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Famara Sané docteur en sciences politiques « L’influence du Sénégal auprès des USA peut conduire à la libération  de Gadio »

L’affaire Cheikh Tidiane Gadio, la tournée africaine d’Emmanuel Macron, les relations entre la France et l’Afrique, les accords de défense, l’insécurité, la situation en Lybie, entre autres, sont les  questions abordées par Famara Sané, Dr en sciences politiques, chargé de cours en relations internationales à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. 

Quelle lecture faites-vous de la tournée d’Emmanuel Macron en Afrique ?

Pour une première fois, on a assisté à une innovation. Le discours traditionnel qu’on connaissait aux chefs d’Etats, une fois en Afrique, a été  vraiment reformé. On a vu une démarche particulière de Macron et qui n’essaie pas de défendre trop la France, mais qui voudrait que les Africains soient responsables devant certaines situations. La particularité, c’est qu’il n’est pas venu pour donner des leçons, mais il est venu pour échanger avec les Africains pour qu’ils sachent là où ils ont fauté et qu’est-ce qu’il faut faire pour y remédier.

Ne pensez-vous pas que cette visite est un moyen pour consolider les relations entre l’Afrique et la France ?

Oui. Vous savez, la France a toujours besoin de maintenir de bonnes relations avec les pays africains, surtout francophones, anciennement colonies de la France. Dans ce cadre, il y a la percée de certains pays comme la Chine, l’inde, mais aussi certains pays africains comme l’Afrique du Sud, qui essaie de forcer leur influence au niveau du continent.  Donc les Français ont besoin, quelles que soit les  difficultés et les reproches, de maintenir et de consolider ses relations en rencontrant souvent ces chefs d’Etats africains et de revoir leurs positions. On constate d’ailleurs qu’il y a un retour en force de la France à travers ses entreprises au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Togo, au Benin. Même si  la société civile africaine et l’opposition essaient de décrier cela, les Français sont dans l’obligation vraiment de maintenir  leur influence en Afrique.

Et  pour les accords de défense ?

Les accords de défenses, oui. Vous savez,  avec l’insécurité, personne  n’est à l’abri  de la menace.  Au niveau  européen même, les terroristes vont jusqu’en France, en Allemagne, en Angleterre, pour frapper.  Aujourd’hui, on constate que l’Afrique constitue un milieu de repli pour ces  djihadistes qui se préparent et qui vont aller vers d’autres horizons pour faire des attentats. Il va valoir beaucoup travailler pour maintenir nos Etats dans une situation  de stabilité  politique,  mais de voir les fondements de cette insécurité surtout le financement des mouvements djihadistes. Qui est derrière ces mouvements ? Là  également, avec la dislocation de la Lybie, nous avons de grandes  difficultés pour pouvoir vraiment les contenir et les maitriser. C’est ce qui  fait que le Sahara se trouve être un lieu de refuge des djihadistes  et c’est le travail qu’on doit faire. C’est des questions aussi de géostratégie. Toutes ces régions considérées jadis comme des espaces vides, sont aujourd’hui des régions qui regorgent de potentialités importantes  en  énergie,  éléments minéraux, ferreux et non ferreux. L’Europe a besoin d’être présente ici pour ne pas laisser les groupements islamistes contrôler ces ressources et déstabiliser le monde entier.

Comment est arrivée la situation en Libye, avec la vente aux enchères des  noirs ? 

Il faut comprendre que tout est parti de la chute de Kadhafi. Lorsque  ce dernier était vivant, les vagues de migrants étaient un peu  maitrisées. C’était clandestinement qu’on parvenait à échapper de la Lybie pour aborder la Mer Méditerranée. Maintenant la situation a changé  avec des vagues déferlantes vers l’Europe. Face à la réaction des occidentaux qui cherchent à les freiner, ces migrants avaient des  difficultés pour aborder la Mer Méditerranée. Alors, de jour en jour, ils s’entassaient au niveau de la Lybie et on a changé de stratégie. Au lieu qu’ils soient encombrant au niveau du territoire, on a fait d’eux de la marchandise. La responsabilité incombe aux Africains qui ont changé de stratégie. Les passeurs qui faisaient ce travail se sont reconvertis à la traite d’esclaves avec les pays arabes, les entreprises  libyennes. On les utilisait à n’importe quelle sorte de travail. C’est désolant.

Il y a-t-il  une solution  à cette  crise ?

Une  des  solutions  les plus adéquates, c’est de tarir les sources de départ. Pour y arriver, il faut trouver de l’employabilité au niveau  africain, et dans  chaque pays, pour empêcher ces gens de quitter. S’ils quittent, c’est  parce qu’ils n’arrivent pas à trouver un emploi ou une activité quotidienne rémunératrice pour prendre en charge leur famille.  Avec  cette  situation, qu’est-ce qu’il faut faire ?  Il faut  que chaque pays prenne ses responsabilités pour rapatrier tous ses ressortissants et que les gens prennent des dispositions face à la Libye.   Il faut que ces activités cessent au niveau du territoire libyen, mais aussi dans les zones de transit comme le Mali et le Niger. En prenant ces mesures, je pense que ça  pourrait marcher.

