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“GAGNER ENSEMBLE ET GOUVERNER ENSEMBLE” Les coalitions de partis à l’épreuve de l’exercice du pouvoir

 Il est difficile pour les coalitions de partis politiques d’exercer ensemble le pouvoir. Parce que les électeurs ont voté pour un seul individu et non pour un collège. Et donc, la gestion du pouvoir découle de la seule vision du président de la République. Et que ce dernier peut même se trouver gêné par la présence de pairs qui ont contribué à son élection. Comme ces alliés peuvent par ricochet avoir du mal à retrouver leur statut d’opposant en période d’élection. Résultat des courses, tout le monde y perd.

Les coalitions politiques sont à la mode depuis de nombreuses années. Cela tient à une évidence toute simple : aucun parti politique ne peut, à lui seul gagner les élections. Du fait de la prolifération de ces derniers et de la multiplication des candidatures.

Alors, depuis de nombreuses années, ce sont des coalitions ou des coalitions de coalitions comme Benno Bokk Yakaar (Bby) qui sont au pouvoir. En vertu d’une théorie chère à Ousmane Tanor Dieng du Parti socialiste (Ps) qui parle de « gagner ensemble et de gouverner ensemble ». Partant, les gouvernements sont divisés en quotas au prorata des résultats des élections. Des partis politiques comme l’Alliance des forces du progrès (Afp), le Ps, Rewmi avant son départ de la coalition avaient deux ministères. Le Parti de l’indépendance et du travail (Pit) en a un, Macky 2012 en avait un, etc. Les postes de Président du Conseil d’administration, de Chef d’agence, de Secrétaires exécutifs, entre autres, sont aussi distribués de la sorte. Bien sûr,  l’Apr se taille la part du lion dans un dispositif ou il est censé être le moteur central.

Quant aux chefs de partis, ils sont en général auréolés du titre de ministres d’État et certains participent aux Conseils des ministres.

Or, un tel procédé est loin de répondre à l’exigence de gestion en commun. Car, les principales orientations sont définies par le chef de l’État et mis en œuvre par son Premier ministre qui contrôle et oriente l’action des ministres. Les programmes de développement de la trempe du Plan Sénégal émergent (Pse) ne sont pas forcément discutés, ensemble. D’ailleurs, l’on connait le rôle très exécutif et donc secondaire du ministre dans un système présidentiel comme le nôtre.

Tout se passe comme s’il s’agissait d’un simple partage de gâteaux. Cette fameuse théorie du « pacco » (partage) d’un des leurs en l’occurrence Eh Hadji Momar Samb qui, heureusement, n’est pas présentement dans l’attelage gouvernemental. Le sentiment qui se dégage de ces coalitions sous Diouf, Wade et Sall aujourd’hui, c’est que chacun des partis ou des coalitions a obtenu le prix de sa course. Cela permet de se refaire une certaine santé financière, de créer davantage d’opportunités et de notoriété par l’exercice du pouvoir. C’est pour cela que nombre de militants et de leaders de partis se reconnaissent dans ce schéma et ne souhaitent pas la fin de ces ce compagnonnage.

Eh oui, la politique nourrit son homme au Sénégal. Mais à condition que l’on accède au pouvoir. Et les leaders qui ne le comprennent pas voient souvent leurs militants entrer en rébellion. On a vu les incompréhensions notées entre un ancien de la Ligue démocratique (Ld) Mbaye Diack qui a fini à la présidence avec Wade, lorsque son mentor Abdoulaye Bathily lui avait préféré d’autres pour ce que le président Abdou Diouf avait qualifié d’entrisme.

Qui pouvait penser qu’Omar Guèye allait quitter Rewmi ? Ainsi va la politique de nos jours.

A contrario, des leaders de partis n’hésitent pas à entrer en rébellion avec leurs bases si cette dernière tente de lui faire croire que la coalition a des limites. C’est le cas de l’Afp avec Niass qui a dû pousser Malick Gackou à démissionner pour créer le « Grand parti ».

Pourtant, cet entrisme n’est pas sans conséquence dans le mode de gestion du pays. En effet, le président Macky Sall, a pendant longtemps été décrit comme quelqu’un qui subit une très grande influence de ses alliés qui sont plus expérimentés, politiquement. Notamment dans la traque des biens mal acquis. Les libéraux et bien des citoyens notamment soupçonnent les Niass, Tanor, Dansokho, etc., d’être animés d’un sentiment de vengeance contre Wade qui fut pourtant leur ancien allié.

Qu’à cela ne tienne. Toujours est-il que le président de la République n’a pas forcément les coudées franches devant tous les dossiers étant entendu que les leaders de ses partis alliés sont des conseillers très spéciaux que le minimum de bon sens politique recommande qu’on les écoute. Jusqu’où ? Ils sont les seuls à pouvoir répondre à cette question.

Toujours est-il qu’il aurait été mieux à l’aise en gouvernant « seul ». Cela nous semble être une évidence.

Pourtant, la gêne est aussi palpable dans l’autre camp, c’est-à-dire du côté des partis alliés. L’Afp en a fait les frais avec une scission du parti. Le Ps connait un malaise interne du fait de la difficile cohabitation entre la Mairie de Dakar que gère un de ses lieutenants et les tenants du pouvoir central qui avaient tout  fait pour la lui arracher et qui, aujourd’hui, obstruent parfois ses initiatives. Et ceci d’autant plus que le Maire Khalifa Sall est présenté comme un potentiel futur candidat. Les jeunes socialistes aussi ruent dans les brancards pour que leur parti ait plus de postes dans le partage des responsabilités. Un simple prétexte pensons-nous pour mettre en exergue le malaise qui les anime d`être avec celui qu`ils rêvent de combattre.

La Ld, le Pit et autres, n’ont pas encore dit leurs derniers mots. On s’observe parfois en chiens de faïence tout en affichant une entente qui n’est que de façade, hormis, le cas, bien sûr de Moustapha Niass qui semble être plus sincère dans le soutien à Macky Sall.

Parce que « le syndrome Landing Savane » est passé par là. L’opinion comprend, en effet, mal comment quelqu’un qui a cheminé avec le pouvoir jusqu’aux élections pourrait se retourner pour le discréditer. C’est peut-être ce qu’a compris assez tôt Idrissa Seck en claquant la porte de Bby. Même si cela lui a coûté, dans l’immédiat, la défection de ses deux ministres partis vers les prairies marron.

C’est peut être un tel syndrome que redoute les Socialistes dont le discours durant la prochaine campagne pourrait en pâtir.

Au demeurant, notre conviction reste qu’il faut impérativement revoir cette tradition de gestion commune du pouvoir qui oblitère,  à bien des titres, notre démocratie. Le Sénégal a souffert d’un manque d’opposition de partis politiques et de groupes de pression de la Société civile pendant presque deux ans du fait de ce phénomène sous le magistère de Macky Sall.

Du coup, il est temps que la rationalisation des partis politiques soit amorcée pour que ces derniers puissent enfin prétendre gagner seuls des élections pour exercer le pouvoir en toute quiétude. Car, les coalitions, au finish, ne profitent vraiment pas à la démocratie.

 Abdoulaye Diop

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