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Interdiction de la coupe de bois en Casamance Le prix du sang

Le Gouvernement a décidé, en Conseil des ministres avant-hier, entre autres mesures, d’interdire la coupe de bois dans la région naturelle de Casamance. Une mesure qui a été suggérée par nombre d’acteurs de la résolution du conflit qui gangrène cette région, comme Pierre Goudiaby Atépa qui, manifestement, garde toute son influence sur les autorités.

L’architecte s’est d’ailleurs livré à une prouesse de communication qui consiste à dire qu’il connait les auteurs, en sous-entendant la tuerie, avant d’indexer ceux qui incitent les coupes de bois à aller dans la forêt. Atépa ne pouvait ignorer que tout le monde avait compris qu’il voulait dire qu’il connaissait les auteurs de la tuerie. Mais, évidemment, il a su retourner les choses en sa faveur.

Toujours est-il que le Gouvernement a préféré manifestement céder à la pression, ne serait-ce que pour faire montre de sa bonne foi par rapport aux conséquences négatives possibles sur le conflit qui connait jusqu’ici une certaine accalmie. On ne peut pas lui en vouloir.

Mais, nous ne pouvons pas nous empêcher, dès lors, de nous interroger. Si en effet cette coupe du bois devrait être interdite, il y a longtemps que la mesure devrait être prise. Il ne fallait pas attendre que 14 jeunes soient tués pour qu’il en soit ainsi. Mieux, si le code forestier comporte des lacunes, il y a négligence manifeste de la part de nos autorités qui auraient dû anticiper les conflits ainsi générés. Ceci est d’autant plus vrai que beaucoup de gens ont alerté sur le pillage des ressources de la Casamance. Les populations ont dû s’organiser en comités d’auto-défense. Il y a eu par moment de la violence et même des arrestations. C’est à ce moment-là qu’il fallait réagir.

Toutefois, si l’autorisation de coupe est actuellement une mesure acceptable et compréhensible, l’Etat a alors tort de céder à la pression. Car, il ne faut pas surtout donner raison à ceux qui pensent que seules des actions énergiques de ce genre peuvent pousser les autorités à se plier à leurs désidératas.

Car, ce n’est pas pour rien que l’enquête a été orientée vers les comités villageois. Le mobile est important dans une enquête et les enquêteurs cherchent à savoir, à priori, celui ou ceux à qui profite le crime. Qui avait intérêt à ce que les coupeurs de bois meurent ?

Ainsi, tous ceux qui ont fait preuve d’excès de zèle dans la protection de la forêt deviennent suspects, sous réserve cependant de la présomption d’innocence.

C’est dire que tous ceux qui ont été arrêtés tout dernièrement n’ont pas de soucis à se faire s’ils ne sont pas coupables, alors même qu’ils peuvent d’ores et déjà bénéficier de l’assistance d’un avocat.

En tout état de cause, le Gouvernement semble bien gérer le dossier. Il s’agit à la fois de poursuivre la sécurisation avec l’anéantissement des bandes armées, mais aussi les discussions pour une paix définitive. Ni l’un ni l’autre ne doit être laissé en rade.

La paix a certes ses ennemis, ceux qui vivent de l’économie de la guerre, mais la sécurité publique aussi car les braqueurs et coupeurs de route ne sont que des bandits.

Malgré tout, tout indique que le moment n’a jamais été aussi propice pour le retour à une paix définitive. La Guinée-Bissau et la Gambie ne sont plus des menaces offrant des bases arrières pour des raisons géostratégiques, et la majorité de la population n’est point préoccupée par une quelconque indépendance de la Casamance. Qui plus est, des projets ambitieux sont initiés aussi bien par les autorités étatiques que par la coopération internationale.

Il faudra alors adjoindre à ces efforts celui de neutraliser toute velléité d’Etats-tiers à attiser le conflit. On l’a vu ailleurs et nous ne sommes pas à l’abri.

Nous avons désormais découvert nos gisements de pétrole et de gaz et il ne faudrait que nous soyons assez naïfs pour laisser le terrain à des manipulateurs qui cherchent des relais en interne pour déstabiliser le pays.

Assane Samb

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