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Le candidat du Parti africain pour l'indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-vert José Mario Vaz, à Bissau le 11 avril 2014 afp.com - Seyllou

La Guinée-Bissau, une expérience démocratique paralysée

C’est presque par miracle que les élections législatives se sont tenues ce dimanche à Bissau. Comme d’ailleurs tout ce qui se passe chez nos voisins, depuis 2015.

En août de cette année, quand le Premier ministre Domingo Simoes Pereira, le Chef du parti gouvernemental auquel appartient le Chef de l’Etat José Mario Vaz, en l’occurrence le PAIGC, avait été limogé et remplacé par Baciro Djà, le pays est entré dans une instabilité institutionnelle grave.

On se rappelle d’ailleurs, à ce moment, de la présence de deux Premiers ministres à Dakar où une médiation avait été tentée en vain.

Depuis cette date, rien ne marche plus dans ce pays. Les Nations-Unies, à travers le PNUD qui la représente là-bas, et la CEDEAO, ont tenté de nombreuses solutions de sortie de crise, en vain également. Il y a même eu des sanctions contre des personnalités sans, qu’en trois ans, une seule session parlementaire n’ait eu lieu.

Si Domingo Simoes, également Président de l’Assemblée nationale, se basant sur le texte qui veut que le Chef du parti soit nommé Premier ministre, n’a jamais accepté son limogeage, tous les PM nommés après lui n’ont jamais pu y exercer leurs fonctions. Conséquence, il y eu sept Premiers ministres en cinq ans.

L’actuel, Aristode Gomez, est issu des accords de Conakry avec l’espoir que les législatives tenues hier soient le début du dénouement de la crise.

Car, entretemps, le PAIGC a perdu sa majorité à l’Assemblée avec le basculement des quinze députés naguère sanctionnés et qui ont rejoint le groupe du PRS, le parti de l’ancien Président Coumba Yallah.

Mais, malgré toutes les tentatives de revenir à la normale, Domingo Simoes a pu empêcher tout changement à la tête du Parlement et ceci malgré le changement de majorité et une forme de cohabitation qui s’est instaurée au sein de l’Exécutif.

L’homme s’est encore basé sur les textes pour éviter, comme il en aurait le droit, de convoquer une session parlementaire.

Une instabilité institutionnelle grave à nulle part égale. Car, ici, les deux leaders qui se battent appartiennent au même parti, lequel a, entre temps, perdu la majorité.

Aujourd’hui, sous pression de la communauté internationale et notamment de la CEDEAO qui veille au grain, les Bissau-guinéens tentent de rétablir l’ordre républicain.

Ils devront choisir 102 députés parmi les 21 listes dont les plus importantes sont le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC), qui dirige le pays pratiquement depuis l’indépendance, le Parti de la rénovation sociale (PRS), le parti de la Convergence démocratique (PCD), le Parti de la Nouvelle Démocratie (PND), l’Union pour le changement (UM), le Mouvement pour l’alternance et la démocratie (Madem).

Et le miracle de la tenue du scrutin tient au fait que l’argent a manqué jusqu’aux derniers jours du scrutin. La communauté internationale ne fait pas confiance aux acteurs politiques, la révision du fichier électoral a été mal engagée, les cartes d’électeurs présentent de nombreuses anomalies, l’audit du fichier n’était pas terminé, beaucoup d’électeurs potentiels n’étaient pas inscrits et ceux qui procédaient aux inscriptions n’étaient pas payés.

Mais la communauté internationale a tellement hâte d’en finir avec la crise en Guinée-Bissau qu’il fallait faire vite et en finir, même s’il  faut, pour cela, trouver des solutions d’urgence s’agissant notamment du fichier.

La tension était vive dans le pays. Les grèves dans l’éducation étaient répétitives et les élèves menaçaient de brûler leur pays.

De hautes personnalités cachent leurs enfants dans des chancelleries ou à l’étranger pour éviter des représailles et le pays ne doit sa relative paix qu’à la présence prolongée de forces de la CEDEAO qui coûtent cher à l’institution.

Ce qui se passe dans ce pays, c’est l’absence de l’autorité de l’Etat face à la toute-puissance d’un parti dont les vétérans tiennent à garder leurs privilèges, appuyés en cela par l’Armée.

En conséquence, il s’y est développé toute sorte de trafics, notamment celui de drogue.

Une vraie anarchie qui demande beaucoup d’efforts de réorganisation.

Assane Samb

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