Justement, parlant de l’employabilité, la Cote d’Ivoire vient  d’accueillir le 5e sommet Union africaine et Union européenne sur le thème « Investir dans la jeunesse pour un développement durable ». Peut-on s’attendre à des actions concrètes à l’issue de rencontre ?

Je pense que l’Afrique est obligée de trouver des solutions. Les  Européens sont obligés d’accompagner les Africains, quelle que soit  la situation.  Si aujourd’hui on ferme la porte  libyenne, ils vont trouver d’autres portes. On a assisté  ici à des mouvements « barsak » à travers  des pirogues. Aujourd’hui, ce ne sont plus ces activités à travers l’océan, et le Sahara est devenu une zone de transit de tout le temps. Pour régler ce problème, les Européens sont obligés, dans une moindre mesure, d’accompagner les Africains et de financer les activités dans  le continent pour relancer les Africains, quitte à même  à amener les sociétés européennes pour qu’elles investissent au niveau africain, dans le cadre d’un échange. Ils ont besoin des ressources africaines  et  ils ne peuvent pas empêcher  les Africains de se rendre en Europe. Si c’est le cas, qu’est-ce qu’il faut faire ? C’est investir en Afrique pour permettre ces jeunes de travailler en finançant  la formation des écoles de formations.

On assiste à des vagues  de contestations du Franc CFA, qu’est-ce que cela vous inspire-t-il ?  

Tout cela demande une organisation. Ils n’ont qu’à faire des propositions concrètes pour dire comment ça doit se faire. Aujourd’hui, on sait peut-être que c’est la France qui accompagne  les  Africains et que toutes les grandes décisions sont prises par la France avant que les ministres africains ne soient associés. Alors, il va falloir trouver, si les gens crient  pour dire  que  c’est une » monnaie coloniale, qu’ils fassent des propositions concrètes pour voir  comment les  pays africains qui utilisent le Francs CFA, veulent être indépendants en retirant  ces…  de  la France. Peut-être que c’est la BCEAO qui va couvrir cette situation ou bien créer une autre banque ou créer une monnaie par région. Je pense que pour le moment,  personne n’a eu à faire de propositions concrètes pour résoudre ce problème. Je peux  vous  assurer que ce n’est pas aujourd’hui que ce problème sera réglé tant que les usagers de cette monnaie ne prennent pas leurs  responsabilités pour voir si on doit se  séparer avec  le France, qu’est-ce qu’il faut faire ? Qui va  garantir cette  monnaie  au niveau international ? C’est là où se trouve la grande difficulté. Au niveau  africain, il est difficile de prendre des responsabilités. On a vu des  chefs d’Etats  qui ont  tenté  d’être autonomes. Il faut que la France accepte. Quand on demande aux Africains d’être responsables dans certaine situation mais, il ne faut  pas, quand  quelqu’un  essaie d’être responsable,  qu’on manipule  toute  l’opinion internationale et nationale pour que les gens se soulèvent contre cette dernière  personne. Pour permettre à l’Afrique de travailler dans de bonnes  conditions, Il faut que l’Occident laisse les Africains prendre leurs propres initiatives. Qu’elle cesse de manipuler quand un président  commence à prendre des initiatives pour être autonome et indépendant vis-à-vis de l’occident.

La Corée du Nord a encore lancé un missile balistique malgré les menaces de Donald Trump. Peux-t-on s’attendre à une guerre ?  

Pour entrer dans les cercles restreints des pays détenant le nucléaire, ce n’est pas facile. Dans l’évolution de l’histoire, on vu que quand les Américains ont créé leur bombe, l’Union soviétique s’est débattue  également pour en  créer  une. On avait  beaucoup spéculé pour dire  qu’il y aura une  guerre,  même  avec  la France et l’Angleterre. Pour  leur sécurité et leur influence au niveau international, la Corée du Nord  est  entré  dans  ce groupe.  Je pense  qu’on ne fait que  monter  les enchères.  On  veut empêcher les autres pays de suivre la voie,  mais  la Corée du nord a réussi et je ne pense pas qu’elle a intérêt à engager  une guerre  car elle  ne  peut pas faire face  à certains pays  asiatiques.

Est-ce que la diplomatie sénégalaise peut jouer un rôle pour la libération   de Gadio ?    

Oui, c’est possible parce que c’est une  question entre Etats. Donc,  l’influence du Sénégal auprès des USA peut conduire à la libération  de Gadio. Je ne peux pas m’engager dans ces affaires, mais je sais qu’un  pays peut tout faire pour libérer son compatriote. Il faut que les Américains  apprécient un peu  le rôle que le Sénégal joue  dans  leurs politiques internationales et l’influence des autorités sénégalaises. Je peux  vous  assurer qu’il est dans une situation difficile, il va falloir  beaucoup manœuvrer pour sa libération.

Propos recueillis par Zachari BADJI

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