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Interview de Serigne Mamoune Niasse

Pour Serigne Mamoune Niasse, leader du Rassemblement pour le peuple (Rp), le boycott des élections législatives par une frange de l’opposition “ ne peut pas empêcher les citoyens d’aller aux urnes le jour du scrutin ”. À son avis, “ les Sénégalais ont une certaine maturité politique qui leur permet de prendre des décisions qui répondent à leurs aspirations ”. Serigne Mamoune Niasse, qui est par ailleurs, ministre d’État auprès du président de la République, prédit un fort taux de participation le 03 juin prochain. Toutefois, il estime que l’opposition a le droit de battre campagne pour sensibiliser ses militants, mais en respectant les lois et règlements du pays.

Source : Le Soleil
Les élections législatives se tiennent le 03 juin prochain sans une frange importante de l’opposition qui a choisi de boycotter. Quelle lecture faites-vous de cette situation ?

Le boycott est une surprise pour ceux qui suivent le climat politique sénégalais. Mais aussi, pour ceux qui attendaient des leaders de l’opposition une maturité politique. Ce sont de grands leaders qui ont eu à occuper de hautes responsabilités au Sénégal. Au début, ils avaient exigé l’audit du fichier électoral. C’était un grand débat et le président de la République avait finalement accepté que le fichier soit contrôlé. L’audit a été fait avec la participation des représentants des partis de la mouvance présidentielle, de l’opposition et la société civile. Après l’audit, ils ont dit que le fichier était bon et qu’ils pouvaient aller à l’élection présidentielle. Ils ont participé à la présidentielle et ont eu chacun un score. Ce qui est inadmissible, c’est qu’ils puissent reconnaître leur score et refuser celui du candidat Wade. Ce qui est plus paradoxal dans leur démarche, c’est que certains leaders ont accepté la victoire de Me Abdoulaye Wade et l’ont félicité et se sont retournés pour dire qu’ils ne le reconnaissent pas. Une élection présidentielle est individuelle. Elle engage le plus le candidat. Ce sont les législatives et les locales qui intéressent le plus le parti et les militants. J’ai fait une tournée à l’intérieur du pays, mais j’ai remarqué que les leaders qui ont boycotté ne se sont pas concertés avec la base. Je respecte leur choix. Mais je suis certain que s’ils réfléchissent, ils se rendront compte que c’est la démocratie sénégalaise qu’ils affaiblissent, mais ils fragilisent leur propre personne et leurs partis respectifs.

Puisque le boycott n’est pas bon pour la démocratie, ne pensez-vous pas que les deux camps devraient s’asseoir sur une même table ?

Le camp présidentiel ne refuse pas des négociations. Je pense qu’avant de parler de boycott, l’opposition devrait d’abord demander l’ouverture de concertations. Elle pourrait poser sur la table le boycott si le pouvoir refuse d’accéder à sa demande. Ils ont défié le pouvoir comme ils l’avaient fait durant leur marche qui a précédé l’élection présidentielle. L’opposition ne devait pas procéder ainsi. On ne doit pas défier l’institution qu’est le président de la République.

Que pensez-vous de la contre-campagne que l’opposition vient de lancer ?

Les Sénégalais sont des citoyens responsables. Aucun leader ne peut les contraindre à prendre une décision qui ne répond pas à leurs convictions. Ils ne suivent plus les leaders à tout bout de champ. Cette époque est révolue. Les Sénégalais savent prendre des choix responsables. Ils connaissent maintenant la valeur d’une carte d’électeur avec l’avènement de l’alternance. C’est pourquoi je pense que si l’opposition demande aux citoyens de ne pas aller aux élections, ces derniers feront ce que leur conscience leur dicte. L’opposition ne peut empêcher les citoyens d’aller aux urnes. Malgré le boycott, les Sénégalais iront aux urnes. D’après mon analyse, le taux de participation sera supérieur à celui de l’élection présidentielle. Maintenant, elle peut faire sa contre-campagne sans perturber les participants aux élections. Ils ont le droit de réunir leurs militants et les exhorter à ne pas voter, mais que cela se fasse dans le respect des lois et règlements du pays.

Quel doit être le comportement de la mouvance présidentielle face à cette situation ?

Je salue la démarche de la société civile. Mais je trouve qu’aujourd’hui, il est très difficile de revenir en arrière. Si l’opposition s’était manifestée à temps, la solution serait de s’asseoir autour d’une table pour discuter. Et les élections pourraient même être reportées. Mais, aujourd’hui, les listes sont déjà confectionnées. Nous avions 15 candidats en lice lors de l’élection présidentielle. Pour les législatives, malgré le boycott d’une partie de la classe politique, nous avons 14 listes qui seront en compétition aux législatives. Cela est un baromètre qui informe sur ce qui va se passer le 03 juin. Il y aura un fort taux de participation.

Le Rassemblement pour le peuple fait partie des formations en lice, malgré son alliance avec le pouvoir libéral. Quelles sont les raisons de votre décision ?

