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Interview : Djibo Kâ vide son sac…

Ministre d’Etat chargé l’Environnement et fidèle allié de Me Wade, Djibo Kâ est une véritable bête de la communication. Alliant feintes et subterfuges, pragmatisme et realpolitik, maîtrise de ses dossiers et calculs politiques, il s’est soumis aux questions de l’Observateur. Pour le « petit berger au service de la République », l’heure n’est plus aux hypothétiques retrouvailles de la famille socialiste. Dijibo rappelle tout de même qu’il n’a pas de problèmes de personne avec Moustapha Niasse qu’il considère comme « un frère » et Tanor qu’il a emmené à côté de Senghor lorsqu’il était le directeur de cabinet de ce dernier.

Source : L’Observateur
 Le patron de l’Urd raille les Assises nationales prévues par l’opposition et jure que le sommet de l’Oci connaîtra un grand succès. Il confirme la participation de son parti aux prochaines élections locales, mais esquive la question sur la bataille pour la succession de Wade. Entretien à bâtons rompus.
 
 
Retrouvailles de la famille socialiste
 
Vous dites que vous avez aperçu Robert Sagna chez moi. Je vous signale que ce dernier est mon ami. Nous sommes des amis depuis de longues années. Il a été victime de notre amitié, à un moment donné, lorsque je quittais le Parti socialiste. J’ai démissionné du Ps, tandis qu’il est resté dans le gouvernement de Abdou Diouf. Mais il a fait face. C’est mon ami, donc c’est normal qu’il vienne chez moi. C’est le contraire qui aurait étonné. Je suis très pratique. Je dis que la politique c’est l’art de gérer le réel. Et la patience c’est la mère du bonheur. Je suis social-démocrate de formation, de culture, de conviction très forte. C’est la raison pour laquelle je dis que je crois à la démocratie, au progrès social, au sens de l’équilibre. Je ne suis jamais excessif. Il y a maintenant des concepts qui ne marchent plus et qui n’ont plus d’emprise sur les masses populaires. On a oublié que certains ont été marxistes ou communistes purs et durs. D’autres ont bu leur honte en se cachant sous la table. Je parle de Karl Marx, c’est une méthode plus qu’autre chose. Quand je parle de Marx, je dis que c’est une méthode d’analyse. Mais historiquement, est-ce que les retrouvailles de la famille socialiste sont possibles ? Je ne le pense pas. Je ne pense pas qu’il soit pertinent de penser l’évolution politique historique du Sénégal en termes de retrouvailles de la famille socialiste. Ce qui est pertinent, c’est d’avoir des blocs de courants de pensée. Vous savez que dans la social-démocratie, on a des sensibilités différentes. Un Tony Blair est différent d’un Gordon Brown, même si tous les deux sont des Britanniques. Ils sont différents du socialisme français, italien ou grec… J’ai pratiqué tout ce monde-là lorsque j’étais le représentant du Ps à l’Internationale socialiste, comme secrétaire aux relations extérieures. On retrouve ces blocs au Sénégal. Des sensibilités très diverses qu’on retrouve dans toutes les formations de la social-démocratie. Il y a aussi une évolution idéologique du libéralisme. Wade pratique le libéralisme social. Qui a des convergences naturelles avec la social-démocratie. C’était le cas en Allemagne. Lorsque Genscher était le responsable du parti libéral allemand. Il a été pendant longtemps, vice-Premier ministre des affaires étrangères des sociaux-démocrates. C’étaient des convergences pragmatiques ou  pratiques sur les valeurs que sont la démocratie, les libertés, le progrès social,   la solidarité, la construction de l’Europe… On retrouve ces mêmes sensibilités au Sénégal. Il y a des inflexions partout.
 
