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Ce qui explique le ‘’phénomène Sonko’’

J’ai horreur des cultes de la personnalité. Je pars du principe que les hommes ont des qualités et des défauts. Ils sont contents ou fâchés en fonction des circonstances et aiment bien se voir apprécier et surtout tresser les lauriers. Du coup, je ne crois pas aux surhommes, aux messies, en tout cas pas en politique.

Ousmane Sonko, le leader de Pastef, est un homme politique comme les autres. Il aspire à arriver au pouvoir et à y rester. La Constitution lui donne le droit de s’opposer. Il le fait, à sa manière.

Alors, pourquoi tant de bruits autour de sa personne ?

Répondre à cette question équivaut à répondre à une autre : Qui fait du bruit autour de Sonko ?

Hormis Ahmeth Khalifa Niass que personne ne peut cerner, tous les autres sont du camp du pouvoir. Ceux qui s’en prennent à Sonko sont soit de l’Alliance pour la République (Apr), soit de la mouvance présidentielle.

Et ce qui est curieux, c’est qu’ils se font un point d’honneur à l’attaquer par voie de presse. Et personne ne veut rester en rade dans cette croisade.

Alors, comment, à partir de ce moment-là, peut-on s’étonner qu’il y ait un ‘’phénomène Sonko’ ?

Encore une fois, c’est le pouvoir et ses souteneurs qui ont, dans une large mesure, créé ce phénomène et l’ont alimenté en persistant à le matraquer alors que l’homme est novice en politique, un champ qu’il vient juste d’investir.

Mais ce n’est pas tout. L’opposition sénégalaise a, elle-aussi, contribué largement à l’éclosion de ce dynamisme par son apathie largement constatée.

Certes, beaucoup de potentiels candidats se sont manifestés, mais ils ont brillé par un manque d’initiative, surtout sur le terrain.

Le Parti démocratique sénégalais (Pds) a été diverti par ses propres contradictions internes et le leader de Rewmi s’est terré dans un silence profond. Et comme la nature a horreur du vide, Sonko a naturellement occupé l’espace ainsi laissé par ceux qui en avaient naturellement le profil.

Tout se passe dans notre situation politique comme si tout le monde a été hypnotisé. Hormis quelques initiatives sous l’œil vigilant de Mamadou Diop Decroix, les Sénégalais n’ont pas senti un vrai contrepoids à Macky. Ceux qui organisent des marches sont stoppés, arrêtés puis libérés. Cela leur suffit pour de longs mois pendant lesquels ils se font oublier.

Ainsi, Sonko est ‘’apparu’’ au moment où Macky pensait maitriser la situation. Il incarne ainsi l’aspiration de bon nombre de Sénégalais à la rupture, au changement.

Macky a longtemps incarné ce besoin de changement avant de s’entourer de vieux briscards de la politique et de devoir épouser tous les réflexes rétrogrades du genre transhumance, instrumentalisation de la justice, manipulation des institutions…

Comme ‘’Y’en a marre’’ au temps de Wade, beaucoup de Sénégalais, notamment jeunes, se sont accrochés à un leader qu’ils ne connaissent même pas vraiment. L’essentiel est qu’il fallait quelqu’un sur qui s’adosser et qui leur tient un discours différent et qui leur redonne l’espoir.

C’est ce message qu’il faut décrypter de la part des tenants du régime.

Ils doivent normalement chercher à comprendre pourquoi un jeune leader, sorti de nulle part, galvanise les troupes et dame le point à des partis qui sont mieux organisés et plus expérimentés.

Ce n’est certainement pas le fait de tenter de le jeter en pâture qui va juguler le phénomène. Au contraire, il va davantage séduire une bonne partie de la population dont le rêve est justement d’indisposer le régime.

Et tant que les leaders ‘’naturels’’, comme Idrissa Seck, adopteront la posture qui est actuellement la leur, Sonko continuera à briller sur le ciel politique.

Le régime lui a fait de la place et l’opposition lui a laissé la place.

Alors, il l’occupe.

Assane Samb

 

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