Education

Floraison d’écoles privées dans la banlieue dakaroise- l’enseignement privé, un business sur la qualité

  • Date: 4 novembre 2015

L’instabilité du système éducatif depuis quelques années poussent beaucoup de parents à choisir les écoles privées pour donner un enseignement de qualité à leurs enfants. Mais ces établissements, sollicités du fait de la paix sociale qui y règne, ne sont pas plus performants que ceux du public. Leurs résultats aux examens du Bac et du BFEM contrastent avec leurs promesses. Ils sont classés chaque année à la troisième et dernière place derrière le privé confessionnel et le public. Les différents acteurs qui se prononcent sur le sujet reconnaissent l’existence de la problématique. Quant à l’État, il préfère faire le mort.

Elles sont très nombreuses les écoles privés dans la banlieue dakaroise et dans les grands centres urbains du Sénégal. Elles portent souvent des noms qui renvoient à l’excellence et au succès. Ainsi on peut lire sur les devantures des bâtiments qui les abritent « Excellence, Espérance, Le Miel, Essor, Natangué, Performance, etc. ».

Mais ces noms qui donnent envie d’y aller cachent derrière des réalités méconnues de beaucoup de Sénégalais. Souvent les propriétaires font des publicités mensongères faisant croire aux parents que ce sont les meilleurs établissements pour une bonne éducation de leurs enfants.

La libéralisation du secteur a conduit à une ouverture tous azimuts d’écoles privées. Les acteurs du système éducatif eux-mêmes reconnaissent les problèmes qui entourent certains de ces établissements scolaires. Enseignants et inspecteurs sont d’accord pour dire qu’il y a des « écoles privées bidon » dans le privé.

Le règlement en la matière est pourtant clair : « pour ouvrir une école, il faut avoir une autorisation des pouvoirs publics », affirme Monsieur Cissé inspecteur de l’éducation à l’Iden de Keur Massar. Contrairement à cette disposition qui veut que les écoles privées soient réglementées et organisées, une véritable anarchie s’est installée dans le domaine. « Il y a des gens qui ne sont intéressés que par le profit dans le milieu », informe, M. Lô enseignant au CEM Keur Massar 1 et directeur d’un grand groupe scolaire privé dans cette localité.

Trouvé dans son bureau, il explique qu’il y a des écoles sans autorisation surtout dans la banlieue dakaroise. Un établissement qui n’a pas été autorisé ne peut pas présenter des candidats aux examens et concours. Mais pour contourner cette mesure, les responsables font parrainer leurs candidats par les écoles reconnues.

« Tu payes, tu passes » 

L’éducation est de plus en plus privatisée. On peut même dire qu’il y a une course à la création de groupe scolaire dans les grandes villes sénégalaises. Dans leur grande majorité, ce sont des villas ou des immeubles à usage d’habitation qui servent d’écoles. Généralement, elles ne remplissent pas toutes les conditions de sécurité et de commodité, avec des chambres à coucher transformées en salle de classe. Pourquoi tant de ferveur envers cette nouvelle activité ? « C’est un business très rentable », tranche l’enseignant Lô.

De ses explications, il ressort qu’en fonction des écoles, les tarifs varient entre 10 000 et 20 000 francs CFA mensuels pour le moyen-secondaire.

Les cours sont dispensés pour la plupart par des enseignants formés sur le tas et des étudiants sans formation. Les professeurs du public qui font leur « xar màtt » (activités annexes) dans le privé sont payés plus chers et souvent même ils sont actionnaires du groupe. Pour ceux qui sont formés sur le tas et les étudiants ou même cartouchards dans les universités, « c’est une exploitation pure et dure ». Ils gagnent entre 1000 et 2000 francs CFA par heure en fonction des matières. Et aux dires de M. Lô, ils n’ont pas la formation nécessaire, ni la motivation. Le recrutement se fait sur dépôt de candidature et une sélection qui est parfois non transparente.

« Notre personnel est composé essentiellement de nos anciens élèves », informe un professeur membre d’un GIE propriétaire d’une école. Cela renseigne donc sur les critères qui guident le choix des enseignants et du personnel administratif.

Partant de ce tableau qui est tout sauf rassurant, on peut se demander alors pourquoi les parents envoient leurs enfants dans ces établissements ? Les raisons sont nombreuses. Les grèves répétitives des enseignants dans le public, les effectifs pléthoriques et les exclusions. Dans le public, pour passer d’une classe à une autre, il faut avoir une moyenne générale supérieure ou égale à 10/20. Dans certaines écoles privées, la moyenne exigée se trouve dans le porte-monnaie des parents : « Tu payes, tu passes. »

Dans la banlieue, pratiquement tous les établissements scolaires publics sont entourés par des privés. Souvent, ce sont les enseignants recrutés par l’État qui s’organisent en groupement d’intérêt économique (GIE) pour les créer. Par exemple le CEM Keur Massar 1 est ceinturé sur un rayon de 500 mètres par 5 écoles privées d’enseignement moyen et secondaire.

Ainsi, quand un élève est exclu du CEM, faute d’une moyenne de 10/20 obligatoire pour passer en classe supérieure, il est souvent reversé dans ces écoles de récupération, avec les mêmes professeurs.

