Confidences

HAMADY BOCOUM, DIRECTEUR DE L’IFAN-CAD : « Ce grand égyptologue nous a laissés un immense héritage scientifique »

  • Date : 16 février 2016

L’œuvre du « Pharaon du savoir », Cheikh Anta Diop, continue toujours d’occuper chercheurs, universitaires, étudiants, politiques, etc. La raison ? L’immense héritage du grand égyptologue demeure d’une actualité renversante.
C’est dans les années 1960 que Cheikh Anta Diop entama sa carrière à l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan/Cheikh Anta Diop). Ce n’est qu’en 1981 qu’il eut la chance de donner un cours à l’Université de Dakar. Seuls cinq étudiants parmi lesquels le directeur de l’Ifan, Pr Hamady Bocoum, l’actuel recteur de l’Ucad, Pr Ibrahima Thioub, Modou Fall, Pr Kébé, étaient régulièrement inscrits à son cours. « Mais quand il était venu donner son cours, l’amphithéâtre était plein », se souvient Pr Bocoum. Avant de préciser : « Tous les professeurs de l’Université l’attendaient. Le Pr Aboubacry Moussa Lam était son assistant ». Aujourd’hui, ce sont des centaines voire des milliers d’étudiants à Dakar qui s’intéressent à son œuvre.
« C’est une lapalissade de dire que Cheikh Anta Diop était admiré ailleurs qu’au Sénégal. Au Congo, au Cameroun, etc. quand il faisait ses conférences, il était soulevé en apothéose. Aujourd’hui, on en reparle avec plus de sérénité et moins de passion ; et peut-être, plus d’intellectualité », souligne le directeur de l’Ifan.
Nul doute que 30 ans après sa disparition, son legs est toujours intact. Pour Hamady Bocoum, « il reste tout dans l’héritage du savant ». Avec le recul, se réjouit-il, nous nous rendons compte que « son œuvre est immense ». « Quand on parle de l’héritage de Cheikh Anta Diop, à son avis, il faut le faire avec recul et dépassement et surtout le replacer dans le contexte ». Si nous replaçons Cheikh Anta Diop dans son contexte, poursuit-il, « nous nous rendrons compte que c’était un génie faramineux qui s’est attaqué à des questions au moment où on disait que les Noirs ne représentaient rien du tout, n’avaient pas d’histoire », avec surtout l’école anthropologique européenne qui avait produit des « choses faramineuses qu’il fallait déstructurer ».
A l’en croire, Cheikh Anta Diop avait compris avant tout le monde que si nous n’avons pas une « forte estime de choix, nous ne pourrons rien faire ». Sa conviction est que pour avoir cette forte estime, « il fallait déchirer la toile d’araignée de l’idéologie coloniale ». C’est dans ce sillage, a-t-il dit, que « son œuvre « Nations nègres et culture » était un travail fondateur, libérateur ; et cela a rendu les jeunes africains de la Sorbonne extrêmement fiers d’eux-mêmes ».
Son travail sur l’unité culturelle, poursuit-il, est encore plus actuel car traversant toute la problématique de l’unité du continent. Il avait montré à l’époque, selon Pr Bocoum, que « les Etats providentiels n’avaient pas d’avenir. Et tous les jours, il apparaît de plus en plus clairement que l’Afrique désunie n’arrivera à rien. Même l’Europe dans sa diversité, sa balkanisation est en train de se refaire. Il est plus que temps pour nous de gommer les frontières politiques héritées de la colonisation ». De l’avis du directeur de l’Ifan, « il y a un lien extrêmement puissant que constitue la culture qui n’est pas suffisamment utilisée », même si des efforts sont en cours avec l’Uemoa, la Cedeao, l’Union africaine (Ua), etc.

« 50 ANS APRES LES INDEPENDANCES »
A ce propos, il a invité les acteurs à donner à la culture, le rôle « de lien, de constructeur, de passerelle. » qui lui revient, en vue de mettre à terre toutes les barrières artificielles (politiques) entre les peuples africains ». Le directeur de l’Ifan se dit convaincu que « le jour où les Africains arriveront à se mettre dans la tête que nous sommes les mêmes, celles-ci tomberont d’elles-mêmes ». C’est la dimension culturelle du projet de l’Union africaine (Ua) qu’il faut absolument explorer, avance-t-il, et non sans déplorer que « 50 ans après les indépendances, nous créons encore de nouvelles incompréhensions ».
Il va falloir, a insisté l’universitaire, revisiter tout cela pour que les actions politique, culturelle, sociale, etc. soient revues et réinterprétées. « Nous sommes dans une approche holistique et l’union du continent est beaucoup plus profonde », précise-t-il. Autant de raisons qui l’ont fait dire que l’œuvre du « Pharaon du savoir » est « d’une actualité renversante ». Pendant très longtemps, ajoute-t-il, « Cheikh Anta Diop pouvait être un faire-valoir pour beaucoup de personnes car dans le milieu universitaire, il fallait s’attaquer à plus fort que toi pour être célèbre ».
Faire une critique à Cheikh Anta Diop relevait d’un mythe, dit-il. « Or Cheikh Anta Diop, a laissé entendre le directeur de l’Ifan, n’a jamais pensé ni dit que son œuvre n’était pas critiquable ». « Son travail est une œuvre humaine, scientifique. Lui-même est passé et repassé à plusieurs reprises sur des choses. C’est le devoir de la nouvelle génération. Nous n’avons pas à reprendre Cheikh Anta Diop. Nous devons le capitaliser et l’améliorer », soutient Pr Bocoum. « Ce n’est pas un dogme mais plutôt une vision, une méthode, un engagement, une rigueur. Cheikh Anta Diop a produit avec des informations et des instruments de son temps, nous devons capitaliser tout cela en allant au-delà de tout ce qu’il a fait pour aller vers la prospection », a-t-il affirmé.

