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Idy et Wade, si proches, si loin (Par Mor Amar)

Un vent de décrispation souffle, dans les relations souvent tumultueuses entre Idrissa Seck et les Wade – Parviendront-ils à restaurer une confiance mutuelle, indispensable pour la durabilité de toute alliance ?

Un vent de décrispation souffle, depuis ce 4 avril, dans les relations souvent tumultueuses entre Idrissa Seck et les Wade. Le fils de l’ancien président, naguère considéré comme principal facteur bloquant, a fait un pas de géant, en passant un coup de fil à son ‘’frère’’. Les deux camps se sont-ils rendu compte de l’impérieuse nécessité pour eux de joindre leurs forces pour réaliser leurs rêves ? Parviendront-ils à restaurer une confiance mutuelle, indispensable pour la durabilité de toute alliance ? Voilà entre autres questions qui taraudent et qui ne manqueront pas de planer sur l’ambiance des retrouvailles politico-familiales maintes fois annoncées, jamais réalisées.

Des discussions souvent entre caresses et crochets

Pour une semaine, ils peuvent sembler très proches. La semaine ou le jour d’après, ils peuvent redevenir les pires adversaires du landerneau politique national. Eux, c’est Idrissa Seck et Abdoulaye Wade. Leur histoire, c’est comme celle de deux personnages d’un célèbre téléfilm sénégalais : ‘’Maram et Birane’’. Ils se crêpent tout le temps le chignon.

Nous sommes le 28 mai 2016, jour de dialogue national présidé par le président de la République Macky Sall, lendemain de référendum électoral. Une bonne frange de l’opposition significative décide de boycotter la rencontre. Le Parti démocratique sénégalais prend leur contre-pied et décide de répondre à l’appel du chef de l’Etat. A la table des négociations, les libéraux évoquent le sujet qui fâche : la libération de Karim Wade. Idrissa Seck, le lendemain, saute sur l’occasion et tacle sévèrement son ex-mentor Abdoulaye Wade. Pour lui, le dialogue n’est ni plus ni moins qu’un ‘’deal’’. « Pendant plus de huit heures de temps, les gens ont parlé. Personne ne sait ce qu’on peut en retenir. Et personne n’a de garantie sur l’exploitation optimale, au bénéfice des populations sénégalaises, des conclusions qui en seront tirées. Nous qualifions cette approche de dialogue de circonstance, de combines ou de combinaisons ou de deals politiciens, au lieu d’être un vrai dialogue sur les vraies questions’’, lâche Idy sur les ondes de la RFM.

Le président de Rewmi d’ajouter que lui n’a jamais trempé dans un deal. En fin politicien, il se donne le bon rôle et jette l’opprobre sur les Wade et leurs affidés. Il dit : ‘’J’ai toujours défendu des principes et des vertus. Hier contre Wade, aujourd’hui contre Macky Sall. Tant qu’on ne nous donnera pas la preuve qu’on s’occupe réellement des problèmes des Sénégalais, personne ne me verra dans ce dialogue. Deux personnes (Me Abdoulaye Wade et Macky Sall), qui étaient complices et auteurs du grand complot d’Etat contre moi, font le même deal sur le dos des Sénégalais.’’

En politique comme en mariage, tous les coups semblent permis. Les attaques d’Idrissa Seck contre le camp de son ‘’père’’ avaient surpris plus d’un à l’époque. D’aucuns n’avaient d’ailleurs pas manqué de le juger ‘’incohérent’’, puisque lui-même, quelques mois ou semaines auparavant, multipliait les sorties pour demander, voire exiger la libération du même Karim Wade. Alors que les retrouvailles entre lui et son ex-mentor étaient de plus en plus agitées, l’ancien Premier ministre libéral voit d’un mauvais œil le rapprochement entre l’ancien président et son successeur. D’où la nouvelle radicalisation du leader de Rewmi qui comptait en même temps surfer sur la vague d’indignations d’une bonne frange de la population. Mais, en même temps, il s’éloignait du parti libéral dont il défendait le candidat bec et ongles. Il disait : “Ils (les gens du régime) parlaient de 6 000 milliards de francs Cfa volés dans un pays aussi pauvre. C’est même grave de le dire. Ils n’ont pas apporté les preuves de ce qu’ils avancent. Je pense que ce n’est pas sérieux ce qu’ils font. Aujourd’hui, c’est 6 000 milliards, demain c’est 117, après-demain c’est je ne sais combien. Libérez Karim. Ce que vous faites là, ’ay thiakhane la’ (ce n’est pas sérieux).’’

