Accueil / Confidences / GISELA KUPPER FALL, 49 ANS, CONSEILLERE EN EDUCATION «Comment j’ai retrouvé la famille de mon père que je n’ai jamais connu»

GISELA KUPPER FALL, 49 ANS, CONSEILLERE EN EDUCATION «Comment j’ai retrouvé la famille de mon père que je n’ai jamais connu»

Elle n’a jamais connu le bonheur de naître et de grandir entre l’amour et la tendresse de parents attentionnés. Giséla Kupper Fall, 49 ans, née d’un métissage sénégalo-allemand et abandonnée dans un orphelinat un mois après sa naissance, a vécu dans une spirale traumatisante de maltraitance et de cruauté de la part de sa famille adoptive, les Kupper, en Allemagne. A 17 ans avec comme unique bien un nom, Malick Fall et une photographie (Prénom et photo de son géniteur sénégalais), elle s’enfuit de son enfer adoptif pour retrouver ses racines sénégalaises. Aidée par une télévision allemande, elle reviendra au Sénégal et parviendra à retrouver sa famille paternelle, qui, malgré la mort de son géniteur, l’accueillera comme l’une des siens. Avec toute la chaleur africaine qui accompagne la venue d’un nouveau-né. Récit d’une histoire poignante.

«Je ne veux pas de cette négresse bâtarde chez moi»

«Je me nomme Gisèla Kupper Fall. J’ai 49 ans. Le nom Kupper me vient de ma famille adoptive allemande et le Fall est le nom de mon géniteur sénégalais. Je suis métisse sénégalo-allemande et conseillère en éducation. Je suis née dans un petit quartier de Bonn (ville située sur le Rhin à 25 km au sud de Cologne) en Allemagne, en 1962. Ma vraie mère était une jeune femme allemande qui a rencontré mon père Malick Fall et ils ont eu une petite aventure à l’issue de laquelle, je suis née. Je ne saurai vous dire combien de temps a duré leur histoire d’amour. Mais, mon grand-père, qui est issu d’une famille allemande très conservatrice, ne voyait pas d’un bon œil leur histoire et il a dit à ma mère : «Je ne veux pas de cette négresse bâtarde chez moi. » Ma famille maternelle n’était pas très ouverte au monde extérieur. Et ma mère a vécu difficilement sa grossesse, car elle était traitée en paria dans la famille. Son père lui disait souvent : «Si tu persistes à garder cet enfant, je te renierai et je te mettrai dehors.» Ne voulant pas subir les foudres de son père, ma mère s’est résolue à me confier à un orphelinat. Au bout d’un an, j’ai été adoptée par une famille dont la maman me trouvait très magnifique.

«Ma mère adoptive me battait et me fouettait avec une corde»

Mon père adoptif était directeur d’école et sa famille était très prestigieuse. Ma mère adoptive ne faisait rien dans la vie. Elle était très belle, mais c’était une glande comédienne. Par comédienne, j’entends une personne hypocrite qui aimait bien faire son cinéma. A l’orphelinat, ils se sont attiré les faveurs des bonnes sœurs en leur faisant croire qu’ils étaient une bonne famille et qu’ils m’adoraient. Ce qui était tout le contraire. Les 3 premières années, tout se passait à merveille. J’étais jeune et innocente et je les appelais papa et maman. Mais, avec l’âge, quand j’ai commencé à acquérir ma véritable personnalité, c’est là que mon cauchemar a démarré. Ma mère adoptive était une femme très violente. Durant plusieurs années, elle me battait, me fouettait avec une corde. Elle me traitait comme une esclave. Mes frères et sœurs adoptifs n’osaient rien dire, car leur mère leur faisait croire que j’étais une enfant débile, une attardée mentale. Ma mère adoptive était une femme au caractère très trempé. Malgré tous mes efforts pour approcher mes demi-frères et sœurs adoptifs, ils me fuyaient et me rejetaient. Quant à mon père adoptif, il ne disait rien. La situation le laissait complètement indifférent. Certes, il était un peu violent, mais sans commune mesure avec sa femme. Pendant plusieurs années, on me privait de nourriture et on m’enfermait dans une chambre pendant des heures avant de me libérer de ma geôle. C’était une période cauchemardesque. Je ne comprenais pas son agressivité envers moi. Plus tard, des psychologues m’ont dit qu’elle devait être psychologiquement malade et perturbée pour agir de la sorte. Ma mère adoptive était très sadique et cruelle. Parfois, la nuit, il m’arrivait de prier… (Elle se tait un long moment. Des larmes commencent à perler au coin de ses yeux. Elle craque un bref instant avant de retrouver un mince sourire). Il m’arrivait la nuit de demander à Dieu de me prendre. Je Le suppliais de me laisser dormir éternellement pour ne jamais me réveiller. Je n’ai jamais fait de tentatives de suicide. Heureusement, j’avais une marraine extraordinaire qui me couvait et me chérissait. Je mangeais parfois chez elle et c’est chez elle que je retrouvais le confort et la tendresse d’une mère. Même à l’école, je ne pouvais suivre un cursus normal car, je vivais en recluse. Renfermée sur moi-même, je n’avais pas de confident et même quand j’avais des problèmes à l’école, je ne pouvais pas m’en ouvrir à la maison. Et vice-versa. Même à ma marraine, je n’ai pu rien dire car ma mère adoptive m’interdisait de parler de ma situation à d’autres personnes au risque de subir le pire. En dehors de la maison, j’étais obligée de porter un masque de sérénité et de bonheur et d’offrir un sourire figé alors que je brûlais à l’intérieur. Je n’ai jamais subi d’attouchements sexuels au sein de ma famille adoptive, car les hommes étaient très pudiques. La seule fois que l’on a violé mon intimité, c’était ma mère adoptive qui en était la coupable. Sous prétexte de voir si je gardais encore ma virginité, elle a soulevé ma jupe, ôté mon slip et introduit son doigt dans mon sexe. C’était la dernière chose que j’avais de privé et elle l’a souillée.

