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GRÈVES RÉPÉTÉES DANS L’ENSEIGNEMENT, PRISE EN OTAGE DES ÉLÈVES… L’irresponsabilité de tous tue l’école

Le Cusems et le Grand cadre, version Mamadou Lamine Dianté ont déposé des préavis de grève pour non-respect, par l’État des accords signés avec les syndicats d’enseignants. C’est dire que dans quelques jours ou semaines, les jeunes devront rester chez eux ou errer dans les rues, chaque matin, faute d’enseignants dans les collèges et lycées, notamment. Il faut dire qu’ils sont habitués des faits. Depuis 2000 pratiquement, les grèves sont devenues cycliques. Aucune année n’a été occultée. Le bras de fer entre les enseignants et l’État a marqué d’une façon indélébile la politique d’éducation du Sénégal hypothéquant gravement l’avenir des jeunes générations qui ont tant besoin de ce savoir avec, à la clef, des résultats de plus en plus catastrophiques. Au point d’ailleurs que l’année dernière, le président de la République a cru devoir intervenir personnellement par l’invitation à déjeuner des leaders syndicaux concernés afin de discuter des points de blocage et leur trouver des solutions. Mais cela n’a pas empêché la répétition du cycle cette année, c’est-à-dire le retour à ce qui prend de plus en plus les allures d’une tradition. Avec le même modus operandi : les enseignants lancent des préavis de grève comme l’exige la loi, entrent en mouvement par la suite et occupent les médias pour justifier du bien fondé de leurs revendications. Certains parmi les plus téméraires d’entre eux font la rétention de notes d’examens, menacent de ne pas aller surveiller, exigent des indemnités, des heures supplémentaires, etc.

L’État réagit par ses services compétents si le ministre de l’Éducation lui-même n’entre pas dans la danse. On énumère des acquis, explique qu’il est animé d’une bonne foi, que certains points restants des accords seront satisfaits, etc.

Quel est le Sénégalais qui n’a pas suivi ces passes d’armes par presse interposée, avec, parfois, l’impossibilité de trancher le débat pour dire qui a tort ou qui a raison. Comme dans tous les combats entre David et Goliath, nombre de citoyens ont tendance à se dire qu’il faut que l’État fasse davantage d’efforts pour des enseignants dont le niveau de rémunération est jugé faible au regard des lourdes responsabilités qui pèsent sur leurs épaulés. Soit. Mais il ne s’agit nullement, dans cette chronique, de rentrer dans ce débat pour savoir qui des enseignants ou de l’État a tort ou raison. Au nom de l’intérêt supérieur des enfants qui sont l’avenir de la Nation, il convient de poser le débat autrement.

Il est dommage, regrettable, inacceptable que les adultes que nous sommes, ayant bénéficié d’un niveau d’enseignement assez respectable, s’amusons-nous avec celui des enfants, de nos enfants. Le vrai tort de l’État dans cette situation, c’est d’avoir laissé les enseignants entrer dans ce cycle infernal de grèves tout en se disant qu’à la fin du mois, ils seront payés. Quand on reste chez soi, même si c’est pour fait de grève,  on n’est pas payé. C’est la loi qui le dit : « Pas de travail, pas de salaire ». Le corps enseignant est infesté d’intrus paresseux parce que non motivés. Ce sont des gens qui n’y ont pas leur place dans le système éducatif. Ils ont été poussés dans l’enseignement par les vicissitudes de la vie notamment le chômage et la politique des volontaires qui a ouvert les vannes à l’informel dans ce corps d’élite. On a ainsi des enseignants de premier et de deuxième degré, ce qui est inacceptable. L’anarchie a régné et continue de régner dans les recrutements. La preuve, cette polémique sur l’annulation de l’admission par le Ministre de candidats à l’enseignement qui auraient fraudé. Le niveau très faible de certains d’entre eux a été constaté par tous. Ces derniers sont simplement incapables de prodiguer un enseignement de qualité.

À cela, s’ajoute la syndicalisation à outrance de ces éducateurs. Les syndicats d’enseignants pullulent à loisir. Pour obvier le phénomène, il a fallu créer un Grand cadre de syndicats associés dirigé par Mamadou Lamine Dianté qui lui-même a été vivement contesté, l’année dernière, au point de créer une dissidence ayant abouti à un Grand cadre-bis.

C’est dire l’ampleur de l’anarchie dans le milieu où chaque groupe aux motivations parfois douteuses peut soit créer son syndicat soit organiser une dissidence dans un syndicat existant. Aujourd’hui, l’idée d’organisation d’élections de représentativité est partagée par tous. Comme dans les partis politiques, la trop grande liberté a tué la liberté. La rationalisation est une exigence de survie pour l’école sénégalaise. Car, les batailles ne sont seulement contre l’État mais aussi entre syndicats et responsables pour le contrôle du plus grand nombre. Il y a bien entendu des avantages à être leader syndical…

Qui plus est, nombre de syndicalistes sont aussi très politisés. Certes, la loi ne l’interdit pas. Les Professeurs et les instituteurs peuvent faire de la politique. Mais il est dangereux de répercuter les mots d’ordre et les slogans politiques dans les luttes syndicales. Certains ne font pas forcément la part des choses. Or, le milieu de l’école s’avère être l’un des plus politisés du Sénégal.

Pourtant, les enseignants ont bénéficié, jusqu’ici, d’une sympathie de l’opinion, d’une quasi-complicité des parents d’élèves qui ont rarement élevé le ton malgré la situation catastrophique de l’école et celle de certains apprenants pour ne pas dire de la majorité d’entre eux.

Bien sûr, ils méritent notre respect et même notre admiration. Ce sont eux qui, dans des conditions de sacrifices énormes, ont fait de nous ce que nous sommes. Mais, il est temps de les mettre devant leur responsabilité. De leur dire une vérité que même les médias dissimulent trop souvent. C’est qu’il y a trop de grèves. Les bras de fer ne résolvent pas toujours les questions statutaires. Il faut dialoguer, savoir se contenter d’acquis et consentir à une part de sacrifices dans le choix des carrières. À cause de leur témérité, l’avenir de générations de jeunes est hypothéqué. L’école dispense de plus en plus une formation au rabais qui n’honore pas le Sénégal. Pendant ce temps, les autres pays africains nous dament bien le point dans ce domaine qui est la seule voie d’émergence. Comment peut-on espérer atteindre l’émergence avec une majorité de populations analphabètes et de de jeunes sous-formés ? Il est temps alors de rectifier le tir. Pour cela, il est important de rappeler à l’État ses missions régaliennes. Les enseignants sont ses employés. Ils ont des droits et sont aussi astreints à des devoirs.  Le fait pour le Gouvernement de signer des accords avec eux tout en sachant qu’il ne va pas les respecter créé une situation de faiblesse d’autorité à laquelle nous assistons présentement. Les accords avec le corps enseignant ne doivent pas être signés dans le seul but de sauver l’année. Il faut que l’État s’acquitte le maximum possible de ses devoirs et reste ferme quant au droit des enfants à avoir une éducation de qualité.

À défaut, si cette complaisance observée perdure, il faudrait désormais que les populations actionnent les leviers nécessaires à l’exercice direct de la puissance publique en exigeant des enseignants et de l’État une plus grande conscience de leur responsabilité civique par tous les moyens légaux admis. Dans aucun pays au monde, les citoyens ne laissent des groupes privés comme les syndicats décider du sort des enfants. Trop, c’est trop. Et la situation a trop longtemps duré.

Abdoulaye Diop

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