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Khadim Bousso, conseiller spécial des Groupes saoudiens Al Shams et Al Irradaa’ti : «La tenue du sommet de l’Oci à Dakar serait un miracle»

Très introduit dans le milieu d’affaires saoudien et maîtrisant les rouages de la diplomatie dans les pays arabes, Khadim Bousso a fait ses études à Touba avant d’aller à l’Université Al Azhar du Caire, puis en Arabie Saoudite. Maîtrisard en Droit islamique, Relations internationales et diplomatie, il est le conseiller spécial de Cheikh Fahad Asaa’idi, directeur des puissants groupes saoudiens Al Shams et Al Irradaa’ti, qui sont des actionnaires dans les projets que les Saoudiens financent au Sénégal ; notamment dans le cadre de la préparation du Sommet de l’Oci (Organisation de la conférence islamique). M. Bousso est aussi membre fondateur du Rassemblement de la jeunesse pour le mouridisme. Il fait la navette entre le Sénégal et l’Arabie Saoudite et fréquente les sommités arabes du Koweït et du Qatar. Il met le doigt sur les errements de la préparation du Sommet de l’Oci et récuse les hommes portés à la tête de l’Anoci. Non sans émettre de sérieuses réserves sur la tenue dudit Sommet à Dakar. Avec des arguments à l’appui.

Source : Le Quotidien
La plupart de vos associés font partie des potentiels bailleurs du Sénégal, en termes d’investissements. Actuellement, l’on ne peut parler de financements venant de l’Arabie Saoudite sans penser aux chantiers de l’Agence nationale pour l’organisation de la conférence islamique (Anoci). Est-ce que vos partenaires ont soutenu les chantiers ?

Absolument ! Il y a nombre de mes partenaires qui, dans un cadre d’appui aux initiatives du gouvernement saoudien, sont intervenus dans le financement des chantiers pour la préparation du Sommet de l’Oci. Mais, je suis au regret de constater aujourd’hui que ces bailleurs sont dans un flou total, car ils ne savent plus rien de l’Oci. C’est pourquoi, ils ont croisé les doigts, en attendant d’y voir plus clair. D’ailleurs, les quelques informations qu’ils détiennent de ce Sommet proviennent des conseillers et des consultants comme moi. Cela fait que nous soyons dans une situation inconfortable pour ne pas pouvoir disposer assez d’éléments pour leur rendre compte. C’est la conséquence du manque de transparence noté dans la gestion de ce sommet par les autorités sénégalaises qui accordent plus d’importance au gain qu’elles peuvent tirer de la préparation de ce sommet que par sa réussite ou le respect des principes qui fondent l’organisation de ce sommet.

Vous semblez vouloir dire que les Saoudiens sont en train de regretter d’avoir injecté des financements dans la préparation du Sommet…

Ce dont je suis certain, c’est que les Saoudiens n’ont aucune idée de la traçabilité des fonds qu’ils ont dégagés. Il n’y a aucune transparence dans leur utilisation.

Ne devraient-ils pas demander des comptes au gouvernement sénégalais si l’on sait que nous sommes à quelques mois du Sommet…

Je voudrais, d’abord, faire une réserve par rapport à la possibilité que le Sommet se tienne à Dakar. C’est une question qu’il faut se poser. Parce qu’il y a nombre de facteurs qui font douter de la tenue de ce sommet à Dakar.

Quels sont ces facteurs bloquants ?

D’abord, des relations diplomatiques entre le Sénégal et l’Arabie Saoudite, il s’est produit beaucoup de choses qui font que les relations se sont un peu détériorées. Et même quand on entend les Saoudiens parler maintenant du Sénégal, l’on sent nettement qu’il y a quelque chose qui ne va plus.

