Accueil / ACTUALITES / Izadina Mahamat Haroun, témoin : « Lorsqu’on m’a enlevé la cagoule, j’ai vu Hissein Habré dans la salle avec 4 autres officiers »

Izadina Mahamat Haroun, témoin : « Lorsqu’on m’a enlevé la cagoule, j’ai vu Hissein Habré dans la salle avec 4 autres officiers »

 Le défilé des témoins a repris, hier lundi, à la barre des Chambres africaines extraordinaires (Cae). Au cours de leur audition qui du reste a été très longue, Izadina Mahamat Haroun et Ousman Abakar ont prolongé la liste des témoins à charge contre l’ancien Président tchadien, Hissein Habré. 

L’audition des témoins tous à charge contre l’ancien Président tchadien, Hissein Habré, se poursuit à la barre des Chambres africaines extraordinaires (Cae). En effet, le témoin Izadina Mahamat Haroun et par ailleurs victime dans cette affaire a été, hier, à la barre de ladite juridiction. Il a relaté les événements pour lesquels il a porté plainte contre l’ancien homme fort de Ndjamena. À l’en croire, il a été arrêté le 17 avril 1987 à minuit. « Ce jour-là, Abdalah Daraya est venu à mon domicile avec des militaires pour procéder à mon arrestation. On me reprochait de savoir quelque chose sur les relations entre mon oncle Zakaria Faky qui était un marabout et la bande des 3 composée par Idriss Déby, Hassan Djamouss et Abass Godi », a-t-il dit. Le témoin a soutenu avoir fait 48 heures en prison, avant son interrogatoire, sans manger ni boire. « Par la suite, les militaires m’ont mis une cagoule et je ne savais pas où est- ce qu’ils me conduisaient. Je ne savais pas si on m’amenait pour m’exécuter. À un moment donné, on m’a enlevé la cagoule et j’ai vu en face de moi G. Korei qui était en train de m’interroger. C’est sur ces entrefaites qu’un autre individu habillé en kaftan et un bonnet blanc sur la tête s’est présenté à moi. Ce dernier m’a posé des questions avant de me dire que c’est lui Hissein Habré », a indiqué le témoin selon qui, Hissein Habré lui a dit qu’il était un ennemi puisqu’il ne le reconnaissait pas. Toutefois, le témoin a révélé que Hissein Habré était dans la salle avec 4 autres officiers. Il avait un talkie-walkie et un pistolet. Après son interrogation, se souvient-il, Hissein Habré a remis une note à un de ses éléments. Ainsi, il a été amené à la Dds où il aurait subi la pire torture de sa vie.

« Mon oncle a été arrêté parce que les militaires voulaient savoir des choses inexactes »

« À la Dds, j’ai été ligoté et on m’a ingurgité de l’eau. Je suis tombé malade à cause des tortures que j’ai subies. Lorsque j’ai été complètement affaibli, on m’a transféré à la prison des locaux », a-t-il dit. Avant de continuer : « J’ai rencontré là-bas mon oncle qui a été appréhendé deux jours après mon arrestation. Il faut dire que seuls les prisonniers complètement affaiblis sont transférés aux locaux. Selon mon oncle, il a été arrêté parce que les militaires voulaient savoir des choses inexactes. C’est la raison pour laquelle il a été torturé avec des fils électriques. Les agents de la Dds voulaient savoir s’il recevait la visite de la bande des 3 ». Revenant sur les conditions de détention, le témoin a soutenu qu’elles étaient tellement difficiles au point que des prisonniers mouraient en grand nombre. « Des talibés et leur maître sont décédés. Un journaliste plus connu sous le nom d’Akaye est aussi décédé. En somme, les cadavres   pouvaient dépasser le nombre de 100. Quand les gens mouraient la nuit dans les cellules, on les mettait à coté du fût qui nous servait de toilettes jusqu’au petit matin. Un véhicule 404 Bâché venait récupérer les corps pour les enterrer », a-t-il narré. Pour terminer, Izadina Mahamat Haroun a déclaré être libéré le 7 mars 1989 suite à un accord entre Hissein Habré et Cheikh Ibnou Oumar. « Ce jour-là, A. Torbo a remis la liste des gens à être libérés par un commissaire de la Dds qui a procédé à sa lecture. Plusieurs prisonniers ont été libérés à l’exception des Hadjaraïs et des Zahawas. Mon oncle lui était décédé », a encore dit le témoin.

Ousman Abakar : « On a été torturé à Moussoro par des mercenaires zaïrois »

À sa suite, un autre témoin a été entendu par ladite chambre. Il s’agit d’Ousman Abakar. Ce dernier a été arrêté lors de la bataille de Faya-Largeau en 1983 avant d’être libéré en 1987 suite aux accords entre les FAP et les FANT. Mais auparavant, renseigne-t-il, ils ont été torturés à Moussoro par des mercenaires zaïrois que Mobutu Sesseko a fournis. Dans sa déposition, le témoin a indiqué que les premières victimes d’Habré sont les gens de son ethnie c’est-à-dire les Goranes issus d’autres régions. Parlant de son séjour carcéral, le témoin explique : « J’ai été arrêté vers 15h mais à la maison d’arrêt, on entendait toujours des tirs. Dès notre arrestation à Faya-Largeau, des cadres ont été sortis du groupe et tués. Il y avait des blessés de guerre parmi les prisonniers mais ils n’ont jamais reçu de soins. Les troubles et autres problèmes se sont arrêtés au 27ème jour ». Selon lui, ce sont les agents de la DDS qui venaient enlever des détenus la nuit et on ne les revoyait plus jamais. Pour les conditions de détention, il déclare : « Il y avait toutes les ethnies en prison. Au début, les Goranes et les Arabes étaient séparés des autres. On tombait malade parce qu’on mangeait mal, on déféquait dans les cellules. Lors de la visite du Cicr, ceux qui ne pouvaient pas tenir debout ont été cachés dans une cellule ». Il a aussi révélé que les préfets travaillaient pour la DDS. « Ils pouvaient arrêter et torturer comme ils le voulaient », a-t-il indiqué. Avant d’ajouter : « Les agents de la DDS nous ont dit gare à ce que vous allez dire dehors. Sachez que chez vous, les murs ont des oreilles, les arbres ont des oreilles, tout ce que vous direz nous le saurons ».

Cheikh Moussa SARR

Share This:

À voir aussi

POUR UNE MEILLEURE CONDITION DE VIE- Macky Sall salue la revalorisation des pensions militaires de retraite et d’invalidité

Le conseil des ministres réunis, hier mercredi, a adopté l’adoption des dispositions portant revalorisation des …