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Jean Pierre GRANATELLI, Président du Comité de sécurité de la station balnéaire de Saly

Portudal : ‘L’importante quantité de drogue récemment saisie ne peut pas provenir de Saly’
L’image de la station balnéaire de Saly Portudal pourrait être écornée par la saisie récente d’une importante quantité de drogue. Pourtant, le président du Comité de sécurité de la station balnéaire est convaincu que cette drogue était en transit à Saly pour être transportée dans d’autres pays et qu’elle ne provient pas de la station. D’où l’appel de Jean Pierre Granatelli aux autorités, pour que l’affaire soit gérée avec beaucoup de discernement. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, il a également tenté de lever l’équivoque à propos de la concurrence déloyale que la para-hôtellerie ferait à l’hôtellerie avant de jeter un regard sur la politique touristique du gouvernement.
Entretien.

Wal Fadjri : Une affaire de drogue, des problèmes de sécurité… Qu’est-ce qui ne va plus à la station balnéaire de Saly ?

Jean Pierre Granatelli : Je tiens d’abord à préciser que cela fait onze ans que je suis présent dans la zone. J’ai connu Saly au départ quand il n’y avait rien au niveau de la sécurité et on s’est battu pour obtenir beaucoup. Ainsi, une brigade de la gendarmerie et des garanties sur la sécurité des personnes et des biens ont été obtenues. A cela s’est ajoutée l’installation d’une caserne des sapeurs pompiers dotés de véhicules grâce à l’intervention de la Sapco, des promoteurs et des hôteliers. C’est vrai qu’aujourd’hui comme toujours d’ailleurs, on parle de problèmes de sécurité. Mais comme toute zone balnéaire qui évolue et qui se développe chaque jour, il est important à chaque fois de remettre en cause la sécurité et donner le meilleur de soi-même. Il est évident qu’il y a encore des choses à faire. On attendait même une police touristique que l’ancien ministre du Tourisme nous avait proposée et j’espère qu’un de ces jours, on en bénéficiera. Mais il faut reconnaître que, dans le domaine de la sécurité, d’énormes efforts ont été entrepris, surtout cette année. Actuellement, par exemple, nous avons des agents de sécurité qui sont subventionnés par la Sapco, et qui viennent renforcer la gendarmerie. Cette dernière est composée de beaucoup d’agents qui assurent les interventions de jour et de nuit et opèrent même sur les plages. Mais comme dans toutes les zones balnéaires du monde, il y a toujours des débordements. Il faudrait toujours les améliorer et je pense que cela se fera dans un proche avenir.

Wal Fadjri : L’image de la station se trouve écornée à cause de la récente saisie d’une importante quantité de drogue. Ne risquez-vous pas de perdre votre clientèle ?

Jean Pierre Granatelli : Peut-être. Mais ce problème dépasse la station de Saly. Quand on voit une quantité aussi importante de drogue arriver dans une station si petite que Saly, il y a de quoi se poser des questions. A mon avis, ce sont des choses qui nous dépassent et que le gouvernement sera à même de gérer. Je crois que cette importante quantité de drogue saisie était là en instance pour être transportée dans d’autres pays. Il faut ouvrir les yeux et éviter de se voiler la face : cette drogue ne peut pas provenir de Saly. Les gens qui travaillent dans la station gagnent honnêtement leur vie et n’ont franchement pas besoin de s’adonner à de telles pratiques. Il est bien de gérer cette affaire pour punir les responsables, mais nous comprenons quand même que la zone n’a rien à voir dans cette affaire. Evitons de médiatiser la situation, car l’image de Saly risque d’en prendre un sacré coup. Cette affaire doit être gérée à un niveau plus élevé.

Wal Fadjri : On dit souvent que certains investissements dans la station proviennent de blanchiment d’argent. N’est-ce pas là une autre mauvaise image de Saly ?

