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Ici et maintenant (Par Fary Ndao)

Des marchands arabes qui vendent des noirs ou les traitent comme des sous-hommes ça fait 1000 ans que ça dure – C’est en sacralisant l’humain, en Afrique noire, que nous éviterons à ces milliers de jeunes d’être traités comme des animaux ailleurs

Les razzias – attaques soudaines de guerriers arabes en terre négro-africaine pour enlever des esclaves – n’existent plus depuis quelques siècles. Personne, en 2017, ne vient prendre de force des jeunes négro-africains dans nos pays. La source qui alimente les marchés de traite humaine est désormais interne : c’est parce qu’on gère mal nos pays, qu’on les pille et qu’on y bafoue les droits humains que les gens s’en vont.
Soit le jeune africain veut quitter son pays par découragement absolu (il sait qu’il peut mourir en traversant le désert, mais il y va quand même) car presque tout est accaparé ou mal géré par les élites prédatrices, soit il le quitte parce qu’il veut fuir des persécutions d’origine ethnique, politique, etc.

Pour ma part, j’ai fait mon choix et il consiste à agir le plus possible sur les causes internes. Je souhaite que nous traitions la cause et non les symptômes. C’est un travail plus ingrat, plus difficile, moins spectaculaire mais hautement nécessaire. Réclamer ou mettre en œuvre nous-mêmes la gouvernance économique rigoureuse et l’intransigeance par rapport aux libertés ici, assurer la protection des minorités ici, lutter pour le respect non-négociable la démocratie ici.

C’est tout cela qui, pour moi, tarira la source de nos malheurs et de celui de ces jeunes hommes-marchandises, ces êtres-objets. C’est ici et ici seulement que nous pouvons agir. L’indignation diplomatique, humanitaire ou digitale est salutaire, mais elle est, convenons-en, inefficace.

Personnellement, elle me fatigue. Mon cas de jeune urbain africain privilégié importe bien peu face à ce que peuvent vivre ces jeunes noirs vendus aux enchères, mais je suis fatigué. Fatigué par la société qui émerge de son « sommeil » après avoir gardé pendant longtemps un silence complice ou de complexe par solidarité religieuse alors que des atrocités sont commises quotidiennement envers les noirs dans les pays arabes. Fatigué par les condamnations de gouvernements qui gèrent mal leur pays ou celles d’organisations internationales qui n’ont jamais rien fait de sérieux pour y mettre fin. Fatigué également par les activistes qui « découvrent » la traite, car « l’odieuse chaîne occidentale » CNN en parle alors que, exemple parmi d’autres, Biram Dah Abeid se bat depuis des années en Mauritanie contre l’esclavage des noirs dans l’indifférence totale.

Tout cela devient usant pour moi. Peut-être est-il nécessaire d’avoir des sentinelles pour s’indigner, mais j’ai appris à devenir réaliste sur un sujet en particulier : le monde est malheureusement fait d’antagonismes culturels. Les préjugés multi-séculaires sont là, profondément ancrés jusque dans les terminologies et les imaginaires (« q’hal », « abid », « q’mar »). Et nous ne les changerons pas. 1500 ans d’Islam n’ont rien changé, 50 ans de coopération internationale non plus, les vagues d’indignation encore moins, et les appels à l’amour entre peuples n’ont malheureusement jamais prospéré.

C’est seulement en respectant pleinement nos concitoyens ici, en bâtissant une vraie justice indépendante, en étant intransigeant sur le pillage et le gaspillage de nos deniers publics et en sacralisant l’humain ici que nous éviterons à ces milliers de jeunes de partir et d’être traités comme des animaux là-bas. Telle est ma conviction.

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