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FASO, VENT DEBOUT !

La fin du paradoxe au Burkina ? Le feu nourri des terroristes encagoulés n’a eu qu’un impact marginal sur le moral des populations. Le pays tout entier reste debout, plie mais ne rompt pas et s’attire des sympathies au-delà de ses frontières. Pour l’avoir compris, Ouagadougou tente de concilier l’impératif sécuritaire et la nécessité de l’expansion économique afin d’éviter le piège mortel de l’enfermement. Les défis liés à l’environnement (un arc de crise ceinturant les six pays qui l’entourent) révèlent le caractère acyclique du peuple burkinabè, résolu et déterminé, qui ne cède pas au découragement.

Les journées de promotion économique et commerciale en sont la preuve éclatante. Entamées au Bénin en 2015 et poursuivies en 2017 en Côte d’ivoire, elles s’organisent à Dakar au mois de juillet prochain. Une rencontre d’informations a eu lieu la semaine dernière pour « vendre » aux opérateurs sénégalais (industriels et hommes d’affaires) le label et les atouts du Burkina, perçu comme une « terre d’opportunités ».

« Nous voulons prospecter le marché sénégalais et proposer le savoir-faire de notre pays », a dit Son Excellence Jacob Ouedraogo, ambassadeur du Burkina Faso à Dakar devant une belle brochette de chefs d’entreprises conviés à la rencontre. Vu de Dakar, le pays des Hommes intègres appartient au « monde périphérique ». Erreur de perception géographique assurément. Car, loin du vacarme assourdissant des zones côtières, le Faso, espace d’hinterland s’il en est, a su vanter le « slow life » pour séduire le monde.

Le cinéma, l’agriculture et l’artisanat sont les veines de son économie essentiellement basée sur les services dont les activités de production ont donné un coup de projecteur à ce pays de labeur. L’idée, dans l’air depuis longtemps, commence à se former lorsque les acteurs de l’économie se sont aperçus que le salut réside dans la qualité distinctive en préservant la richesse et l’identité, en un mot cet « art de vivre » bien propre au Burkina Faso.

La ténacité des organisations de base (paysans, artisans, commerçants) et l’enthousiasme des acteurs inspirent les pouvoirs publics qui se montrent attentifs à « ce printemps d’éclosion de talents et d’opportunités. » Très attendue, l’offensive commerciale se mue en diplomatie économique menée avec habileté et subtilité en combinant les atouts intérieurs et les forces de la diaspora.

Pragmatique, le Burkina privilégie ses liens de proximité pour bâtir une diplomatie réaliste de l’intégration régionale. En se rapprochant du Sénégal, Ouagadougou veut profiter de l’excellence technologique de Dakar et surtout de l’expertise du capital humain sénégalais connu et reconnu en Afrique. Proximité oblige, la diaspora burkinabè en Côte d’Ivoire est sans doute la plus importante en nombre et cela pèse dans des relations, commerciales, notamment. Les succès des étapes béninoises et ivoiriennes autorisent l’espoir de la prochaine manifestation économique prévue au Sénégal du 8 au 14 juillet rehaussée par la présence du Premier ministre.

Par une approche évolutive qui met l’accent sur l’amélioration permanente, le produit « made in Faso »est plébiscité. Mieux, il devient compétitif. A la grande satisfaction des consommateurs de la sous région qui apprécient les avantages comparatifs : le coton, le beurre de karité, la viande, le poulet, la dinde et la pintade sont assez prisés au Sénégal.

La manifestation commerciale du Burkina à Dakar se prépare avec une certaine célérité : fiches descriptives des activités transmises à temps, informations, renseignements, données stratégiques forment l’ossature des rendez-vous centrés sur le B2B, la mise en relation, le contact suivi, les échanges et l’exploration des volets de sous-traitance.

Selon l’ambassadeur Ouédraogo, l’esprit de l’évènement constitue une forte occasion de recréer du lien. Dans leur approche des négociations avec leurs partenaires, les Burkinabè mettent plus d’intensité que par le passé. Et cela produit des résultats. Lesquels ont permis d’abord de casser les préjugés sur la valeur résiduelle des produits finis, quoi qu’en disent les Cassandres. D’ailleurs le Burkina n’a jamais lâché l’artisanat. D’où son gain de notoriété fondée sur une nouvelle culture consistant à hybrider les compétences (jeunes et âgées). Cela les rend puissant pour cibler un marché et gagner des parts. Ils sont dans l’anticipation pour conjurer les retournements de cycle.

Ils ont connu l’embellie du coton avec des hausses de prix au producteur quand l’or blanc se vendait bien, notamment en Asie avec le boom du textile dans les années 90. L’inverse s’est produit une décennie plus tard : hausse des prix des intrants et baisse conséquente des volumes de production du coton consécutive à la réduction des surfaces emblavées.

Revenus de ces avatars conjoncturels, les Burkinabè maitrisent mieux la chaîne des valeurs pour envisager un processus de transformation industrielle de l’or blanc. Parce jusque là, les artisans répétaient ce qu’ils savaient déjà faire sans réelle valeur ajoutée.

Au coup de mou de la conjoncture s’ajoute cet aveuglement sans nom d’un terrorisme sans visage.

Après quelques hésitations circonstanciées, le Burkina amorce désormais une diplomatie économique très pragmatique, basée sur une approche graduelle des marchés régionaux en phase avec la tradition burkinabè d’équilibre.

Sans s’emballer, le Faso accélère donc la foulée. Dans un marché traversé de turbulences, le pays impressionne par son dynamisme et la stabilité des performances des actifs. Pas de rupture de tendance malgré les violences et les tueries dans les églises. Une nouvelle offre de produits se précise. Tout le pays des Hommes intègres se mobilise pour regagner de la confiance et retrouver la stabilité en misant sur des opérations de croissance externe.

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