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Halte aux dénigrements de la CSS, Protégeons et densifions notre tissu industriel (Pr Demba Sow)

Le développement de l’agriculture n’est possible et durable que si, à l’aval, il y a une industrie agroalimentaire dynamique capable de transformer la production agricole en produits alimentaires pour la consommation nationale et l’exportation. Notre pays est très riche en phosphates et nous avons besoin d’industries chimiques pour produire sur place de l’engrais pour notre agriculture. L’exploitation prochaine de nos ressources pétrolières sera d’autant plus intéressante pour notre pays que nous aurons une industrie pétrochimique compétitive.
Le Sénégal doit protéger son tissu industriel et favoriser l’implantation de nouvelles industries pour qu’il ne soit pas obligé d’exporter ses matières premières ce qui serait synonyme de pertes de richesses.
Le Sénégal a un tissu industriel assez dense couvrant des secteurs essentiels pour notre économie mais beaucoup d’unités industries sont en difficulté (ICS, SAR. SUNEOR,…) ou ont disparu (SOTIBA, ICOTAF, BATA,…). L’importation mal maitrisée, la mauvaise gestion et l’attentisme de l’Etat sont souvent les causes principales des difficultés que rencontrent nos industries.
Dans cette contribution, je vais m’intéresser à 4 grandes industries stratégiques : SUNEOR, CIMENTERIES, ICS, CSS. Ces entreprises emploient des milliers de sénégalais et produisent des richesses. Ce sont aussi des industries qui utilisent des matières premières locales dans leurs process de fabrication.
Il y a quelques années, la Suneor(ex SONACOS) était le fleuron et l’ossature de l’industrie sénégalaise. Avec 4 usines (Ziguinchor, Kaolack, Diourbel, Dakar), la Suneor triturait la production arachidière et mettait à la disposition des consommateurs de l’huile d’arachide de qualité, l’huile la plus adaptée à la cuisine sénégalaise. Aujourd’hui, la Suneor exporte l’huile d’arachide et vend aux sénégalais de l’huile de soja, huile ne supportant pas les hautes températures. C’est une aberration sénégalaise.
Avec une politique industrielle sans ambition, une privation précipitée, la Suneor est aujourd’hui une entreprise moribonde. Les usines sont en état de dégradation avancée et à ma connaissance, il n’y a pas de plan de redressement crédible de cette entreprise ultra-stratégique pour notre agriculture. Si la Suneor disparait, c’est la culture de l’arachide qui va s’écrouler et des milliers d’emplois perdus. Pourtant, l’arachide est la spéculation qui tire l’économie nationale. Si la production est abondante, la commercialisation réussie, le pays est prospère.
Le Sénégal dispose de 3 cimenteries modernes. Depuis l’arrivée des Cimenteries du Sahel, puis celles de Dangoté, les prix du ciment n’augmentent plus et les pénuries sont de vieux souvenirs. Nos cimenteries pour le moment fonctionnent bien et des milliers de sénégalais y travaillent. Cependant, l’Etat doit accorder une oreille et un œil attentifs à cette industrie stratégique qui tire le BTP, lui-même un des moteurs de notre économie. La qualité du ciment de ces unités industrielles est un motif de satisfaction de l’Etat et des consommateurs.
Les industries chimiques du Sénégal constituent une aberration technique et économique. Le Sénégal a des cadres très compétents et est riche en phosphate de très bonne qualité mais les ICS sont moribondes depuis leur création. Cette entreprise n’a jamais versé de taxes dans les caisses de l’Etat depuis sa création. C’est une entreprise qui est constamment sous perfusion et elle est incapable de payer régulièrement ses employés. Lors du montage des ICS que des erreurs graves ont été commises ! Ce géant aux pieds d’argile avait un seul client. Ce sont les indiens qui achetaient ses produits et c’est aussi eux-mêmes qui fixaient les prix d’achat. A cette erreur congénitale, s’est ajoutée une politique d’investissement inadaptée avec un montage financier inapproprié. On peut aussi regretter le manque de confiance des indiens à nos valeureux cadres. Le redressement et la sécurisation des ICS doit être un impératif pour l’Etat car le Sénégal ne peut pas se passer d’une industrie chimique, ne serait-ce que pour son agriculture.