LIGNES FORTES
Aujourd’hui, poursuit Pr Bocoum, l’unité culturelle, outre ses racines, ses fondements profonds qu’il a révélés, « nous devons l’interroger à la lumière de tous les dégâts que l’on n’a pas manqué de créer avec les frontières artificielles, les conflits entre Etats issus de Berlin et de frontières coloniales, tout cela crée des barrières d’incompréhensions qu’il faut revisiter ». Prenez l’exemple du Sénégal et de la Gambie, avance-t-il, « nous avons les mêmes langues, la même culture, depuis les Mégalithes et aujourd’hui, les Kankourang ». Le Sénégal et la Gambie ont tout inscrit au Patrimoine mondial, précise-t-il. « Mais la frontière politique est encore une réalité », regrette Pr Bocoum. « Entre Sénégalais et Gambiens, quand nous nous rencontrons, nous échangeons dans nos langues nationales. Mais s’il s’agit du terrain officiel, chacun parle la langue de son colonisateur. Ce sont des anachronismes qu’il faut songer un jour à relever pour pouvoir construire une véritable unité du continent, et non pas partir des juxtapositions des intérêts coloniaux », a-t-il avancé.
Le directeur de l’Ifan a aussi relevé que « la pensée unique est toujours dangereuse ». Pour Pr Hamady Bocoum, il n’y a pas de « conflit entre orthodoxes et moins orthodoxes ». « Je ne pense pas que l’orthodoxie pouvait d’ailleurs être la vision de Cheikh Anta Diop dans le sens d’immuabilité. C’est normal que les gens n’aient pas la même façon de voir, la même vision de l’héritage de Cheikh Anta Diop », a-t-il expliqué. Ce qui est important, a-t-il insisté, « que la recherche puisse avancer ». « Au fur et à mesure que la recherche avance, il y aura des lignes fortes qui vont s’imposer par la rigueur et c’est cela qui sera le plus important. Je pense que le portrait, le garant et l’intransigeant, tout a été dit et définitivement dit, n’est pas une attitude tenable. Mais il faut qu’il y ait des sentinelles, des personnes vigilantes. C’est dans l’un et l’autre qu’on pourra avoir une vision équilibrée et positive », a-t-il souligné.

Souleymane Diam SY

Le laboratoire Carbone 14 réhabilité
Le laboratoire « Carbone 14 » de Cheikh Anta Diop a été réhabilité par la Fondation Sonatel. L’inauguration prévue au cours de la célébration des 30 ans de la disparition du savant sénégalais a été reportée ultérieurement, selon le directeur de l’Ifan/Ch. A. Diop.
De l’avis du Pr Hamady Bocoum, le ministère de l’Enseignement supérieur a fait de la réhabilitation des équipements un « projet fort ». Une fois que les travaux seront achevés, a-t-il affirmé, il sera l’un des laboratoires de référence et l’un des plus performants dans le domaine du « Carbone 14 ».

S. Diam SY

Vers la création d’un institut d’égyptologie à l’Ucad
Le chef de l’Etat, Macky Sall, a fait part de sa volonté et de son engagement de créer un Institut d’égyptologie à l’Université Cheikh Anta Diop. Il l’a dit au cours d’une audience qu’il a accordée aux membres du comité d’organisation de l’anniversaire des 30 ans de la disparition de Cheikh Anta Diop. A cet effet, informe le directeur de l’Ifan, le président Macky Sall a donné instruction au bureau d’architecture du Palais de la République pour travailler avec l’Ucad afin de dégager le modèle architectural pour sa réalisation.
Aussi, poursuit Hamady Bocoum, le président Macky Sall s’est également engagé à faire de telle sorte que nous puissions retrouver dans les manuels scolaires les fondamentaux de la pensée du chercheur. « Il y a donc une volonté politique », a-t-il salué. Parallèlement à celle-ci, a rappelé Pr Bocoum, l’Ucad avait déjà institué la création d’un Institut d’égyptologie. Pour que ce projet puisse voir le jour, souligne-t-il, « il faut que les textes soient actualisés ». La création de cet institut, fait-il observer, va permettre de fédérer les chercheurs en Egyptologie au Sénégal, en Afrique et à travers le monde.
Avec cette institution, relève-t-il, « nous serons en mesure d’actualiser les connaissances les plus importantes et faire de telle sorte que ce qui se fait de mieux en Egyptologie puisse être enseigné à Dakar et transmis à d’autres chercheurs sénégalais, africains ou autres ».
Pour le directeur de l’Ifan, la réalisation de cet institut va redonner un regain d’intérêts aux étudiants spécialisés dans le domaine. « En 1981, nous n’étions que cinq étudiants en Egyptologie. Aujourd’hui, ils sont des dizaines. En Archéologie, ils n’étaient que trois, à la même période. Aujourd’hui, il y a des centaines d’étudiants en Archéologie. L’intérêt vient de lui-même. Les jeunes générations vont aider à renouveler surtout nos connaissances. Parce que plus de 80 % de notre histoire est encore sous notre sol. Il y a encore du travail », rassure Pr Bocoum.

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