25 avril, 2014
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Faut-il brûler l’équipe du Sénégal ? (Par Pape SAMB)

Après la bérézina du 13 octobre 2012 au stade Léopold Sédar Sénégal qui a vu le Sénégal perdre sur toute la ligne face à la Côte d’Ivoire en éliminatoires de la CAN 2013 (défaite sur le terrain par 2 à 0 et élimination, actes de vandalisme qui ont coûté à notre pays la suspension du stade LSS pendant un an, limogeage du coach Joseph Koto, etc.), les « Lions » avaient vraiment touché le fond.

Seulement, et cela semblait être une consolation, d’aucuns avaient pensé que les « Lions » avaient mangé leur pain noir dans cet épisode sombre de leur parcours et que la suite devrait être plus réjouissante.

C’est pourquoi, cinq mois après, les férus de foot et les sympathisants des « Lions » avaient hâte de retrouver leurs idoles en compétition officielle.

Maintenant, passée la honte pour tous les Sénégalais de devoir sortir du pays pour se rendre en Guinée afin d’y « recevoir à domicile » les « Palancas negras » de l’Angola alors que seul le stade Léopold Sédar Senghor a été suspendu par la CAF, les Sénégalais étaient loin de s’imaginer qu’ils allaient essuyer un autre camouflet, cette fois-ci en terre guinéenne.

Pour en revenir aux raisons de la contre-performance des « Lions » de ce 23 mars 2013, un essai de décryptage du jeu de la bande à Alain Giresse permet de comprendre que ce revers – puisque c’en est un – n’est pas du domaine de la surprise.

De fait, il est de notoriété publique que les « Lions » du Sénégal produisent peu de jeu pendant leurs matchs qui passent pour être des moments de grand supplice pour les Sénégalais.

Une revue des « tares » de cette équipe du Sénégal fait étalage de l’ampleur de la tâche des dirigeants à qui est confiée la gestion de ce groupe :

Incapables de produire du jeu sur une longue période, les « Lions » affectionnent les balles balancées devant en sautant le milieu de terrain, à destination d’attaquants livrés à eux-mêmes et condamnés à disputer tout le temps des balles de combat qui les épuisent à la longue.

Rarement dominateurs dans le jeu, les « Lions » ont l’habitude de subir le jeu et de courir donc derrière le ballon. Une situation que n’aide pas leur mauvaise occupation du terrain, avec des lignes distendues et un bloc d’équipe inexistant qui fait que même quand ils sont en supériorité numérique dans une partie du terrain à un moment donné, c’est toujours l’adversaire qui récupère le ballon grâce à un meilleur positionnement sur l’aire de jeu et un meilleur timing dans les actions.

Même quand ils ont le ballon et l’opportunité de scorer, les « Lions » n’en font pas un bon usage. C’est le cas avec les balles arrêtées (qui font souvent la différence dans le football moderne quant le match est fermé avec de rares occasions de but) qui sont souvent vendangées avec des centres au « 3ème poteau ».

Le jeu des « Lions » est réputé décousu et trop stéréotypé : peu de variations comme les alternances jeu court-jeu long ou les basculements du jeu d’un côté à l’autre pour engendrer un déséquilibre fatal à l’équipe adverse, pas de changements de rythme pour savoir quand accélérer ou calmer le jeu, pas dédoublements, pas de « décrochages », « une-deux », courses croisées, permutations de postes, jeu rapide à une touche de balle, tirs de loin et instantanés, etc.

Et quand, à la suite de «talakh-talakhi » ou d’un festival de maladresses nos attaquants se retrouvent par miracle dans des situations favorables pour faire trembler les filets adverses, le manque d’application, de concentration, de sérénité et de lucidité dans le geste final fait défaut.

Si l’on y ajoute le manque d’agressivité, de mordant et de fighting spirit, cette combativité que les Sud Américains appellent la grinta, c’est la totale.

Les « Lions » ont tendance à laisser l’initiative à l’adversaire, n’anticipent pas sur les actions de ce dernier et ne montent pas sur le porteur du ballon qui a donc toute la latitude de contrôler, d’armer et de tirer au but.

Reposant sur une défense constituée de « lourds », donc sans grande mobilité, l’équipe de Sénégal se fait bouger chaque fois qu’elle a en face d’elle des joueurs très remuants, vifs et véloces.

Pire, quand cette défense parvient à récupérer le ballon, il se pose un problème de relance correcte du cuir car les transmissions de la balle à l’attaque ne sont pas des modèles du genre.

Rarement maîtres dans la conquête du « 2ème ballon », et avec des contres qui ne leur sont pas toujours favorables, les « Lions » ont à leur profit peu de « temps forts » qu’ils négocient très mal du reste, et endurent toutes les peines du monde durant leurs « temps faibles ».

Il s’y ajoute le manque de percussion dans le jeu et en attaque notamment pour prétendre donner du fil à retordre à la défense adverse.

Tout cela fait donc trop pour une équipe qui veut jouer les premiers rôles en Afrique même si elle dispose du potentiel pour arriver à cette fin, avec une « profondeur du banc » qui ferait le bonheur de pas mal de onze-type de sélections africaines.

Le hic c’est qu’à la place d’une véritable équipe, les « Lions » ne sont autre qu’une addition d’individualités qui, quoique très talentueuses, ne forment pas un collectif huilé et homogène.

C’est donc forts de ces constats ou constatations que les « Lions » du Sénégal ont abordé le match contre l’Angola, conscients donc de leurs forces et faiblesses et par conséquents suffisamment armés et outillés pour se surpasser, se transcender et forcer le barrage angolais.

