monsieur, très posé, pondéré. Je l’aurais chipé volontiers à mon ami Mamoudou Ibra Kane (Dg de Gfm). Je suis également fier de mes journalistes en langue nationale wolof, Arame Boye, Mama Moussa Niang, Khaly Seck ; j’ai de très grands journalistes, qui font du bon boulot.

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