Notre participation aux élections législatives résulte d’une longue histoire. Depuis la création du Rassemblement pour le peuple en 2003, au stade Ely Manel Fall, à Diourbel, nous avions dit que nous sommes un parti centriste. Et nous allions partir à la conquête des suffrages des Sénégalais. Nous nous sommes engagés à adopter une position républicaine par rapport à la situation du pays, c’est-à-dire, applaudir s’il y a des avancées significatives dans le développement, mais aussi désapprouver ce qui ne va pas. Nous défendrons l’intérêt du peuple. Nous avions dit qu’en 2007, le Rp va jouer un rôle important dans l’élection du président de la République. Parce que nous basculons là où se trouvent les intérêts du Sénégal. En trois ans, notre parti s’est développé. Constatant qu’il a une représentativité, une vision et l’ambition de faire partie de ceux qui dirigent le pays, le président nous a demandé de travailler à ses côtés. Ce que nous avons accepté au terme d’un assez long processus de discussions sur la marche du pays. Avant d’entrer dans le gouvernement, nous avons dit au président Wade que nous n’adhérerons pas à la Cap 21, nous n’allons pas également dissoudre notre formation dans le Pds. Nous lui avions aussi souligné que nous aurons notre propre liste aux élections législatives, mais nous soutiendrons sa candidature à la présidentielle. Notre soutien à sa candidature obéit au fait que nous connaissions tous les autres leaders qui postulaient à la Magistrature suprême. J’étais avec Ousmane Tanor Dieng au Ps, avec Moustapha Niasse à l’Afp. Je connais aussi Idrissa Seck. Abdoulaye Wade a un programme meilleur que ceux des autres candidats. À travers son programme, j’ai vu que Wade était le leader le mieux placé pour mener le Sénégal vers des lendemains meilleurs. Il a déjà entamé des chantiers. Je préfère l’accompagner pour qu’il termine ses chantiers au lieu de le combattre en soutenant d’autres leaders. Avant de prendre cette décision, notre parti a analysé la situation au cours d’un séminaire de quarante jours au Maroc. Le constat qui se dégageait est que le Rp doit d’abord avoir une assise au Parlement avant de briguer la Présidence de la République. Et nous avons dit que nous ne serons pas partant pour l’élection présidentielle de 2007 et que nous attendrons le scrutin de 2012. Avant cela, nous renforcerons la présence de notre parti à l’intérieur du pays. On ne doit pas se lever un beau jour et briguer la magistrature suprême. Le pays ne doit pas être confié à n’importe qui. Certes, il y a parmi ceux qui se sont présentés aux élections des gens qui ont l’expérience, mais il y a une grande majorité qui n’a pas le bagage requis pour diriger un pays. On ne peut pas élire un président qui va passer toutes les trois premières années de son mandat à chercher des relations au niveau international. Wade a une expérience dans la gestion, il a déjà ouvert des chantiers. On doit l’accompagner pour qu’il finisse ses chantiers. Notre parti va créer la surprise, parce que nous avons travaillé à la base. Nous sommes proche du peuple. Nous aidons les militants à gérer leur quotidien. Notre ambition est non seulement de doter le Rp d’un groupe parlementaire, mais qu’il soit dans le peloton de tête des vainqueurs du scrutin. À part la coalition Sopi, il n y a pas une autre formation politique supérieure au Rp parmi celles qui sont en lice.

Est-ce que votre décision d’aller aux élections sous votre propre bannière ne va pas affaiblir vos relations avec le Pds ?

Nous sommes dans la mouvance présidentielle, mais n’empêche, notre parti est intéressé par certaines questions comme la bonne gouvernance, les délestages, etc. Une présence au Parlement nous permettra de mieux suivre ces questions. Notre participation ne peut pas affaiblir nos relations avec le Pds. Parce cette alliance a été nouée pour l’intérêt du Sénégal. Ce que je déplore, c’est une opposition nihiliste. Je pense que chaque leader doit participer à l’effort de construction nationale. Le président est élu par le peuple. Il défend les intérêts du peuple. L’opposition a le devoir de participer à l’effort de développement du pays. Mon souhait est que le Sénégal puisse arriver à une étape où, pendant les élections, chacun postule, et au terme des compétitions, chaque camp redescend à la base pour aider les populations à sortir des difficultés qu’elles rencontrent. Cela facilite l’émergence d’une nation.

Quelle place votre parti accorde-t-il à la parité ?

La parité est une bonne chose. Son application est bonne pour la société. L’Islam n’est pas contre la parité. Au contraire, la religion musulmane encourage les femmes à se battre comme les hommes. Baye Niasse recommandait aux femmes de s’engager dans les activités de développement enclenchées par les hommes. Au Sénégal, il y a des femmes qui commandent des écoles coraniques. La parité doit être appliquée, mais il faut que les femmes comprennent aussi qu’elles doivent être derrière les hommes. Les femmes occupent une place importante dans notre parti. Dans notre liste nationale, il y a 55 hommes et 55 femmes. Les femmes sont presque majoritaires dans la liste départementale. Dans le bureau politique, les femmes sont bien représentées. Bon nombre de départements sont conduits par des femmes.

Le débat ces temps-ci, c’est aussi la question de l’avion présidentiel. Jugez-vous normal que l’État achète un appareil neuf ?

C’est très normal que le président puisse avoir un avion. Ce que le président fait est pour le Sénégal. Quand il part, il laissera tout entre les mains du peuple. C’est Senghor qui avait acheté la Pointe de Sangomar. Il l’a laissé à Abdou Diouf qui a fait de même pour Me Abdoulaye Wade. Me Wade le laissera à son successeur. Le Sénégal est un pays respecté dans le monde. Même si nous n’avons pas de pétrole, le nom de notre pays rayonne à travers les continents. Certains pays ne peuvent même pas croire que le Sénégal ne produit pas du pétrole à cause de cette marque d’estime. Nous devons cela aux fils du pays comme Cheikh Ahmadou Bamba, El-Hadji Malick Sy, Baye Niasse, etc., qui ont su inculquer aux populations des valeurs comme la solidarité et le sens de l’initiative. Je donne un seul exemple : il y a des pays arabes qui ont du pétrole, mais qui n’ont pas encore eu la chance d’organiser le sommet de l’Oci. Le Sénégal l’organise pour la deuxième fois. C’est pourquoi le président du Sénégal ne doit pas emprunter des vols ordinaires pour voyager. On doit acquérir un avion, mais tout en prenant en compte la situation du pays.


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