La Compagnie Sucrière Sénégalaise (CSS) est une entreprise complexe et vulnérable avec une branche de production agricole (Champs de cannes à sucre) et une autre de production de sucre raffiné (usine). La CSS est une entreprise doublement stratégique pour le Sénégal : elle emploie des milliers de sénégalais et sécurise le pays pour sa fourniture en sucre raffiné, une denrée de première nécessité. La CSS est une grande industrie, le point de chute de nos ingénieurs agronomes, agroalimentaires, mécaniciens, électriciens et de nos managers sans oublier les médecins, les techniciens supérieurs, les ouvriers spécialisés.
La CSS fait actuellement l’objet d’attaques virulentes et ce n’est pas nouveau. Ces attaques visent ni plus ni moins la liquidation de la sucrerie pour la remplacer par des importateurs de sucre et envoyer en conséquence des milliers de salariés et de saisonniers au chômage.
Le sucre est une denrée de première nécessité comme le riz, le blé, le lait, l’huile,….. La pénurie en un de ces produits peut déstabiliser un pays. C’est pourquoi les pays prennent les dispositions nécessaires pour garantir aux citoyens la disponibilité de ces produits à tout moment et en tout lieu. La CSS a été créée justement pour mettre le Sénégal à l’abri de la pénurie et des fluctuations du prix du sucre sur le marché mondial.
Des sénégalais demandent la libéralisation totale de l’importation du sucre. Cette demande n’est pas acceptable. L’importation de sucre ne saurait être privilégiée par rapport à la production nationale. Tous les spécialistes sont d’accord que le prix du sucre est très volatile et par conséquent, la libéralisation totale de l’importation du produit est un danger pour les consommateurs. Les prix pratiqués sont artificiels, sans rapport avec les coûts de production du sucre. Il est plus sûr d’avoir sa production nationale et importer éventuellement le complément. La libéralisation totale de l’importation du sucre mettrait en péril la CSS avec les conséquences que tout le monde devine.
On veut aussi nous faire croire que la CSS est hyper protégée et bénéficie de privilèges indus. La CSS en réalité est moins protégée que les sucreries ivoiriennes, européennes, américaines ou indiennes. L’Europe, les États Unis, l’Inde et beaucoup d’autres pays subventionnent leur sucre et protègent leurs sucreries par une maîtrise de l’importation et de l’exportation du sucre. Le Sénégal doit s’inspirer de ces pays. Il doit maîtriser ses importations et protéger la CSS en utilisant des mécanismes transparents respectueux des intérêts de l’État, des consommateurs et des commerçants.
Ceux qui militent pour la liquidation de la CSS pour mettre la totalité de la fourniture de sucre aux sénégalais entre les mains d’importateurs sur le marché mondial veulent appauvrir le Sénégal, l’exposer à la pénurie à la moindre baisse de production au niveau mondial, aggraver notre déficit, sacrifier des milliers d’emplois et perdre des taxes et impôts substantiels pour l’Etat et les collectivités locales.
Au moment où nous visons l’autosuffisance et la sécurité alimentaire en divers produits essentiels, il est aberrant d’entendre des compatriotes demander la liquidation de la CSS qui fournit déjà au Sénégal 75% de sa consommation de sucre. Qui a fait mieux qu’elle pour les produits alimentaires ?
La CSS est vulnérable comme toutes les entreprises. Elle a besoin d’être protégée et rassurée pour investir, se moderniser et améliorer sa compétitivité et la qualité de ses produits.Pr Demba Sow
Enseignant de la Technologie Sucrière à l’ESP de l’UCAD

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