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Hommage à titre posthume- Il était une fois, Pacotille !!! (Par Elimane Abdoul FALL)

  • Date: 14 juillet 2015
 Les groupes humains, même les plus « archaïques », n’ont pas manqué d’être frappés par la brutalité et l’inévitabilité de la mort. Néanmoins, la conscience collective, s’emparant des réalités perçues ou vécues, les insère en des complexes imaginaires, parfois d’une étonnante originalité. C’est ainsi que la mort a pu être rapprochée du sommeil, de l’évanouissement, de la possession, du cauchemar, de la maladie mentale (sociétés primitives) ou transformée en technique de libération (civilisation de l’Inde), voire de rédemption (christianisme), ou définie comme un moment nécessaire du cycle de la vie « magiquement enraciné dans une éternité de représentation ».

La disparition subite de Cheikh Sidate FALL alias Pacotille que nous autres (ses voisins avec qui il a vécu ses trois dernières années) appelons affectueusement Imam, a plongé le Sénégal dans l’émoi, laissant derrière lui une famille bouleversée, des amis blessés, des fans déboussolés… mais aussi et surtout un groupe meurtri. Ce groupe, « Afrique », auquel il appartenait fièrement, est composé, entre autre, de Ibrahima Kane, Jules Aw, Poussin, Bachir Ly, Cherif, Yaya Niang, Bouba, Zeina, Racine, Salif, Dioufy Kane, Sanou et moi même.

La mort, pas plus que la naissance, ne doit nous épouvanter ; elle n’est rien d’autre que la naissance à l’éternité. Mais, aujourd’hui, malgré l’apport de la consolation et la référence à la religion, la mort est vécue avant tout comme destruction : avec elle, l’être devient non-être ; par elle, la présence se mue en absence.  Le vide créé par la disparition de notre cher Imam est incommensurable. Pour combler ce vide, nous avons tenté l’effort de « présentification » du disparu ; un moyen conçu par un groupe pour agir contre le chagrin. Certains d’entre nous ont même tenté « la dénégation », c’est-à-dire une façon de faire « comme si » la mort n’existait pas pour la famille. N’empêche, on ne peut pas ignorer ce que l’on sait.

Imam est parti à jamais. Mais, il est parti de la plus belle des manières. Nous savons mieux que quiconque comment il avait bien préparé sa mort, en atteste les nombreux actes et paroles qui ont rythmé les derniers instants de sa vie, que nous avions intensément partagé avec lui. Il aimait à rappeler, presque tous les jours, certains messages que nous avions fini d’en faire une chanson « aduna daal kuko diapp, diappanga lo khamantané hamouloko. Kon dara diaroufi def lu niaaw, dara diaroufi def lu boon. Nagnu yénenté diamm, defanté diamm, wakhanté diamm té khamné leup dey diekh, leup dey passé, leup dey romb. Aduna daal mo doy waar koi. Konn nagnu niaan yallah guddu fan rek wayé na leup rafet. » Ces propos renseignent à suffisance que Sidate FALL prenait le monde pour de la « Pacotille». Cette juste perception qu’il avait de la vie sur terre trouva d’ailleurs sa véracité dans le nom « Pacotille » qu’il s’était lui-même attribué.

Cheikh Sidate FALL a fait du Saint Coran, toute sa vie durant, sa seule et unique source d’inspiration. Il s’est, en effet, inspiré des versets coraniques, des hadiths, de la vie et l’œuvre de Mohamed (PSL). Il avait une conviction inébranlable en « La ilaha ilalah Mouhamadou Rassoulilah ». Imam avait une parfaite affinité avec le livre saint, dans lequel se résume toute la vie d’ici bas et de l’au-delà. C’est pourquoi, il n’accordait pas d’importance aux affaires mondaines. Il l’illustrait si parfaitement, d’entrée de jeu (à travers le Track nommé « Déé » de sa première production), par ces propos « Bén dieuf diou baax fa Yallah, moma gueuneul fouf ay Milliard youma dénthie thia Banque ba ».

Il savait que la vie d’une personne est si éphémère qu’il pensait constamment à sa mort, à l’au-delà, à Dieu. En effet, il disait clairement, dans son album taxi bu rouss , ceci : « Dounuya gattana gattay bu kenn meunta mesuré, kouko diappé keur dioumnga lolou meunnako juré, ligueyeul nguir am kelk tiyaba yo meuna reservé ndakh euleuk nga am lila meuna preservé».  Chez lui, les mots retrouvent tout leur sens parce qu’il vivait ce qu’il disait. En effet, il a dû d’ailleurs commencer son œuvre, en  un imaginaire simple et accessible, en tournant son premier clip vidéo dans les cimetières de thiaroyes (cimetières dans lesquelles il repose actuellement). Dans cette chanson, il faisait l’apologie de sa vraie demeure ; de son vrai appartement…sa tombe !

Son texte est d’une simplicité pédagogique extraordinaire. Le style, répétitif, robuste, se déroule à la manière d’une graduation curative. Le lecteur cède à l’effet des formules accumulées, des qualificatifs insistants. L’univers de pacotille est schématique : paysages conventionnels, chronologie suivant les saisons, les faits, la logique et le cycle liturgique. Ses discours sont nombreux, parfois collectifs, jamais familiers. L’exemple achevé d’un pédagogue hors pair, aussi bien dans le comportement que dans le style, dont l’objectif général comme spécifique visait un seul but : le retour vers Dieu ;  l’amour idéal pour son prochain en dépit ou même à cause des transgressions.

L’œuvre de Pacotille invite à rêver et à réfléchir à des questions qui resteront à jamais les piliers fondamentaux d’une société paisible et prospère : le sens du devoir et de la responsabilité, le respect, la conviction, la liberté, la religion, l’harmonie, la fidélité… Cette dernière était l’une des caractéristiques les plus remarquables que l’on retrouvait chez Pacotille. Il manifestait partout cette fidélité ; aussi bien avec ses amis d’enfance, qu’en politique, au prix d’énormes sacrifices.

Bref, même sa renommée internationale ne l’a jamais poussé à renier ni son Yeumbeul natal encore moins ses chaussures tic-tic. Aujourd’hui, le MIC phone est off et la balle à terre mais les œuvres légendaires de Pacotille hissent Cheikh Sidate Fall au panthéon de la postérité parmi les grandes figures d’Afrique.

Le graphisme modulaire de Pacotille permet de comprendre que l’existence d’ici-bas n’est qu’une propédeutique pour l’au-delà…Que le Très miséricordieux l’accorde sa grâce infinie, pour qu’enfin, son vœu, exprimé dans son duo avec Youssou Ndour, « beuguena dokhontou ci aldiana yi, melni kou yor visa Schengen » puisse se réaliser ! Amine

 Elimane Abdoul FALL 

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