Problèmes crypto personnels avec Tanor et Niasse
 
Je ne parle pas de problèmes de personne mais de problèmes de vision et de méthode. Je ne peux pas répondre à Khalifa Sall (Ndlr : qui a appelé à un dépassement de la part des « fils spirituels de Senghor). C’est mon jeune frère. Quand je suis sorti du Ps, deux ans, trois ans après, j’ai lancé ces idées-là. Je l’ai dit dans mon livre «Un petit berger au service de la République et de la démocratie ». Mais c’est comme si je prêchais dans le désert. J’ai tourné la page. Ces idées reviennent, mais elles ne sont pas articulées. Moustapha Niasse est mon grand frère, ça c’est connu de tous. Tanor était mon collaborateur à la Présidence de la République. Quand j’étais directeur de cabinet du Président Senhgor, il était un conseiller technique que j’avais fait venir là-bas. Donc nous n’avons pas de problème. Maintenant, c’est un chef de parti et chacun d’entre nous fait son chemin. Moi, je suis un théoricien, je ne suis pas un politique en l’air. J’ai étudié tous ceux qui ont réfléchi sur la société. J’ai étudié la sociologie politique. Donc quand j’analyse les données politiques d’un problème, je vais au fond des choses. Je ne surfe pas.
 
Reniement idéologique
 
Le reniement idéologique est rare. Ce sont en général les contextes historiques qui impriment aux partis politiques leur démarche. La politique ce n’est pas une logique. C’est une succession d’événements dont la maîtrise du courant détermine des positions. C’est pourquoi il est difficile de faire des prévisions comme on le fait dans la planification de l’économie. C’est différent de la politique qui s’applique à des hommes en chair et en os. Qui ont leurs pulsions, leurs sensibilités, leurs forces et faiblesses et aspirations auxquelles il faut répondre. De ce point de vue-là, si je reviens dans ces blocs, je ne vois pas de pertinence pour dire qu’il faut que la famille socialiste se retrouve. Parce que nous n’avons pas les mêmes démarches  et conceptions de l’Etat. On n’est pas nourri à la même sève. Il y a des socio-démocrates aujourd’hui, qui sont d’inspiration historiquement senghorienne. Le bloc historique qui dirige le Ps, quand il fêtait les cinquante ans du Ps, j’avais dit à l’époque qu’ils font le baptême d’un enfant naturel.
 
 L’Urd et les élections locales
 
Vraiment je ne sais pas encore comment l’Urd ira aux locales. L’Urd est un parti démocratique par essence. Elle est née pour le refus de la pensée unique, contre le fameux centralisme démocratique que j’avais dénoncé publiquement… Pour ce qui est de Linguère, le moment venu, nous écouterons les délégations rurales et communales du département l’une après l’autre, pour connaître leur sentiment. On n’a pas encore cette masse d’informations. Par conséquent je ne sais pas ce qu’on va décider. Ce qui se passe à Linguère se passe ailleurs dans les autres fédérations. Mais le parti tranchera, après avoir eu toutes ces données.
 
Alliance avec le Pds  qui a déjà pris sa décision
 
Ma meilleure formule est-ce d’aller en alliance avec le Pds ? Ou alors comme certains le disent, chacun doit aller de son côté pour voir ce que qu’il représente effectivement. Ce sont deux options différentes, mais je ne sais pas ce qu’on va faire. Mais en toute loyauté avec les leaders du Pds, on prendra la bonne décision, pour l’intérêt du pays et de la démocratie. N’oublions pas que chacun a ses méthodes. Et j’espère que mes méthodes seront plus efficaces. Parce que quand je prendrai une décision elle sera tellement légitime, qu’elle aura l’adhésion des militants de l’Urd. C’est sûr et certain. J’ai dit aux gens que c’est fini le temps où tout se décidait depuis Dakar. Je souhaite que les choses partent de la base pour venir au sommet (car ce sont des élections locales) et que le sommet puisse dire : voilà ce que la base souhaite. Mais j’avoue que nous ne savons pas encore quelle est la meilleure formule. J’estime qu’il est bon d’écouter les gens. Je rappelle que nous avons 35 fédérations départementales, divisées en fédérations communales et rurales. Il faut qu’elles se sentent concernées d’abord, parce que ce sont des élections éminemment politiques. Donc la décision que nous allons prendre devra être incontestable.
 