Jean Pierre Granatelli : Dans la vie, il y a deux cas de figure : il existe des gens qui sont là et qui travaillent en toute honnêteté. D’autres, par contre, font tout le contraire, en travaillant dans l’ombre. C’est pour cela que je demande au gouvernement et aux services de sécurité de faire leur travail en sanctionnant qui le mérite.

‘Il y a 25 ans, il y avait 30 mille habitants à Mbour. Aujourd’hui on se retrouve avec 450 mille habitants. Il n’y a pas eu, entre-temps, de développement industriel, ni de surplus de pêche, ni de développement agricole. Ces gens sont venus pourquoi ? Mais pour travailler autour d’un système touristique.’

Wal Fadjri : La para-hôtellerie est généralement accusée de mener une concurrence déloyale à l’hôtellerie classique parce qu’on ne sait pas qui y entre et y fait quoi. Faut-il l’interdire ou la réglementer un peu plus ?

Jean Pierre Granatelli : A ce niveau, il y a une erreur profonde de part et d’autre. L’hôtellerie est un métier. Dans tous les pays du monde, dans toutes les stations balnéaires du monde, vous verrez un certain pourcentage d’hôtellerie et à peu près le même pourcentage en para-hôtellerie. Il est clair que vous avez des touristes qui préfèrent être dans un hôtel et d’autres qui souhaitent être dans la para-hôtellerie, parce qu’ils y sont de façon plus conviviale, avec leurs familles. Ce sont des gens qui travaillent toute l’année. Le mari ainsi que la femme travaillent, les enfants sont de leur côté, ils s’entrevoient, mais ne se voient pas. Et le moment des vacances, c’est l’occasion rêvée pour ces gens qui préfèrent ce système-là, celui de se retrouver ensemble d’une façon conviviale, autour d’une table et de vivre dans la même maison ensemble. Cela leur permet de passer les vacances autrement, c’est tout ! Mais il n’y a pas de concurrence possible. Si vous voulez, il y a des gens qui préfèrent acheter au Maroc et d’autres qui préfèrent acheter au Sénégal. Et chacun y trouve son compte.

Wal Fadjri : Y a-t-il des retombées de cette activité de la para-hôtellerie au niveau de la population locale ?

Jean Pierre Granatelli : Justement, c’est là où il y a des retombées directes. Prenons un exemple : vous achetez une maison à Saly. Vous avez besoin de manger, il vous faut le pain, les légumes, le poisson, etc. Vous faites travailler dans tout ce qu’il vous faut pour consommer tous les jours, sans conter les produits d’entretien. Et ensuite, il faut entretenir votre maison : il faut de la peinture, des plombiers, des électriciens, etc. Il faut tellement de gens autour, que vous ferez travailler de toute manière tous ces gens-là de façon journalière autour de vous. Si vous multipliez votre maison par le nombre de maisons qu’il y a sur Saly, comptez le nombre de gens que vous allez employer ! Forcément qu’il y a des retombées économiques. Prenez l’exemple : à Mbour, il y a 25 ans, il y avait 30 mille habitants. Aujourd’hui on se retrouve avec 450 mille habitants. Il n’y a pas eu de développement industriel, ni de surplus de pêche, ni de développement agricole. Mais bien sûr, ces gens-là sont venus pourquoi ? Pour travailler autour d’un système touristique.

Wal Fadjri : En tant qu’investisseur, quel regard portez-vous sur la politique touristique du Sénégal, notamment la promotion de la destination ?

Jean Pierre Granatelli : Ce que je pense, c’est que le gouvernement devrait se pencher beaucoup plus sur l’infrastructure du tourisme au Sénégal. C’est-à-dire que l’Etat est en train de faire de bonnes choses entre les routes et l’aéroport (de Ndiass, Ndlr) qui, je l’espère, verra le jour très prochainement. Ce qui va favoriser le tourisme, j’en suis certain ; maintenant, il faut aussi penser à toute l’infrastructure locale. C’est-à-dire, les routes aux environs de la zone balnéaire de Saly qui est la locomotive du tourisme au Sénégal. Il faudrait qu’en même temps que cela soit une image de marque, que cela soit beaucoup plus propre, beaucoup plus structuré, plus beau. C’est-à-dire que les routes soient bien faites, que des arbres soient plantés, que la nuit soit éclairée, qu’il y ait beaucoup plus d’infrastructures qui ressemblent vraiment au tourisme comme on le trouve dans le monde entier.