«Quand je vois une personne, une chose qui me rappelle ma mère adoptive ou que j’entends une voix qui ressemble à la sienne, je panique et je tremble comme une feuille»

A 17 ans, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai quitté l’enfer de cette maison. J’avais un travail et j’ai loué un studio. Sans les avertir, j’ai plié bagage et ils n’ont pas daigné me rechercher. Moi aussi, je n’ai pas cherché à les contacter. J’ai quitté cette maison, mais je ne pouvais tirer un trait sur le passe. C’était un fardeau trop lourd. Mes souvenirs me hantaient et me pourchassaient. Je pleurais chaque nuit, j’avais des crises de dépression, mais mes racines sénégalaises me maintenaient en vie. Rien qu’en y repensant, je suis dans tous mes états. Je grelotte d’effroi et quand je suis en proie au stress, je mange beaucoup. Raison pour laquelle, je suis aujourd’hui obèse. Quand je vois une personne ou une chose qui me rappelle ma mère adoptive ou que j’entends une voix qui ressemble à la sienne, je panique et je tremble comme une feuille. Cette enfance douloureuse m’a créée des difficultés énormes dans mon emploi et mes relations avec les gens. Mais, il y a toujours une personne que je mise dans ma vie qui m’apporte le sourire et la joie. Et qui me redonne confiance en moi en me disant que je suis une bonne personne. Cela m’a beaucoup aidé. Au fond de moi, une voix me disait d’aller à la recherche de mes racines. J’ai vécu un passé très dur, mais je puise ma force dans mon travail de conseillère en éducation. J’ai revu ma véritable mère en 1996, à l’âge de 27 ans. Mais, elle ne voulait toujours pas de moi. Elle m’a rejetée et j’en ai fait de même. Je ne ressens rien pour elle et quand je l’ai vue, je suis restée insensible. Elle était comme une étrangère pour moi.

Après cette rencontre et les quelques bribes d’informations que ma mère a bien voulu me donner sur mon père, (elle m’a juste dit qu’il s’appelait Malick Fall, qu’il travaillait avec le 1er ambassadeur du Sénégal en Allemagne, Djibril Diaw. Elle m’a aussi dit que ma famille paternelle ne voulait pas non plus de moi), J’ai écrit 3 correspondances à l’ambassade plus une annonce et une photographie de mon père que j’ai envoyées au quotidien national «Le Soleil» (Dakar). J’ai eu un feed-back. Plusieurs personnes m’ont appelée, mais j’étais méfiante. Je ne voulais pas revivre ce que j’avais déjà vécu dans mon enfance. Un de mes cousins, Chimère Diaw, m’a contacté en 1996, à la suite de l’annonce partie dans le journal, mais j’avais peur. Je pensais que c’était une arnaque. En septembre, une de mes cousines m’a écrit, me faisant savoir qu’une télévision allemande s’intéressait à mon histoire et qu’elle était disposée à m’aider. J’ai accepté. Ils ont noué des contacts avec la fondation Konrad Adenauer et bien d’autres personnes. Un jour, ils m’ont appelée pour me dire qu’on devra se rendre au Sénégal à la fin du mois de janvier pour poursuivre les recherches. C’est ainsi que la journaliste Maimouna Ndour Faye (Canal Info News) a été contactée. Elle a entrepris des recherches au niveau local. On a suivi la piste de l’appel de mon cousin Chimère Diaw qui nous a conduits à Thiès. Une émission a été faite à la télévision et grâce aux appels des téléspectateurs, nous avons su que l’ambassadeur Djibril Diaw qui avait amené mon père en Allemagne était le cousin d’Amsatou Sow Sidibé (candidate à la Présidentielle de 2012). On a été chez elle et elle a appelé la famille à Thiès. Un frère à mon père qui a suivi l’émission à la télévision, mais qui n’a pas pu y participer, est venu au siège de Canal Info News pour nous dire qu’il était un frère à mon père. Il nous a conduits à Thiès et toute la famille était réunie, fin prête pour m’accueillir. Quand je suis allée à Thiès, plus je m’approchais, plus de larges sourires égayaient le visage de ma famille paternelle. Je me suis jetée dans leurs bras et je me suis dit que ceux-là étaient ma famille, mon sang. J’étais enfin chez moi. J’ai vu mes demi-frères et sœurs, mes oncles, mes tantes maternelles, mes cousins et cousines. Une de mes cousines est mon portrait craché. Il n’y a que la couleur de la peau qui nous différencie. Là, je me suis dit que j’étais à ma place et que j’étais de retour chez moi. Je compte venir chaque année rendre visite à ma famille sénégalaise, car mes activités en Allemagne ne me permettent pas de venir m’installer définitivement ici. Mon grand projet aujourd’hui est d’adopter un enfant sénégalais car, je n’ai pas d’enfant.

SOURCE : L’OBS NDEYE FATOU SECK

Via Xibar

À voir aussi

La déclaration choc de Ama Baldé : “Boy Niang dou sama kharit, mais…”

Dans un entretien accordé à Pikini, Ama Baldé revient sur ses relations avec certains lutteurs. …

“J’ai surpris mon père dans les toilettes avec la servante de la maison”