Ainsi vont les relations entre Idrissa Seck et les Wade. Tantôt c’est le dégel, tantôt une guerre totale. Les veilles de scrutins ont souvent été des moments catalyseurs. Il en est ainsi de l’élection présidentielle de 2007. Le rewmiste en chef était au summum de sa carrière politique. Principal challenger de Me Abdoulaye Wade, il commit l’erreur de sa vie, selon beaucoup d’observateurs, en répondant à l’appel de son ‘’père’’. C’était le 22 janvier 2007, leur première rencontre depuis son limogeage en avril 2004. Une audience d’environ 4 heures sous la supervision du facilitateur Serigne Abdou Aziz Sy. A la sortie de cette audience, Abdoulaye Wade disait : ‘’Nous nous sommes expliqués sur les événements survenus qui m’ont amené à le sanctionner.

J’ai expliqué que c’est sur la base d’informations que j’ai eues, pendant toute cette période, que j’ai pris cette décision’’, lit-on dans ‘’Jeune Afrique’’. Et Wade lui-même de préciser ce que l’intéressé n’a cessé de crier urbi et orbi : ‘’Idrissa Seck conteste toutes ces affirmations et déclare qu’il ne demande pas mieux que de se confronter avec ses accusateurs qui sont incapables d’apporter la moindre preuve. Dès lors, je lui ai demandé de revenir à mes côtés. Il a accepté de revenir dans le parti.’’ A tort ou à raison, certains n’ont pas manqué de désigner parmi ces supposés délateurs l’actuel chef de l’Etat, qui a été le principal bénéficiaire de sa disgrâce. Une chose est sûre : tous ceux qui ont gravité autour du dossier se sont retrouvés autour de Macky Sall, une fois ce dernier arrivé au pouvoir. Il en est ainsi de Mahmoud Saleh, le théoricien du fameux ‘’coup d’Etat rampant’’, Nafi Ngom Keïta qui était à la tête de l’Inspection générale d’Etat… Même Ndiogou Wack Seck, ancien patron du journal ‘’Il est midi’’, qui s’était singularisé par ses diatribes contre le maire de Thiès, a été bombardé PCA de la RTS.

Le deal avorté de 2007

En 2007, pour rassurer les faucons du palais, le secrétaire général du Pds précise : ‘’Il n’y a pas eu de marchandages sur des postes ou quoi que ce soit. En ce qui me concerne, mon objectif est atteint. Car je considère que mon devoir, c’est de rassembler tous mes enfants. En ce qui concerne Idrissa Seck, c’est fait aujourd’hui. Maintenant, vous le verrez cet après-midi pour des explications complémentaires.’’ L’entretien annoncé par la présidence n’a jamais eu lieu. Selon certains observateurs, Idy n’avait pas aimé que ses partisans et alliés aient été mis devant le fait accompli par le chef de l’Etat. Chez lui, il trouve des militants qui scandaient ‘’Non à la réconciliation’’. Mais le mal était déjà fait.

Toujours selon l’hebdomadaire panafricain, il y eut bel et bien négociations autour de certains points : le retour dans les bonnes grâces présidentielles de quelques-uns de ses amis ou compagnons politiques, comme l’ancien ministre Modou Diagne Fada et Jean-Paul Dias, son rôle dans la campagne législative du Pds, la formation de Wade, sa place ainsi que celle de ses lieutenants dans la direction du parti…

Pour beaucoup, cette rencontre avec Wade a sonné comme une trahison. Elle tranchait d’avec les propos d’Idrissa Seck dans son deuxième CD ‘’Lui et Moi’’. ‘’Retrouver Wade, disait-il, serait une double abomination politique et morale’’.

Wade et Idy : Tels un père et un fils dans ‘’Lui et Moi’’

Nous étions alors loin de l’ambiance familiale qui prévalait entre les deux hommes au tout début du règne libéral. A l’époque, que de petites attentions, d’affection et d’estime réciproques. En attestent quelques extraits de la première séquence de ‘’Lui et Moi’’, où Idrissa Seck raconte sa première entrevue avec le troisième président du Sénégal, suite à leurs passations de services respectives avec Diouf et Tanor. Idrissa Seck : ‘’J’entre dans le bureau du président, il est avec Viviane son épouse. Celle qui m’a entouré de tant d’affections, a passé tant d’heures à compléter ma culture artistique, à décorer ma maison, à parcourir les antiquaires pour m’acheter des objets d’art, à dessiner des meubles pour moi et à me confier tant de confidences.’’ Il enchaine : ‘’Bonjour Viviane, bonjour Maitre.’’ Wade : ‘’Ah Mara, comment vas-tu ? Entre. Viviane, laisse-nous un peu.’’ Idy : ‘’Elle peut rester, Maître.’’

