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Face aux exigences du marché européen l’Agriculture biologique

Les réglementations européennes fixent à zéro la Limite maximale de résidus de pesticides (LMR) dans les produits. Ce qui constitue une menace réelle pour les petits exploitants africains. Pour faire face à cette nouvelle donne dictée par le souci de préservation de la santé et de l’environnement, des associations d’horticulteurs de la zone des Niayes adoptent l’agriculture biologique.

Source : sudonline
Un atelier d’évaluation participatif du projet sur « l »alimentation et l’équité : changements dans les filières horticoles pour l’alimentation des conditions de vie en Afrique et une meilleure protection de l’environnement en Afrique« , a réuni producteurs horticoles de la zone des Niayes et partenaires, les mercredi et jeudi derniers à Sangalkam, à l’initiative de Pesticide Action Network (Pan- Africa). Ce projet financé à hauteur de 75 % par l’Union Européenne (Ue) sur trois ans (2005-2007) avait pour objectif principal »d’informer et de motiver les groupes cibles en Europe pour soutenir les méthodes plus sûres, plus justes et plus durables de production agricoles ». Il s’agit de la préoccupation des consommateurs européens sur la qualité des aliments qui leur sont proposés, pour éveiller la conscience sur les effets néfastes des pesticides sur la santé, l’environnement et les conditions de vie des producteurs et des travailleurs agricoles.

Ces exigences dans le système de production qui fixent à zéro le taux de LMR (Limites maximales de résidus de pesticides dans les fruits), constituent une menace réelle pour l’accès des producteurs à petite échelle au marché européen. En témoignent les résultats de l’analyse d’un échantillonnage de 17 produits (Tomates, choux, etc.) recueillis au niveau de différents marchés de Dakar (Thiaroye, Castor, Kermel), des restes des sociétés d’exportations, du marché biologique de Thiès et des champs de bio de Diamniadio. Selon Siré Badji, responsable du projet à Pan-Africa, les examens de cet échantillon homogénéisé au niveau du laboratoire du service de la Direction de la protection des végétaux (Dpv) n’ont révélé aucun résidu chimique dans les produits biologiques. « Seuls les produits conventionnels contenaient des résidus de produit chimique. Et de tous ces produits, un seul, la tomate, renfermait un taux de métamidophos (produit chimique) supérieur à la norme LMR fixée à 0,2 mg/kg », a-t-elle expliqué. A l’en croire, ces résidus chimiques dont les effets ne sont pas visibles dans l’immédiat, ont une conséquence néfaste sur la santé à long-terme. Ils peuvent être à l’origine de la diminution de l’immunité de la personne, de cancer et d’autres maladies comme l’hypertension artérielle, le diabète, etc. Dès lors, l’adaptation de ces petits exploitants africains aux nouvelles exigences du marché européen s’impose. C’est ainsi que dans le cadre de ce projet, Pan-Africa a développé une dizaine d’activités de sensibilisation et de renforcement de capacités dont la finalité est d’emmener des associations d’horticulteurs à adopter l’agriculture biologique.

La traçabilité pour assurer le marché

Seulement, cette méthode d’agriculture soucieuse de la santé des consommateurs et de la protection de l’environnement, nécessite des moyens. C’est pourquoi Henry René Diouf, Chargé de programme à Pan-Africa invite l’Etat à soutenir et encadrer ces horticulteurs. L’Ong formerait depuis 2000 des associations de producteurs à la méthode GIPD (Gestion intégrée de la production et des déprédateurs) à côté de l’agriculture biologique. Avec cette méthode, ces agriculteurs, même s’ils peuvent utiliser l’engrais, n’ont pas besoin de recourir aux pesticides dans la chaîne de production. Pour la valorisation de ces deux systèmes (Bio et GIPD), il importe que le consommateur accepte de mettre une plus-value. Pour cela, il faut qu’il soit sûr de la qualité du produit qu’on lui propose. D’où la nécessité d’un « système de traçabilité, de certification nationale ou la mise en place d’un Label national reconnu et accepté par tous les acteurs en vue d’édifier le consommateur sur le type de produit qui lui est proposé. Cependant compte tenu de la cherté de la certification, une organisation à la base des producteurs et l’appui des partenaires s’imposent. A un niveau supérieur, il appartiendra à l’Etat d’assister et de mettre à la disposition des ces exploitants à petite échelle, les informations nécessaires et de définir les nouvelles orientations à donner par rapport aux mécanismes pour accéder aux sources de financement.

D’ailleurs, le ministère de l’Agriculture a mis en place un programme pour palier à l’importation d’oignon de la pomme de terre, de la carotte, de l’aï qui coûte 12 milliards de francs Cfa chaque année. Ce projet déjà ficelé attend d’être financé.

La contre-saisonnalité, une opportunité à saisir

Selon Doudou Fall, Secrétaire exécutif de la sénégalaise d’exportation de produits agricoles et services (Sepas), malgré les problèmes que pose l’évolution des réglementations de l’Ue, « il est extrêment difficile pour les européens d’instituer une barrière non tarifaire aux pays ACP se basant sur la qualité à cause de la contre-saisonnalité ». A l’en croire, de novembre à mars, il est impossible à l’Europe de produire suffisamment ou même de produire tout court pour satisfaire le marché. N’est-ce pas là une opportunité à saisir par les producteurs ? D’ailleurs, l’évolution des exportations de produits horticoles (haricot vert, melon, poivron, etc.) du Sénégal se situe à cette période avec entre 18 et 20 mille tonnes de produits destinés au marché européen. Toutefois, face à la dégénérescence de certaines souches de plantes vieilles, des producteurs suggèrent le « renouvellement du matériel végétal ». Ils en appellent à l’ouverture d’un marché national de produits biologiques, où écouler leur récolte au niveau national. Dans ce processus, le consommateur occupe une place essentielle, en ce sens que la production doit être orientée par la consommation. Dès lors, tout ce dont le consommateur a besoin doit être disponible de façon permanente, durable et en bonne qualité. Ce qui suppose un appui structurel de ce dernier, Pourvu qu’il accepte de payer le prix.


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