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Fistule obstétricale : « j’ai 17 ans, avec des problèmes d’adulte »

Son visage parait si innocent. Sa mine à la fois frêle et éclatante bien qu’elle soit dans un lit d’hôpital, couverte d’un petit drap blanc. Mais elle est toutefois faible, et épuisée que ses mots s’arrachent difficilement de ses lèvres timidement sèches. Dado Mbalo est une patiente fistuleuse. Le plus étonnant n’est sans doute pas sa « maladie », mais son âge ! Elle a seulement 17 ans, et elle a vécu l’épineux quotidien d’une fille fistuleuse.

À 15 ans, Dado est donnée en mariage. Issue d’une famille Halpular dans la localité de Mampatim, située dans la région de Kolda, la jeune élève fistuleuse était en classe de quatrième secondaire. Suite à son mariage précoce, Dado a contracté une grossesse. Grossesse qui a été le coup de sifflet du début de ses supplices. Son corps étant encore jeune ne pouvait supporter un tel poids. En plus de toutes les péripéties qui venaient envenimer la situation. Pauvreté, fragilité, non-accès aux soins nécessaires pour une grossesse normale. Au cours de l’accouchement, les choses se sont davantage corsées pour la jeune Dado. Non seulement son enfant est mort-né, mais ses douloureuses afflictions lui ont valu une déchirure. Celle qui se produit entre le vagin et le rectum, la fistule obstétricale.

Peu de temps après cet épisode, Dado s’est rendu compte qu’elle ne contenait plus ses urines et ses selles. Elle se plaignait de maux de bas ventre, et se tordait de douleur. Sa famille se disait certainement que ce n’était rien de grave. Conséquences, plus d’école, plus de sortie. Elle restait cloitrée chez elle, sans aller à l’hôpital. Dado Mbalo a trainé cette routine jusqu’à aujourd’hui. Deux longues années de calvaire avant que l’on ne sache qu’elle était fistuleuse.

À Dakar depuis près de deux mois

Identifiée dans sa localité par la coordonnatrice de la maison d’accueil et de réinsertion « Diwaaanu Tawfeex » Ndèye Astou Sylla, la jeune fille est aujourd’hui à Dakar pour des soins. Elle a subi la chirurgie il y a une semaine, et actuellement, elle est en convalescence. C’est à l’occasion de la journée mondiale de la lutte contre la fistule obstétricale célébrée ce lundi 23 mai 2016 (pour la quatrième fois) que nous avons eu l’occasion de la rencontrer à l’Hôpital général de Grand Yoff. Elles sont en effet trois femmes opérées de fistule dans la chambre de récupération. Mais son cas à elle a émerveillé « son public » du fait de son jeune âge.

Daado est ici avec sa mère. Quant à son mari, il est l’absent le plus présent depuis que son épouse est venue à Dakar. D’après Ndeye Astou Sylla de la maison d’accueil et de réinsertion, qui dit avoir effectué quelques investigations à propos du mari, il ne s’est ni signalé de quelle que manière que ce soit, encore moins soutenir sa petite épouse fistuleuse. Comme pour dire que Dado fait tristement partie de ces femmes abandonnées par leur époux une fois « le pot aux roses » découvert.

Après sa convalescence, la jeune fille va retourner à la maison « Diwaanu Tawfeex » qui l’a jusque-là accueillie et suivie. Là-bas, une formation à une activité économique l’attend, pour faciliter sa réinsertion sociale et professionnelle.

Avec l’aide du Crédit Mutuel du Sénégal, une subvention de 500 000 FCFA lui sera remise quand elle rentrera définitivement chez elle à Mampatim, et refaire sa vie.

Éliminer la fistule au Sénégal d’ici 2020

Plus de 200 millions de femmes et de filles sont victimes de fistules dans le monde. La persistance de la fistule interpelle tout un chacun, selon Andréa Diagne, représentante de UNFPA à Dakar. Éliminer la Fistule pour de bon, c’est bien possible, ajoute-t-elle. « Ce qu’il faudrait, c’est assurer l’accès universel aux services de santé sexuelle, éliminer les inégalités sociales et économiques liées au genre féminin, protéger les filles contre les grossesses et mariages précoces ».

Plus de 800 femmes meurent à travers le monde à cause de complications liées à l’accouchement. Et 80 % des femmes fistuleuses vivent dans les pays en développement. Dans les pays développés, on ne retrouve plus la fistule.

Auteur: Adama Anouchka Ba – Seneweb.com

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