Aussi, faut-il reconnaître que cela fait tellement longtemps qu’on n’avait plus vu les « Lions » du Sénégal jouer aussi bien que durant la 1ère mi-temps de ce match avec, à la clé, un avantage d’un but à zéro dans les 45 premières minutes, et une victoire qui leu tendait les bras.

Seulement, les « Lions » n’arrivent toujours pas à comprendre qu’un match de football dure 90 minutes plus le temps additionnel. Pas plus qu’ils ne sont capables de conserver un résultat à défaut de l’améliorer et de «tuer le match» à un moment donné.

Ainsi, après une première période de très belle facture, les «Lions» sont revenus des vestiaires complètement défigurés, et manquant cruellement de caractère même si en début de seconde période ils ont eu la chance de plier le match avec ce pénalty malheureusement raté par Demba Bâ. Cela a d’ailleurs été le tournant du match. Car, revenus de l’enfer, les angolais ont été quasiment dopés et requinqués par ce manque de réussite des « Lions » et se sont faits à l’idée que rien de mal ne pouvait leur arriver dès lors que leur mise à mort a été ajournée.

Là-dessus, on ne fustigera jamais assez la désinvolture et l’attitude trop décontractée de l’attaquant de Chelsea qui a montré trop de suffisance et se l’a joué trop facile – mains sur les hanches et sans élan – au moment d’exécuter le pénalty. Sûr qu’il ne l’aurait pas joué de la même façon avec les « Blues » coachés par Raphaël Benitez. Manque de respect pour le Sénégal et les Sénégalais ?

Il ne faut pas être un footballeur de haut niveau pour savoir que moins on prend d’élan, moins le tir manque de puissance et plus on laisse deviner la direction du ballon dans cet exercice.

Demba Ba doit savoir que c’est inacceptable d’être aussi laxiste et léger ou de manquer de rigueur à ce point quand on est engagé dans la défense de l’honneur de la patrie et du drapeau national.

Sa responsabilité à ce niveau n’est en rien différente de celle du citoyen sénégalais à qui on a confié la gestion des deniers publics et qui se doit d’être irréprochable.

Pour son cas singulier, sans faire ici son procès, tout le monde reconnaîtra que Demba Ba, mis à part son but ô combien important contre le Cameroun au Stade LSS lors des éliminatoires de la CAN 2012, n’a pas été à son avantage avec les « Lions » du Sénégal depuis lors. Une éternité.

Accusé à tort ou à raison de manquer de patriotisme ou de « lever le pied » en sélection et d’être par contre très flamboyant en club, mais aussi de choisir les matchs pour lesquels il doit répondre favorablement aux convocations en équipe nationale, Demba Ba se situe manifestement à des années-lumière derrière des stars confirmées comme Didier Drogba ou Samuel Eto’o qui sont de loin plus forts et plus prestigieux que lui mais qui, malgré tout, mouillent le maillot en sélection comme si leur vie en dépendait.

Voilà donc posé de nouveau le problème d’engagement, de détermination, de discipline ou de patriotisme des joueurs qui revient presque après chaque sortie des « Lions ».

Rappelez-vous, lors de la CAN 2008 au Ghana, lors du 3ème et dernier match de groupe du Sénégal contre l’Afrique du Sud. Les « Lions » n’étaient pas encore mathématiquement éliminés avant le match, même si leurs chances de qualification étaient très minces.

A la fin du match, Mamadou Niang et Souleymane Diawara ne sont pas rentrés à l’hôtel mais ont filé tout droit à l’aéroport pour rejoindre leur club (l’Olympique de Marseille à l’époque), ce qui veut dire qu’ils avaient donc déjà fait leurs réservations de billets d’avion avant de fouler la pelouse du stade de Tamalé. Le Sénégal a-t-il besoin dans son équipe de joueurs comme ça, qui manquent de convictions à ce point et qui pensent plus primes que performances ?

Le Sénégal n’a que trop donné à ces « Lions » à qui l’Etat et le peuple ne refusent rien. Sans recevoir grand-chose en retour. Seul dénominateur commun du peuple sénégalais, la sélection nationale qui nous a tous fait chavirer de bonheur en 2002, nous a aussi fait passer des moments très pénibles.

C’est parce que nous aimons bien ces « Lions », que nous les châtions bien afin de fouetter leur orgueil et les pousser dans leurs derniers retranchements. Pour un Sénégal qui gagne.

Aujourd’hui on en a marre de toujours différer « le grand soir » qui verra le Sénégal triompher des autres nations africaines du football pour trôner au sommet du football continental.

Il faut arrêter de toujours jeter la pierre au coach ou à la Fédération Sénégalaise de Football. Les principaux responsables de nos échecs restent les joueurs qui, à travers cette contre-performance, doivent une revanche au peuple sénégalais.

En faisant match nul « à domicile » les « Lions » ont brûlé un joker et n’ont plus le choix : il faut aller chercher la victoire à Luanda le 7 juin prochain pour maintenir l’Angola à bonne distance.

Le Sénégal, malgré ce résultat médiocre de Conakry, est toujours maître de son destin dans ces éliminatoires du Mondial 2014 au Brésil. Rien n’est encore perdu.

Nous sommes d’autant plus fondés de refuser de tomber dans le fatalisme du genre « la prochaine fois sera la bonne » que nous avons le potentiel pour y arriver et que ce gâchis ne saurait perdurer.

Pape SAMB

papeasamb@hotmail.com