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Jean Koe NTONGA, ambassadeur du Cameroun au Sénégal : « Les présidents africains doivent être jugés sur leur bilan »

Après avoir passé 29 ans à la tête de son pays, le président Paul Biya a présenté sa candidature pour l’élection présidentielle prévue le 09 octobre au Cameroun. L’ambassadeur du Cameroun au Sénégal, Jean Koe Ntonga, voit dans ce choix « une réponse à l’appel du peuple et non un souci de conservation du pouvoir ». Jean Koe Ntonga, se réjouit de la mobilisation des Camerounais du Sénégal qui votent pour la première fois de leur histoire. Le dilpomate estime que l’âge et la longévité ne doivent pas être utilisés pour discréditer des candidatures.

Excellence, 51 personnalités ont déposé leurs candidatures pour l’élection présidentielle prévue le 09 octobre prochain. Pourquoi cette floraison de candidatures ?

Cela prouve la vitalité de la démocratie au Cameroun. Nous avons franchi de grands pas. La vitalité idéologique est une réalité au Cameroun. Le nombre de candidature est la preuve de la vitalité de la démocratie au Cameroun. Chacun est libre d’exprimer son opinion. Il y a des gens qui participent à l’élection pour entrer dans l’histoire. L’organe chargé de l’organisation des élections, Elecam, va statuer sur les candidatures pour voir celles qui répondent aux critères définis par la Loi électorale. La caution demandée est modique par rapport aux enjeux.

A combien s’élève cette caution ?

La caution est de 5 millions. Les acteurs du processus ont estimé que ce montant est acceptable en fonction des moyens du pays. Cette caution peut être changée un jour, mais pour le moment, elle est maintenue à ce montant avec l’accord de toutes les parties prenantes des élections. Tous les candidats déclarés sont convaincus qu’ils vont gagner. Ils doivent prendre des dispositions pour manifester la qualité de leurs programmes. Ils doivent présenter leur projet de société. Le fait qu’il y ait plusieurs candidatures va pousser les acteurs à redoubler d’efforts.

Est-ce que ces élections ont suscité un engouement chez les populations ?

Nous sommes 20 millions de personnes. Nous avions entre 4 et 5 millions d’électeurs lors des précédentes élections. Avec une large campagne de sensibilisation, nous avons entre 7 et 8 millions d’électeurs. C’est un très bon chiffre par rapport aux enjeux de développement, de paix et d’unité. Tous les Camerounais sont d’accord qu’il faut critiquer, mais il faut d’abord préserver la paix.

Paul Biya, le président sortant, fait partie des candidats en lice.

Pourquoi a-t-il choisi de se représenter après avoir passé 29 ans à la tête du pays ?

Compte tenu de ma position d’ambassadeur, comprenez que je ne pourrai pas m’étendre sur cette question, mais je dois vous dire que le président a répondu à l’appel du pays. La majeure partie de la population a demandé qu’il se présente pour un autre mandat.

Nombre de Camerounais du Sénégal et de la Diaspora souhaitent que le président se présente. A travers l’appel, on voit la volonté du peuple de voir la paix se consolider, la démocratie se renforcer dans le pays. L’autosuffisance alimentaire est devenue une réalité au Cameroun. Le président Paul Biya a moralisé la vie politique du Cameroun. Nous avons plus de 60 partis. La presse est libre. Il n’y a pas de prisonniers politiques au Cameroun.

Il est candidat au moment où la longévité des chefs d’Etat africains au pouvoir est mise en cause. Est-ce qu’il ne risque pas d’être victime de l’usure du pouvoir ?

Non. Tout est relatif. La longévité ne doit pas être mise en cause. Il faut juger les présidents à partir de leur bilan. La longévité ou l’âge ne doivent pas être évoqués pour discréditer une candidature. Les gens doivent voir ce que les présidents ont fait pendant leur magistère.

Au Cameroun, il y a eu des avancées fulgurantes dans tous les domaines. Les gens oublient qu’il y a eu la crise économique qui a frappé tous les pays y compris les nations développées, mais cela n’a pas empêché le Cameroun de faire des progrès sur le plan économique.

C’est le peuple camerounais qui a décidé par l’entremise des députés de présenter la candidature du président Paul Biya.