Il faut comprendre la culture arabe pour maîtriser certains détails. Les Saoudiens ne digèrent pas la manière dont les autorités sénégalaises procèdent pour nommer un ambassadeur dans le Royaume. Depuis quelques années, le Sénégal accrédite des ambassadeurs en Arabie Saoudite qui ne connaissent pas un seul mot de l’Arabe. L’exemple de l’ex-ambassadeur, Modou Dia, est là pour confirmer. Il en est de même au Consulat où il n’y a qu’un seul Sénégalais capable de parler l’Arabe. Or, en France et aux Etats-Unis, le Sénégal n’y accrédite jamais de personnes qui ne peuvent pas parler la langue. D’ailleurs, cette situation avait courroucé le Royaume qui avait rappelé son ambassadeur de Dakar. Et, on est resté plus de sept mois durant lesquels c’est le chargé d’affaires qui était là. Malheureusement, les autorités sénégalaises n’avaient pas compris ce signe donné, car il s’agissait, pour les Saoudiens, de répondre coup pour coup. Ainsi, Bayari qui est de la famille royale a été affecté dans un pays où l’Arabie Saoudite est considérée. Cette attitude des Saoudiens trouve sa pertinence dans leur conviction selon laquelle le Sénégal ne leur envoie pas des diplomates compétents et qu’il fallait leur renvoyer l’ascenseur. Aujourd’hui, il y a un nouveau qui est affecté à Dakar.

Justement, vous doutez de la tenue du Sommet à Dakar, mais le nouvel ambassadeur de l’Arabie Saoudite a donné des assurances en soutenant que le Sommet aura lieu à Dakar…

Il l’a dit, mais il faudrait relativiser son assurance. L’Oci n’est pas la propriété de l’Arabie Saoudite. Elle n’est pas le seul membre, non plus. Toutefois, il faut reconnaître qu’elle fait partie des pays les plus influents de l’Organisation. Et même en Arabie Saoudite, l’organisation du Sommet à Dakar fait l’objet de beaucoup de divergences et de tiraillements. Il s’y ajoute que les relations entre les pays arabes ne sont pas fluides. Je peux citer, d’une part, les relations difficiles entre l’Arabie Saoudite et la Libye, l’Arabie Saoudite et le Qatar, et d’autre part, entre l’Algérie et le Maroc. Même si c’est l’Arabie Saoudite qui a financé plus d’argent dans la préparation du Sommet, il faut reconnaître que les choses ne sont pas assez claires dans leur tête.

Autre élément qui permet de douter de la tenue du Sommet à Dakar, c’est la manifestation d’autres pays qui postulent comme la Turquie et le Mali. D’ailleurs, les discussions sont très avancées.

Pourquoi subitement des pays se lèvent pour demander l’organisation du Sommet, alors que le Sénégal avait été choisi depuis des années ? Cela n’est-il pas curieux ? Il faut trouver des réponses à ces questions. Le choix du Sénégal s’expliquait par le fait que les Saoudiens avaient une image très positive du Président Wade. Récemment, j’ai discuté avec l’imam de La Mecque, Soudais, il s’était réjoui du fait que Me Wade vienne à La Mecque durant le Ramadan, chaque année. Et d’en déduire qu’il est un bon musulman.

Je crois qu’il faut tirer profit de ces acquis et ne pas les gâcher. Car, quand le roi Fayçal mettait en place l’Oci, c’était pour faire vivre la culture islamique dans le monde. Mais, l’on regrette aujourd’hui que l’essence même de ce Sommet ne cadre pas avec ce que les autorités sénégalaises veulent en faire.



Qu’est-ce que vous leur reprochez ?

D’abord, il y a eu une faute de casting dans le choix des hommes chargés de préparer cet évènement religieux. Certes, il est bon de construire des routes, mais ce n’est pas cela la finalité du Sommet. Personne parmi les gens retenus n’a la compétence requise pour prétendre organiser ou préparer un Sommet à caractère purement islamique.

Comment des gens qui ne maîtrisent pas la langue et la culture islamique peuvent-ils se permettre de parler de l’Oci ? Ils auraient dû s’entourer d’hommes compétents pour les encadrer, mais on gère la chose en se prévalant d’une affinité parentale ou amicale.