Le président Wade : ‘’Non, nous parlons de quelques questions d’Etat. Nous les rejoindrons après.’’ Viviane sort alors par l’autre porte qui mène aux appartements. Idy : ‘’Tanor m’a remis les clefs d’un coffre, vide, les chéquiers dont tu as la signature et d’une arme. (Je les lui tends).’’ Wade : ‘’C’est pour toi, non ?’’ Idy : ‘’Non ! C’est pour celui en qui tu auras confié la gestion.’’ Wade : ‘’Allons donc ! A qui d’autre que toi ?’’… Puis les deux hommes sortent pour rejoindre les autres. Juste au moment de quitter la pièce, Wade le retient, referme la porte et lui raconte une anecdote. Abdoulaye Wade : ‘’Tu sais que les grands bandits ont un code d’honneur. Ils y tiennent toujours. Ils ne se battent qu’au moment du partage du butin. Jamais avant.’’ Idy : ‘’Dieu en a préservé les vertueux dans sa Sourate 8, judicieusement appelé le Butin. En particulier, en son Verset 41 qui en fixe les bénéficiaires légitimes dont les proches, les orphelins, les pauvres et les voyageurs en détresse.’’ Wade : ‘’Encore tes versets.’’ Idrissa Seck : ‘’Toujours mes versets.’’ Tout dans une ambiance bon enfant. Comme un père et son fils.

Quatre ans après cette conversation empreinte de cordialité, le divorce est consommé. En 2005, Wade envoie son ancien bras droit au gnouf. Idy pense même au pire scénario : ‘’Si au moment d’écouter ce Cd, dit-il, je suis en prison ou déjà mort, sachez que ceux qui m’auront imposé l’un quelconque de ces états, ont une motivation qui est depuis longtemps en germe. Tenter de punir et détruire un fils d’emprunt après usage. Un fils pour qui loyauté n’est pas synonyme de génuflexion, un fils qui ne se prosterne que devant Dieu, plus digne de sa crainte et son respect.’’

Le parricide n’aura pas lieu

Idrissa Seck sortira bien vivant de ses sept mois de détention. Il a le vent en poupe, mais se fait piéger par son ex-mentor. Depuis lors, il a essayé, à maintes reprises, de reconquérir le cœur des Sénégalais qui semblent ne pas lui faire confiance. Mais pour l’ancien maire de Thiès, seul le palais de l’avenue Roume est important. Pour ce faire, il faut d’abord s’imposer comme seule alternative. Conscient qu’il lui manque un appareil fort pour aller à l’assaut de la bataille de 2019, il essaie toutes les stratégies possibles. Aux législatives de 2017, il prend le pari risqué de se ranger derrière Khalifa Ababacar Sall. Malgré leur grande alliance, la Coalition gagnante Wattu Senegaal drivée par son ancien patron est arrivée en deuxième position avec presque le double des voix de Mankoo Taxawu Senegaal (Mts). Idrissa Seck s’est-il alors convaincu que le Pds est seul faiseur de rois ? En tout cas, depuis lors, il ne manque jamais une occasion pour déclarer sa flamme à Wade et les siens.

Le 4 avril 2018, c’est un nouveau tournant dans les relations entre lui et les Wade. Karim Wade, jusque-là considéré comme principal facteur bloquant, lui aurait passé un coup de fil salvateur. En cela, l’appel du 4 avril pourrait être un tournant décisif dans les retrouvailles entre le PDS qui a un appareil lourd, mais dont le candidat a peu de chance de participer au prochain scrutin présidentiel et Rewmi dont le candidat a le bon profil, mais pas la machine qu’il faut pour inquiéter l’actuel locataire de l’avenue Roume.

A Idrissa, Karim Wade raconte : ‘’Je veux, en tant que jeune frère, m’occuper personnellement de ta retrouvaille avec ton père.’’ Les jalons d’un ‘’new deal’’ (nouvelle donne) sont ainsi posés. Mais après tant de ‘’trahisons’’ indexées de part et d’autre, les deux camps ont une tâche ardue consistant à restaurer une confiance disparue depuis l’affaire des chantiers.

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