« On essaye de récupérer nos élèves renvoyés du public pour les aider. On fait « le ndimbal djaboot » (œuvre sociale, en wolof : NDLR), explique M. Lô. Selon ce dernier, cette proposition alternative aide les jeunes en perdition car ils n’ont pas les moyens pour faire autre chose. « Parfois nous avons des élèves qui sont exclus du public, ils viennent ici et ils réussissent. Donc il y a du positif », soutient-il.

Comment un élève qui n’arrive pas à avoir une moyenne annuelle de 10/20 dans le public peut se retrouver avec 12/20 voire plus dans une école privée ? La réponse est simple pour M. Kébé professeur de mathématiques et directeur d’une grande école privé à Keur Massar :

« Il y a des gens qui ne sont pas sérieux. Ils gonflent les notes des élèves pour satisfaire leurs parents et les maintenir dans leur établissement. Certains professeurs aussi font plusieurs évaluations et choisissent les deux meilleures notes. » A l’en croire donc, il y a un laisser-aller dans le secteur. Il pense aussi qu’il devait y avoir une harmonisation entre les écoles privées elles-mêmes.

Car, « on ne peut pas comprendre qu’un élève redouble par exemple une classe de première chez nous ici, et que nos voisins d’à-côté l’accepte en classe de terminale ».

Résultat : « tous ces apprenants, une fois aux examens échouent massivement et cela crée une surprise chez bon nombre de parents. Ces derniers ne comprennent pas comment un élève qui avait de bonnes notes en classe soit éliminé d’office au BFEM ou au Bac », relève un élève en classe de terminale.

Et d’après M. Kébé, l’explication est dans le mode d’évaluation. « Quelqu’un qui passe avec des notes de complaisance ne pourra pas réussir aux examens officiels », dit-il.

Un de ses collègues qui a requis l’anonymat informe lui qu’il y a des écoles qui font parfois zéro admis au Bac. « Le niveau BFEM est moins grave, mais le Bac, c’est pire. Tu vois des établissements qui ont des dizaines de candidats. Mais à l’arrivée, ils ont des pourcentages en dessous de 10%. En fin de compte, cela impacte négativement sur les résultats finaux des examens au niveau national », explique-t-il.

Quand le public dame le pion au privé

Malgré les grèves et les sureffectifs dans les écoles publiques, celles-ci restent meilleures que celles dites privées laïques.

En parcourant les statistiques du baccalauréat de ces dernières années, l’on se rend compte que les privés tant convoités, à cause des turbulences dans l’enseignement public, ne sont pas à la hauteur des espérances. Les statistiques du bac 2011 disponibles sur le site de l’office du Bac sont parlantes. Dans tous les niveaux de classement, les écoles privées laïques viennent en troisième et dernier position, derrière le privé confessionnel et le public. Par exemple dans la rubrique intitulée  » résultat par zone » le taux de réussite total est de 31,8% pour le privé laïc, 50,9% pour le public et 80,5% pour le privé confessionnel. Les résultats par sous-secteur d’enseignement de 2013 obtenus auprès de la division de l’enseignement privé confirment ceux de 2011. Ainsi on a eu en 2013 un taux de réussite de 77,8% pour le privé confessionnel, 48,6% pour le public et 32,4% pour le privé laïc.

Contrairement au niveau moyen-secondaire, les écoles élémentaires privées dament le pion à celles publiques. En se basant sur les résultats du Certificat de fin d’études élémentaires (CFEE) de l’inspection départementale de l’Education nationale (Iden) de Keur Massar pour l’année scolaire 2014/2015, on constate facilement la différence.

La première école de l’Iden a fait un taux de réussite de 100% au moment où la première école privée occupe la 11e place du classement général avec un taux de 77,33%. Il faut noter aussi que les trois dernières sont composées d’une école privée et deux publiques avec respectivement 12,90%, 11,94% et 9,55%.

Ces résultats se justifient par le fait qu’au niveau élémentaire, la sélection est « naturelle ». Ici tous les enfants ont tous le niveau zéro. Ce qui fait qu’il y a des élèves brillants et des moyens. A ce niveau, l’encadrement strict et l’absence de grève dans les écoles privées produisent facilement des effets positifs. « Nous constatons que nos élèves que nous avons formés depuis la maternelle ou l’élémentaire réussissent plus que ceux qui sont venus après leur réussite à l’examen de l’entrée en 6ème « , renseigne M. Lô.

Stratégie de survie 

Il faut préciser que pour ne rien perdre du marché « très lucratif de l’enseignement privé », certains businessmans créent des écoles qui incluent tous les niveaux. De la maternelle à la terminale, ils raflent tout. Ce qui fait que l’élève peut faire tout son cursus scolaire dans un seul établissement. Ainsi, la règle de la concurrence s’est fortement installée dans ce secteur aussi vital pour tout pays qui se respecte. Recherche de profit et éducation de qualité peuvent-elles aller ensemble ?

M. Mbaye professeur d’anglais et actionnaire dans un groupe scolaire réfute l’idée d’une recherche effrénée de profit qui guiderait l’action des propriétaires. « Nous créons ces structures parce que c’est une stratégie de survie. Parfois on gagne 300 000 francs CFA de dividende annuelle. Donc on ne peut pas dire que ça, c’est extraordinaire », se défend-il.

Selon lui, ils font plus dans le social et absorbent des milliers d’élèves que l’État ne peut pas prendre en charge. Aujourd’hui, malgré le nombre très élevé d’apprenants qui choisissent le privé, le public a des sureffectifs avec des classes qui dépassent 100 élèves parfois.

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