Accueil / Confidences / Le Général Jean Alfred Diallo, en 1968, après 1962 (Par Alymana Bathily)

Le Général Jean Alfred Diallo, en 1968, après 1962 (Par Alymana Bathily)

On sait maintenant que le régime du Président Senghor a été à ce point ébranlé lors des émeutes de Dakar et lui-même tellement désemparé qu’il était prêt à passer le pouvoir à l’Armée
«Les douloureux événements que nous vivons prouvent, s’il en était  encore besoin que le malaise est  plus profond qu’on ne le pensait …l’Armée et les Forces de l’ordre ont toujours fait leur devoir … Mais l’ordre rétabli ne pourra se maintenir que dans la mesure où les causes profondes du malaise social seront éliminées radicalement et sans délais …»

Le Général Jean Alfred Diallo d’énumérer ensuite une série de mesures, allant de « la réduction des réceptions», à la réduction des ambassades,  au « renvoi de ministres et directeurs de service incompétents », à la nomination « d’un haut fonctionnaire sûr et compétent au ministère de l’Intérieur, à la prise en compte de la compétence et de l’efficacité plutôt que des considérations politiques dans les  nominations. »

Ce sont là des extraits d’une lettre en date du 2 juin 1968 que le Général Jean Alfred Diallo, chef d’Etat-Major général des Forces armées du Sénégal adressé au Président Senghor dont Seneplus a obtenu copie. Le Général Jean Alfred Diallo, parlait, disait-il, en son nom propre et à celui « de cadres de l’Armée et des forces de l’ordre issus du peuple ».

Le Président Senghor faisait alors encore face à des émeutes à travers Dakar après la répression brutale des étudiants en grève à l’Université de Dakar et l’arrestation de nombreux étudiants le 29 mai suivies par la grève des syndicats le 30. Il appliqua à la lettre et immédiatement  les recommandations du Général, recommandations que celui-ci lui avait faite de vive voix la veille avant de les lui transmettre par lettre.

Dakar-Matin, le quotidien gouvernemental, dans son édition du 1 juin 1968, annonce en effet l’adoption par le Bureau politique de l’Union Populaire Sénégalaise (PS) d’une résolution pour « diminuer le train de vie de l’Etat en général et de l’Assemblée en particulier. »

« Suppression de l’autonomie budgétaire de l’Assemblée Nationale (…) des avantages matériels des  vice-présidents et présidents de commissions (…) les députés qui sont fonctionnaires touchent leur traitement de fonctionnaire auquel s’ajoutent des indemnités de sessions (…) les députés non fonctionnaires (…) le traitement moyen d’un fonctionnaire sénégalais auquel s’ajoutent les indemnités de session… »

On sait que ces mesures d’austérité n’auront pas longue vie et que la gabegie et la corruption s’installeront très vite à tous les rouages de  l’Etat. Mais pour l’heure, elles ont contribué à la décrispation du climat social qui  permettra la signature d’accords entre le gouvernement, le patronat et les syndicats, d’abord dès le 12 juin puis avec les étudiants les 5, 6 et 13 septembre.

On sait maintenant que le régime du Président Senghor a été à ce point ébranlé lors des émeutes de Dakar et lui-même tellement désemparé qu’il était prêt à passer le pouvoir à l’Armée. Le Général assura au contraire le Président de sa loyauté et de son engagement à garder les Forces Armées sous son autorité.

C’est que cet officier était un pur produit de l’Armée française dans la plus pure tradition républicaine. Il était Colonel, commandant du 5eme Génie de Versailles, quand on le fait venir très opportunément au Sénégal en 1962, quelques mois seulement avant la crise qui devait opposer Senghor à Mamadou Dia. Senghor le nomme immédiatement Chef d’Etat Général des Forces Armées.

Illégalement dit-on, puisque c’était là une prérogative du Conseil des Ministres sur proposition du Chef de Gouvernement, ministre de la Défense, Mamadou Dia. Le Général Jean Alfred Diallo contribuera en tous cas de manière décisive d’abord au triomphe du Président Senghor sur le Président du Conseil.

C’est certainement grâce (à cause ?) de lui que les nombreux officiers sénégalais qui, selon l’historien Abdoulaye Bathily, « s’étaient clairement exprimés en faveur d’une prise de pouvoir de l’armée au cours d’une réunion de concertation tenue à l’état major général » au cours de la crise de 1962, ne sont pas passé à l’action.

Il est vrai, comme le rappelle l’historien que « la présence de conseillers techniques français dans tous les services de l’armée, de la gendarmerie, des forces de sécurité et de la présidence de la république constituait un élément de dissuasion… ».

abathily@seneplus.com

À voir aussi

Le ministre Amadou Ba: « Moi et Mbagnick… »

Le ministre de l’Economie et des Finances a tenu à magnifier ses relations entre lui …

Le trio du péril (Par Omar Thiongane Sarr)

Macky Sall nous a déçus – Niasse et Tanaor, les deux insatiables vieillards nous ont …