Jean-Claude Mimran (g.) et le prince Albert II de Monaco, durant une visite le 10 novembre à Richard Toll, au Sénégal. © www.gmd.sn
Jean-Claude Mimran (g.) et le prince Albert II de Monaco, durant une visite le 10 novembre à Richard Toll, au Sénégal. © www.gmd.sn

Jean-Claude Mimran : « Me retirer des affaires, ce serait mourir »

Dans une interview exclusive accordée à « Jeune Afrique », Jean-Claude Mimran, le propriétaire de la Compagnie sucrière sénégalaise et des Grands moulins de Dakar et d’Abidjan, détaille les récentes ambitions de son groupe dans les mines d’or et de phosphates en Afrique.

Notre enquête sur l’avenir de cet empire nébuleux, présent sur trois continents, mais qui n’avait pas investi en Afrique depuis plus de 25 ans, est à retrouver dans le numéro double de Jeune Afrique disponible en kiosques du 14 au 27 août et en version numérique.

Au cours de ce long entretien, réalisé à Gstaad, fief suisse de ce milliardaire insaisissable, Jean-Claude Mimran a également accepté de dévoiler sa vision de l’Afrique, des affaires et du groupe qu’il dirige, avec poigne, depuis le décès de son père en 1975. Morceaux choisis.

Jeune Afrique : La Compagnie sucrière sénégalaise (CSS) de Richard Toll est historiquement présentée comme le cœur de votre groupe. Mais aujourd’hui, vous avez des sociétés en Suisse, à Monaco, aux États-Unis… La sucrerie est-elle encore au centre de votre empire ?

Jean-Claude Mimran : Je suis mystique. Mon père était un homme malade, souvent alité car il avait eu la tuberculose pendant la guerre. Par challenge et surtout par amitié pour [Léopold Sedar] Senghor, il a accepté de monter cette sucrerie. Mon père est mort avant de voir tourner son affaire, et pour moi cela a toujours été un défi, je suis viscéralement attaché à cette société.

Nos résultats ne regardent personne. Seul le fisc les a.

La CSS est-elle encore le principal contributeur à vos bénéfices ?
Oui.

Le groupe est très secret, aucune société ne publie ses résultats…

Cela ne regarde personne. Seul le fisc les a.

En décembre 2013, vous avez rencontré le président sénégalais Macky Sall et menacé de fermer la CSS face aux importations massives de sucre. Aviez-vous également peur qu’il n’autorise un concurrent à s’installer ?

Je n’ai jamais été voir le président pour une question de concurrence. Les projets concurrents ne me font pas peur. Aujourd’hui si vous voulez faire la CSS il vous faudrait entre 400 et 500 millions d’euros, sur dix ans si vous allez vite. Si quelqu’un s’installe, tant mieux. Les importations en revanche c’est une concurrence déloyale.

L’Afrique a pris trois décennies de retard à cause de la Banque mondiale et du FMI qui ont voulu imposer l’ouverture des frontières.

Vous pensez donc qu’il faut protéger les frontières ?

L’Afrique a pris trois décennies de retard à cause de la Banque mondiale et du FMI qui ont voulu imposer l’ouverture des frontières. Mais moi si j’essaie de vendre mon sucre [en dehors de l’Afrique], je ne le pourrai pas, il y aura des barrières infranchissables. Il n’y a aucune raison qu’un pays ouvre ses frontières si l’autre ne le fait pas.

L’entreprise dont vous avez hérité opérait essentiellement en Afrique. Pourquoi la famille s’est-elle installée en Suisse ?

Parce qu’on n’avait pas envie d’habiter en France. Nous sommes d’origine juive algérienne par mon père et corse par ma mère, nous nous sentions assez éloignés de la mentalité française. C’est d’ailleurs de plus en plus le cas ! Je me sens beaucoup plus corse que français.

C’est-à-dire ?

Nous avons beaucoup de points communs : la fidélité, la parole donnée. Des choses qu’on n’a plus beaucoup en Europe, en tout cas en France.

Je me sens beaucoup plus corse que français.

Est-ce pour cela que vous n’avez jamais beaucoup investi en France ?

Non. Je me suis intéressé à la France juste après l’élection de Mitterrand [prononcé “Mitrand”], au moment où les gens croyaient que les chars russes arrivaient. J’ai investi dans les systèmes informatiques et j’ai créé une société d’ingénierie. Pas que je sois socialiste, mais je trouvais que cela amenait quelque chose de neuf.

Avez-vous un modèle ?

Non. J’ai beaucoup d’admiration pour ceux qui font ce que je ne sais pas faire, internet, etc : Steve Jobs, Elon Musk, ce sont des gens très courageux.

Comment voyez-vous votre groupe dans cinq ans ?

Je pense qu’il aura pratiquement doublé de taille, porté par le sucre et par la farine qui va se réorganiser. Certains meuniers vont finir par disparaître, parce que la concurrence sur les prix est ridicule. Mais la minoterie va aussi se développer, ne serait ce qu’en raison de l’accroissement démographique. Et il y aura des opportunités dans les autres pays africains.

Envisagez-vous d’investir, notamment dans la farine ou le sucre ?

Pas pour l’instant. Je suis fixé sur l’objectif KT200 [un programme qui vise à augmenter la production de la CSS à 200 000 tonnes à l’horizon 2020]. Ensuite j’aurai beaucoup plus de temps de libre, de tranquillité. Le cash-flow [flux de trésorerie] va commencer à rentrer et sera disponible pour d’autres investissements.

Ce programme est-il votre dernier projet avant de vous retirer au profit de vos enfants ?

Je ne me retirerai jamais parce que c’est mourir. Mais je tiens à leur laisser la barre le plus tôt possible pour qu’ils se fassent les dents pendant que je suis encore là. Et moi je m’amuserai dans d’autres diversifications, je ferai autre chose.

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