Sommet de l’Oci et Assises de l’opposition
 
Je pense que certains ne savent pas vraiment ce que signifie un sommet de l’Oci. J’ai eu l’honneur d’être le ministre des Affaires étrangères lorsque le Sénégal a accueilli le sommet de la Ummah en décembre 1991. Il faut savoir que si l’Oci décide de tenir un sommet en dehors de son siège de Djedda, surtout dans un pays africain comme le Sénégal, ce
la veut dire que chaque citoyen de ce pays doit se considérer comme l’hôte de ce sommet. Si l’Oci honore un pays une deuxième fois comme ce sera le cas en mars prochain, c’est qu’objectivement le Sénégal est très bien apprécié par les autres pays de ce forum. Qui plus est, notre pays est soutenu par les plus grands penseurs de la Ummah. Sur le plan de la politique étrangère, il est au cœur des enjeux géostratégiques et des différentes crises qui agitent le Moyen-Orient. Ce qui veut dire que ce n’est pas une question partisane mais plutôt un intérêt national. Si malgré tout cela, certains partis politiques veulent organiser une quelconque manifestation, tant pis. Nous sommes un pays démocratique. Je respecte leur choix, mais ma conviction est que cela ne portera à aucun moment atteinte à la bonne organisation du sommet qui, j’en suis persuadé, va connaître un succès éclatant… Quant à l’agitation que l’opposition compte faire, l’histoire la retiendra dans ses annales
 
Rumeurs sur un report du sommet
 
Vous savez que j’ai l’habitude de dire que certains sont des  « rumeurivores » Comme il existe des herbivores et des carnivores. Mais la rumeur finit toujours par mourir d’elle-même. Ce sont des bulles qui s’évaporent dans la nature. Il n’y a aucun argument valable derrière tout cela. Vous savez que le Sénégal est un pays protégé qui vit sans fondamentalisme. C’est un pays de confréries. Celles-ci constitue la meilleure armature pour protéger le Sénégal. En outre les services secrets de notre pays maîtrisent très bien nos frontières.
 
Rupture du dialogue avec l’opposition
 
Franchement l’opposition n’a rien à dire. Elle ne peut plus se signaler dans l’espace politique. Qui est totalement occupé par la majorité. Idem pour l’espace institutionnel. Il ne lui reste plus que l’espace médiatique qui est « open ». S’ils (Ndlr : les leaders de l’opposition) disent qu’ils ne veulent pas dialoguer, nous prenons acte. La politique, c’est l’art de gérer le réel. Or le réel est là avec un Président qui gouverne et des Institutions qui fonctionnent.
 
Rôle aux côtés de Me Wade
 
Ce que je sais c’est que le président de la République me connaît pour avoir été mon professeur pendant deux ans. Il sait ce dont je suis capable et ce dont je ne suis pas capable. En outre, je ne dirai jamais des choses qu’on ne peut pas vérifier. Pour ce qui est de mes confidences avec un chef d’Etat, mon chef d’Etat, je ne les rendrai jamais publiques, à moins qu’il me le demande.
 
« Fin » de la brouille entre Wade et Macky
 
Le président de la République est la clef de voûte des Institutions. Dans cette affaire, il s’est comporté en chef d’Etat et non en chef de parti. Je me réjouis de ce dénouement. Mais vous savez aussi que je fais toujours le distinguo entre ma fonction de ministre et mon rôle en tant que secrétaire général de l’Urd
 
Succession de Wade
 
Le Président a été réélu avant-hier. Laissez-le terminer son mandat. Mon devoir, tant que je suis avec lui, est de contribuer avec le maximum de mes capacités, à sa réussite. Parce que son bilan sera le nôtre aussi. Est-ce que je serai candidat ou non à sa succession. Le moment venu, je serai à l’écoute de mon parti et je me conformerai à sa décision… Il n’y a aucun changement dans mes déclarations antérieures (Ndlr : Djibo Kâ avait dit qu’il serait le quatrième Président du Sénégal).
 