Wal Fadjri : Quelles relations entretenez-vous avec la Sapco ?

Jean Pierre Granatelli : Comme son nom l’indique, Société d’aménagement de la Petite côte, la Sapco a pour devoir d’aménager la Petite côte. Nous travaillons en parallèle avec elle au sein d’un comité de station pour essayer d’améliorer les produits. Une station est un peu coûteuse, vous savez. Il faut l’entretenir, l’embellir, la structurer pour lui permettre de se développer, etc.

Wal Fadjri : La Sapco se charge d’aménager. Vous, vous ne faites que construire ?

Jean Pierre Granatelli : Nous ne sommes pas spécialement chargés de construire. Il y a les hôteliers qui gèrent leurs clients, les concessionnaires qui s’occupent de leurs randonnées etc. La Sapco a un rôle bien défini, c’est d’aménager la Petite côte et de l’entretenir d’une très belle manière. Toutefois, il me semble que la Sapco pourrait faire un peu plus d’effort en ce qui concerne l’aspect routier qui la concerne. Car vouloir réceptionner des touristes de choix et de qualité avec des routes très dégradées comme c’est le cas à Saly, c’est vraiment dommage. Ce serait bien que la Sapco fasse un effort à ce niveau.

Wal Fadjri : La politique du gouvernement tend de plus en plus vers un tourisme de luxe. Ne craignez-vous pas à ce niveau en tant qu’investisseur traditionnel un ralentissement de vos affaires ?

Jean Pierre Granatelli : Le problème est que nous ne sommes pas prêts pour recevoir ce tourisme qui est extrêmement exigeant. Et pour son installation, il y a un préalable : il faut embellir la station, mettre sur pied l’infrastructure de sécurité, renforcer l’éclairage… Fort de tout cela, je ne pense franchement pas voir ce tourisme demain. Il faudra du temps, car ce genre de tourisme demande de gros moyens.

Wal Fadjri : En tant qu’investisseur ne pouvez-vous pas un peu aiguillonner dans ce sens pour avoir une infrastructure digne de ce nom apte à accueillir ce tourisme haut de gamme ?

Jean Pierre Granatelli : En tant qu’investisseurs, nous pouvons investir dans nos infrastructures, mais il nous est très difficile, voire impossible d’investir dans les infrastructures externes qui concernent les promoteurs. Le promoteur, lui, va créer une infrastructure qui va permettre d’amener des touristes. Mais en dehors de cela, il faut savoir que le touriste vient pour voir le Sénégal, raison pour laquelle, il faut qu’il bouge et qu’il découvre des choses qui lui permettent de rester. Et justement, on veut un touriste haut de gamme pour qu’il laisse des devises considérables. Mais comme les moyens pour mettre sur pied des infrastructures n’existent pas, nous n’avons qu’à nous rendre à l’évidence.

Wal Fadjri : Les professionnels dénoncent aussi la cherté de la Tva de 18 % appliquée au secteur qui, à leurs yeux, ne contribue pas à faire la promotion de la destination. Partagez-vous leurs préoccupations ?

Jean Pierre Granatelli : Il est vrai que j’ai entendu dire que le prix du billet d’avion était assez élevé. Ce qui donc rend plus coûteuse la destination pour un couple avec deux ou trois enfants. Il serait intéressant, à mon avis, que le gouvernement se penche sur cette question en baissant un peu le coût de la venue du touriste. Ceci donnerait un tourisme de masse qui permettrait d’aller en avant dans le développement du secteur.


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