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Hausse des prix de la farine, du pain, des pates alimentaires : Vers un septembre noir pour les ménages

A l’heure où le pouvoir d’achat est l’une des préoccupations majeures des ménages sénégalais, une vague inflationniste est à craindre d’ici septembre. Et le consommateur va de nouveau devoir se serrer la ceinture pour acheter du pain, des pâtes alimentaires, etc.

Source : Walf Fadjri
La flambée des cours des céréales sur le marché mondial risque d’avoir, d’ici septembre prochain, des conséquences inattendues pour les ménages sénégalais. Meuniers et boulangers ne se renvoient pas la balle. Ils constatent un phénomène qui leur échappe. Qui plus est pour un pays importateur de près de 350 000 tonnes de blé par an.

Ces importations sont, pour l’essentiel à l’actif des Grands moulins de Dakar (Gmd) pour 270 000 tonnes, la Nouvelle minoterie africaine (Nma) exporte 50 000 tonnes et les moulins Sentenac 25 000 tonnes.

Selon les acteurs, le prix Caf (Coût-assurance-fret) a augmenté de manière exponentielle. Sortez vos calculettes.

Le prix international du blé est passé, entre 2006 et 2007, de 160 à 230 euros, soit environ 104 960 fCfa et 150 880 fCfa. Aujourd’hui, le prix Caf moyen de la tonne de blé est cependant à 190 euros, environ 124 640 fCfa. Alors que sur l’international, le prix Fob réel de la tonne de blé standard est à 225 euros plus 35 euros de fret. Le prix Caf revient donc à 260 euros (environ 170 560 fCfa).

Les droits de douane estimés à 5 % représentent 6 232 francs par tonne, soit 2,2 milliards sur l’année pour certains meuniers. Selon l’un d’entre eux, l’Etat devrait abandonner sur 5 mois (juillet-décembre 2007) près de 900 millions de francs. Des meuniers auraient déjà perdu 2,5 milliards de francs entre août 2006 et juillet 2007.

L’augmentation subie par les meuniers entre août 2006 et juillet 2007 est chiffré entre 165 et 210 euros la tonne, soit environ 108 240 francs et 157 440 francs Cfa.

Le prix de vente de la tonne est passé de 222 000 à 258 000 f. En début 2006, il était déjà à 236 000 francs. ‘Les hausses du blé ont commencé sur le marché mondial en juillet 2006. Avec le ramadan, aucune répercussion n’a été observée sur le marché local. Et en octobre 2006, le prix est passé à 260 000 francs’, rappelle un acteur de la filière.

Le gouvernement, pour éviter toute répercussion sur le consommateur, en cette période de jeûn, avait ramené le prix à 222 000 francs. Le prix de la farine et du pain passe ainsi sous régime homologué.

L’Etat revoit sa copie pour autoriser, en début décembre 2006, une hausse de 16,5 %. Une mesure qui sera mise en application en décembre pour 8 % et en juillet 2007. Le prix actuel ‘bloqué’ est à 258 000 francs. Les boulangers ne paient plus de Tva (18 %) depuis décembre 2006. Ce qui laisse croire qu’ils ne jouent pas franc jeu, d’autant plus que cet effort du gouvernement n’est pas ressenti par le consommateur.

L’explication est toute simple. Si les boulangers n’augmentent pas le prix de la baguette, ils procèdent à une diminution du poids. ‘Je ne suis pas opposé à ce que font les boulangers. Nous sommes tous dans la filière. Depuis un an, nous vivons la crise, nous assistons aussi à la fermeture de plusieurs boulangeries ou plutôt à une concentration. Le petit boulanger du quartier, qui ne peut plus résister, a disparu aujourd’hui. Seuls les grands boulangers réussissent à faire des économies d’échelle. Les petits boulangers de l’intérieur du Sénégal s’en sortent aussi, surtout avec le développement de la boulangerie artisanale’, explique un acteur de la filière.

Certes, l’Etat a abandonné des taxes, mais la mesure d’homologation des prix aurait fait perdre aux meuniers et boulangers beaucoup d’argent, soutient-on. ‘Or, explique la même source, sur le marché international, ça flambe. La politique de l’Etat a tenu sur un an, mais elle risque d’exploser d’ici le mois de septembre prochain. On ne peut plus ignorer la hausse observée sur le marché mondial’, tient-elle à souligner.

La répercussion du prix mondial se sent 45 jours après la livraison (15 jours de délai de négociation, 15 jours de bateau et autant pour le stockage). Les acteurs s’accordent sur une chose : une situation catastrophique se pointe à l’horizon à la mi-août et début septembre prochain. ‘Si les prix ne changent pas, meuniers et boulangers travailleront à perte’.

Avec un septembre noir, les meuniers répercuteront, dans la mesure du possible. Et les boulangers feront de même, en prenant en compte l’augmentation générale de leurs charges. Quant au consommateur, en bout de chaîne, il constatera.

L’idée que le moindre soubresaut dans les cours du blé peut, comme c’est le cas pour le pétrole, avoir un impact significatif sur le porte-monnaie des consommateurs a donc la vie dure. Les raisons en sont multiples et mondiales.

D’un côté, la demande de matières premières agricoles alimentaires est croissante, de l’autre, l’offre s’est réduite pour cause de sécheresse en Australie et en Ukraine. Autres raisons : l’intérêt croissant pour les biocarburants, la baisse du cheptel laitier, la forte diminution, voire la disparition des stocks, ou encore la modification des mécanismes d’aides européens (subventions).

Tous les acteurs se demandent si cette hausse est conjoncturelle ou structurelle. ‘Elle est structurelle. Et à mon humble avis, la situation ne se normalisera pas dans les cinq prochaines années’, présage notre interlocuteur.

Une sécheresse en Australie, une demande qui explose en Chine et en Inde et voilà les cours qui s’envolent. La demande fait grimper, mécaniquement, les prix.

Cette envolée se traduit-elle par une hausse des prix des produits de grande consommation que sont le pain et les pâtes. La réponse en septembre prochain. Et tout porte à croire que les étiquettes s’en ressentiront dans les rayons des magasins.

Selon les estimations de la Banque mondiale, une hausse de 40 % du blé, du riz ou du maïs représente une baisse de 6 %, voire plus, du revenu des ménages les plus pauvres dans certains pays.


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