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Hissein Robert Gambier, témoin dans l’affaire Hissein Habré : « On pulvérisait de la poudre d’insecticide dans les cellules et les prisonniers mourraient en nombre important »

 Plus connu sous le sobriquet de « celui qui court plus vite que la mort », Hissein Robert Gambier a comparu, hier, à la barre des Chambres africaines extraordinaires (Cae). Il a passé 5 ans dans les différents centres de détention du régime de Hissein Habré où il a dénombré 2.053 cadavres. A la barre, hier, il est revenu sur les tortures dont il serait victime.

5 ans de prison, telle est la période que Hissein Robert Gambier a passée dans les différents centres de détention qui existaient sous le règne de Hissein Habré. A la barre des Chambres africaines extraordinaires, hier, le témoin est revenu sur la sombre période qui a marqué sa vie.

En 1985, le témoin est allé se recueillir sur la tombe de son parrain Cabrine Carlors. Sur place, il sera entouré par les militaires qui ont procédé à son arrestation parce que le soupçonnant d’être un Libyen.

µ« Après mon arrestation, j’ai été conduit directement à la présidence et le président Habré était sorti pour parler avec les militaires. Il échangeait en langue Goran et je ne comprenais pas ce qu’ils se disaient. Mais, il y avait le mot « direction » qui revenait souvent dans leur conversation », a indiqué Hissein Robert Gambier selon qui, le président Hissein Habré a donné des instructions aux militaires avant qu’il ne soit conduit à la Direction de la documentation et de la sécurité (Dds). Dans les locaux de la Dds, nous renseigne le témoin, il été bien tapé au point qu’il ne croyait plus revoir sa famille.

« Saleh Younouss a sorti un couteau pour me dire qu’il va couper mes doigts par morceaux si je ne dis pas la vérité. Je lui ai répété que je suis un Tchadien et que je n’étais pas un Libyen », a-t-il ajouté.

Ses dénégations n’ont pas convaincu Saleh Younouss, qui le mettra à la disposition des tortionnaires. « J’ai été torturé à « l’Arbatachar » et le supplice des bâtons. Quand on me faisait le supplice des bâtons, je voyais le monde à l’envers. La tête des tortionnaires était en bas », a ajouté Hissein Robert Gambier selon qui, il a dénombré 101 à 102 cadavres à la Dds. Selon toujours le témoin, les décès étaient causés par les conditions difficiles de détention mais aussi à cause de la mauvaise nourriture.

« J’ai dénombré 2.053 morts dans tous les centres de détention  »

De la Dds, Hissein Robert Gambier a été transféré à la Brigade spéciale d’intervention rapide (Bsir). « A la Bsir, j’ai été à la cellule numéro 1 à l’intérieur de laquelle il y avait 30 détenus. Cependant, 22 étaient morts à cause de la chaleur », a-t-il narré.

Cependant, son séjour à la Bsir ne durera que trois (3) jours parce qu’il sera encore transféré au Camp des martyrs. Dans cette prison, indique-t-il, les gens étaient paralysés. Ils ne pouvaient pas marcher à cause des cellules qui étaient surpeuplées. Les prisonniers attrapaient le béribéri et il y avait beaucoup de morts. « J’ai compté jusqu’à 187 cadavres. Pis, au Camp des martyrs, on nous pulvérisait de la poudre d’insecticide et les prisonniers mourraient en grand nombre au bout de 24 heures. Quant à moi, je me mettais sous la porte où il y avait de l’oxygène pour pouvoir bien respirer ou bien, j’enlevais ma chemise que je bouchais sur mon nez », a expliqué le témoin. Selon lui, ils étaient 461 détenus dans une des cellules à la Bsir et il était le seul rescapé.

« Tous les prisonniers étaient décédés parce que c’était trop serré à l’intérieur des cellules », a dit le témoin qui a également été transféré à la prison des locaux. Vu son parcours, sa survivance jusqu’à nos jours a intéressé toutes les parties qui étaient présentes, hier, au Palais de justice de Dakar. Pour éclairer la lanterne du tribunal, le témoin explique : « quand on venait ramasser les cadavres j’étais toujours débout. Parce qu’en tant que doyen, je trouvais un moyen de m’en sortir. Les gardiens de la prison avaient fini par m’appeler « Sabalmoud » (celui qui court plus vite que la mort : ndlr) ».

A la barre des Chambres africaines extraordinaires, le témoin dit avoir dénombré 2.053 cadavres. « Je n’oublierai jamais ce chiffre. Parce qu’il m’arrive même parfois de parler seul. Je suis traumatisé par tous ces cadavres. La nuit, je revois les morts et c’est horrible », a-t-il martelé.

Toutefois, le procès a été suspendu, hier, jusqu’au 9 novembre prochain avec l’audition de Clément Abaifaouta, par ailleurs président de l’Association des victimes de crimes du régime de Hissein Habré (Avcrhh).

Cheikh Moussa SARR

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