Ce ne sont pas ces gens qui vont convaincre les arabes à venir à Dakar. Ils n’ont ni la légitimité historique, ni morale qui leur permette de réussir cette mission.

Ali Abdallah Al Saoud a fait beaucoup de sacrifices pour que le Sommet se tienne à Dakar. Mais, des informations que j’ai reçues de personnes très influentes, l’organisation du Sommet de l’Oci à Dakar serait un miracle. Je ne dis pas que c’est impossible, mais ce n’est pas pour bientôt.

Si on en arrive à ce que Ind al Farissi, épouse de Ben Abdoul Aziz, me demande ce que je pense de l’organisation du Sommet, c’est parce qu’il y a un problème quelque part. Rien n’est clair dans la tête des autorités saoudiennes. Cela prouve aussi un manque de confiance, quelque part.

De même, il y a un manque de maîtrise des problèmes entre pays arabes. Il n’est pas envisageable que Kadhafi s’assied sur la même table que le roi d’Arabie Saoudite. On peut en dire autant entre le Président algérien et le roi du Maroc. Et, tous sont membres de l’Oci. Comment peut-on organiser un Sommet sans ces sommités ? Par ailleurs, la duplicité des autorités sénégalaises est en train d’être démasquée. Elles ont accordé à Kadhafi un projet de construction de la plus grande tour de l’Afrique de l’Ouest. Les arguments qu’elles ont fournis à Kadhafi pour l’amener à investir au Sénégal contrarient les arguments donnés aux Saoudiens pour que le Sommet se tienne à Dakar. Car, il y a de réelles frictions entre ces deux pays.

Les autorités sénégalaises tiennent des discours selon le contexte et le moment. Elles ne sont pas nettes et les arabes détestent ce genre de comportements qui sont aux antipodes des valeurs islamiques dont ils se réclament et qui sous-tendent l’organisation du Sommet.

Nous sommes, aujourd’hui, en face d’une situation où les Sénégalais sont en train d’exacerber les divergences entre les pays arabes. Et, ces derniers en sont conscients. La preuve, la personne qui dirige l’Anoci, (Ndlr : Karim Wade) privilégie maintenant plus les Emirats arabes unis et le Qatar que l’Arabie Saoudite. Les Saoudiens en sont conscients et savent qu’ils ont été utilisés, pour un moment, par un businessman.

Est-ce à dire que des doutes pèsent sur la moralité et le penchant islamique des personnes préposées à organiser le Sommet à Dakar ?

Je n’ose pas dire qu’ils ne sont pas des musulmans. Mais, les gens peuvent apprécier en tenant compte de leur histoire et de leur vécu. Un évènement religieux de cette nature exige que des hommes ayant un minimum de connaissance sur la religion soient à la tête. On nomme aux postes selon des critères non conventionnels. Le malheur est que ce sont des hommes qui n’ont aucune idée sur la loi islamique et la tradition prophétique, alors qu’on discute de ces points au Sommet. Notre religion, l’Islam, nous interdit de juger le degré de croyance d’un frère musulman. Mais, nous savons qu’il y a des comportements qu’un musulman qui aspire à organiser une manifestation au nom de la Oummah ne doit pas avoir.

Quels sont ces comportements auxquels vous faites allusion ?

En tout cas, je préfère mettre un grand point d’interrogation sur certaines choses. Mais, cela reflète l’état de notre diplomatie et de nos hommes. D’ailleurs, les signes ont commencé à se voir quand le chef de l’Etat, Me Abdoulaye Wade, reste trois jours sans pouvoir rencontrer le Roi. J’étais témoin de cet évènement. Sans oublier des ministres qui sont retenus aux portes du Palais royal.

A votre avis, peut-on organiser un sommet de l’Oci à Dakar sans y associer les arabisants ?

C’est impossible, en ce sens qu’il y a des arabes qui ne parlent ni l’anglais, ni le français. Qui doit accueillir ces gens-là et parler avec eux ?


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