Depuis 2004, les Camerounais ont commencé à manifester le souhait de voir le président se présenter. Ils estiment qu’il est l’homme de la paix, de la concorde et de l’unité nationale.

Pourquoi le président a décidé de faire voter pour la première fois la Diaspora ?

Le président a été attentif à l’appel des Camerounais de la Diaspora qui ont émis le souhait de participer à l’élection présidentielle lors d’un de ses séjours en Europe. La décision de faire voter les Camerounais vivant à l’étranger a été saluée par tous les compatriotes de la Diaspora, en particulier ceux du Sénégal. Depuis l’indépendance en 1960, les Camerounais de la Diaspora n’ont pas eu l’opportunité de participer au choix du président de la République de leur pays. L’enthousiasme a constitué la toile de fond de l’attitude des Camerounais qui attendent avec joie cet évènement historique.

Quelles sont les dispositions pratiques qui ont été prises pour matérialiser le vote de la Diaspora à Dakar ?

La Loi électorale, qui institue le vote, a été adoptée le 13 juillet 2011. Elle a été suivie de la signature de son décret d’application en août. Dès que l’ambassade a eu les deux décrets, elle les a portés à l’attention des compatriotes. Nous avons eu des réunions avec les représentants d’associations. Un point focal a été désigné. La direction générale de la structure indépendante chargée de la gestion des élections (Elecam) a effectué une mission au Sénégal pour installer un bureau.

Le Conseil électoral a également fait le déplacement afin d’apporter l’éclairage juridique en vue de parfaire le processus en cours. Cela a permis le démarrage des opérations.

Quel bilan tirez-vous de ces opérations ?

L’ambassade a pris des dispositions pour sensibiliser la communauté camerounaise. Le vote n’est pas obligatoire, mais l’élection est un devoir citoyen. C’est la raison pour laquelle nous avons jugé nécessaire d’informer tous nos compatriotes.

Pour motiver les citoyens, nous avons accordé la gratuité de la carte consulaire. Nous avons également envoyé des missions partout dans les arrondissements de Dakar.

Les Camerounais sont sortis en masse. 592 électeurs ont été inscrits sur les 1.200 Camerounais vivant au Sénégal. Nous avons demandé aux représentants des partis politiques de se présenter à l’ambassade, mais un seul parti politique s’est présenté, c’est le Rassemblement démocratique du peuple camerounais.

Pourquoi les autres ne sont pas venus ?

Nous avons envoyé des communiqués pour demander à tous les représentants de parti de venir, mais un seul s’est présenté, c’est celui du parti au pouvoir. Mais cela n’empêchera pas la transparence du processus. En dehors des membres de la commission, les représentants des partis politiques et les membres de la Société civile pourront aussi participer au dépouillement.

Vous couvrez le Mali, la Mauritanie et la Gambie ; pourquoi les inscriptions n’ont pas été organisées dans ces pays ?

L’élection présidentielle aura lieu dans 33 pays. La Loi électorale a sélectionné les pays où doit se dérouler l’élection. C’est par respect à la Loi électorale que l’élection ne peut pas avoir lieu dans ces pays.

Nous avons voulu commencer par les ambassades où les chefs de mission résident. Il faut beaucoup de moyens logistiques pour organiser une élection. Dans certains pays où nous sommes accrédités, il n’y a pas assez de Camerounais. Il faut aller là où sont les Camerounais. C’est une expérimentation qui nous permettra de tirer les leçons pour les futures élections.

Quelles sont les mesures prises pour la transparence du processus ?

Nous voulons marquer l’histoire de façon heureuse. Nous voulons démontrer que les Africains peuvent faire des élections dans la paix et le calme. Nous ferons le processus dans la transparence. Il y va de l’honneur du chef de mission et des compatriotes. Nous garantissons que tout se passera dans la paix. Nous comptons sur les autorités sénégalaises pour qu’elles mettent à notre disposition les moyens logistiques afin de faire en sorte que les élections se déroulent dans la paix. La campagne électorale se fera suivant les lois sénégalaises.

Les Camerounais vont battre campagne, mais en tenant compte des règlements du pays hôte. Nous tendons la main aux Sénégalais pour que la campagne se passe dans la paix.

Le Soleil

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