SANTE

Grève du Sames : l’amertume des malades et la détermination des médecins

  • Date: 6 août 2015
 La grève du Syndicat autonome des médecins du Syndicat a plombé beaucoup de structures sanitaires. Les patients dans l’obligation de rebrousser chemin sont partagés entre colère, amertume et résignation.

 Il est 8 heures à l’hôpital général de Grand Yoff. A la porte, deux vigiles surveillent les entrées et les sorties. Les vendeurs de crédit téléphonique squattent les alentours à la recherche de clients. A l’intérieur, dans le hall qui sert de salle d’attente aux patients venus en consultation, il n’y a que des chaises vides. La grève du Syndicat autonome des médecins du Sénégal (Sames) se fait déjà ressentir. ‘’Nous n’accueillons que les urgences. On est en grève’’, lance une blouse blanche à une dame venue pour son rendez-vous. Ils sont nombreux les patients à rebrousser chemin, en rouspétant.

Assise sur une chaise, son bébé sur le dos, Aïda Diagne doit rentrer chez elle sans que son fils Daouda Fall ne soit consulté. Il est fiévreux depuis la veille. La sueur dégoulinant de son visage, les pieds poussiéreux, elle a du mal à cacher son amertume. Le regard hagard, elle ne trouve pas les mots pour exprimer sa colère. ‘’On est obligé de repartir. On n’y peut rien. Ils sont en grève, ce qui veut dire que nous ne serons pas soignés aujourd’hui’’, dit-elle d’une voix sourde. La dame n’arrive pas à comprendre qu’un médecin fasse la grève : ‘’C’est vraiment dommage. Des médecins en grève pendant que la population souffre. Je n’arrive pas à qualifier cela.’’

Du côté du service des urgences, un groupe de malades se désolent aussi de la situation. Fatou Dieng est contrainte de rentrer chez elle et de remettre à plus tard son rendez-vous. ‘’On ne sait même pas si la grève va faire un ou deux mois. Cela ne peut pas continuer ainsi. Nous sommes des malades et ce sont les médecins qui doivent nous soigner. Si ces derniers sont en grève, là, c’est grave.’’ Comprenant que ses récriminations sont vaines, elle laisse entendre, résignée : ‘’Devant l’impossible nul n’est tenu’’. Embouchant la même trompette, le vieux Ibou Ndiaye ne cherche pas de fautif. Tout ce qu’il souhaite, c’est d’être pris en charge. ‘’Quand des gens qui doivent s’occuper des malades sont en grève, c’est dangereux pour nous les malades’’, dit-il. Sa canne à la main, il se déplace difficilement.

Hôpital Fann

Même décor et même constat au Centre des œuvres universitaires de Fann et à l’hôpital pour enfants Albert Royer. Au service des urgences où on accueille les patients avant de les orienter pour la consultation, il n’y a personne. Seuls les cas urgents sont pris en charge. Ici, le sentiment le mieux partagé est la colère. Une colère froide et contenue qui empêche beaucoup de patients de s’exprimer. Ne souhaitant pas être grossiers, ils préfèrent garder le silence. Ils rentrent chez eux, en attendant la fin de la grève. ‘’Les patients doivent comprendre que c’est l’Etat qui leur cause tout ce tort, pas nous. Nous avons vraiment mal de voir des malades rebrousser chemin, sans soins. Mais, on est dans l’obligation de le faire’’, se justifie une blouse blanche, sous le sceau de l’anonymat.

Ailleurs à Albert Royer, l’absence de cris et de pleurs des enfants est saisissante. Le calme des lieux contraste avec l’effervescence des autres jours de travail. Pas d’enfants qui courent ou qui jouent sur les carreaux de la salle d’attente. La grève du Sames est durement ressentie par les parents des jeunes malades. Nombreux sont ceux qui retournent chez eux. Soda Kane en fait partie. Sa fille a pu recevoir les premiers soins, à cause de sa forte fièvre. ‘’Elle a juste reçu une perfusion pour faire baisser sa tension. Quand tout est revenu à la normale, on était obligé de partir. On nous a dit de revenir le lundi, parce qu’ils sont en grève’’, explique-t-elle.

Enquête

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