Bataille contre les Ape
 
D’abord, il faut savoir que la bataille contre les Ape n’est pas une question partisane. Tous ceux qui l’analyseraient sous l’angle partisan passeraient à côté. C’est une question essentiellement économique. Bien sûr, et qui a des conséquences politiques, au sens noble du mot. Il était important que les Africains, au niveau le plus élevé, puissent exprimer des opinions fondées sur des faits chiffrés. C’est ce que le Président Wade a fait. C’est aussi la position de Thabo Mbeky. Pour dire que les Accords de partenariat économique, tels qu’ils fonctionnent, depuis Cotonou jusqu’à présent, si on les reconduit tels quels, ils auront comme conséquences immédiates, sur le plan fiscal et douanier, des pertes de recettes entre 30 et 40 % selon les Etats. Au Sénégal par exemple, les recettes douaniers s’élèvent à 35 %. Je parle de déstructuration de l’industrie, parce que les produits africains ne sont pas compétitifs face aux produits européens. De tels accords auront comme conséquences sociales,  un chômage absolu et une fragilisation du tissu économique africain. Face à ces données concrètes, il faut autre chose : des accords de partenariat pour le développement. Voilà en résumé, comment se pose le problème. Que les Africains se soient mobilisés de Dakar au Cap, c’est une prise de conscience historique importante, qui ne se limite pas au sens marxiste du mot. Donc, si des gens crient à la récupération, c’est parce qu’ils n’ont rien compris, ou alors certains ne voient pas au-delà de leur nombril.
 
Sur l’opposition qui dénonce une récupération
 
A Lisbonne le Président Wade s’est exprimé clairement. De même que Thabo Mbeki qui a soutenu sa thèse lorsqu’il est parti. Pour dire la manière dont l’Afrique devrait négocier avec l’Union européenne. Non pas entre sous régions africaines et l’Union européenne. Mais l’Afrique dans son ensemble, de façon plus harmonisée. Nous appelons à de nouvelles négociations. Nous sommes dans des pays démocratiques. L’Europe aussi est composée de pays démocratiques. L’opinion publique y occupe une place centrale. C’est une nouvelle étape historique qui marquera d’une pierre blanche l’histoire de l’Afrique par rapport à l’Europe. Ce n’est pas une divergence ou un conflit entre l’Europe et l’Afrique. Mais une divergence qui porte sur  des intérêts économiques visibles. C’est pourquoi les partis politiques n’ont pas été mis en avant. Ce sont la société civile, les syndicats, le patronat… Mais pour que des forces de frappe légitimes puissent donner un tonus à ces manifestations, il était bon que les partis politiques soient conviés à ces rassemblements. Cela a été fait.  Il ne peut pas y avoir de récupération politique possible. Ni dans l’esprit des initiateurs, ni dans le déroulement, ni dans les conséquences ultérieures.
 
Le Sénégal pourrait bien être obligé à signer ces accords
 
Il faut négocier, mais autre chose, ou pour déboucher sur autre chose. Donc, nous demandons des négociations. C’est le contraire qui aurait étonné. Ce qu’on n’accepte pas, c’est qu’on n’ait même pas procédé à l’évaluation exhaustive de ce qui a été pris comme engagement depuis Cotonou jusqu’à présent. Pour dire que maintenant, coûte que coûte, au 31 décembre 2008, il faut conclure un nouvel accord sinon… Les pays africains ne sont pas tous logés à la même enseigne. Parce qu’il y a des Afrique sur le plan économique comme sur le plan politique. Ici, on est dans le domaine rigoureusement économique, même si certains disent que c’est une bataille politique. Bien sûr, il y a des conséquences politiques. C’est pourquoi on est prêt à négocier des accords de partenariat pour le développement. L’Afrique a une prise de conscience nouvelle qui est là et qui s’est affirmée. La diaspora a manifesté, de même que les pays de la sous-région, il faut donner une chance à l’Afrique, cette fois-ci, de faire sa propre histoire.


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