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Macky Sall et Khalifa Sall

Khalifa Sall, Maire de Dakar : « En 2012, Macky m’a parlé de cette caisse et il l’a sollicitée »

« En 2012, c’est Macky Sall lui-même qui m’a parlé de cette caisse et qui l’a sollicitée.Je suis surpris, après 21 ans de fonctionnent, qu’on nous attrait ici à la barre », a confié Khalifa Sall, hier, au tribunal. Poursuivi pour détournement de deniers publics portant sur 1,830 milliard, le maire de Dakar clame son innocence et parle de procès politique.

Le maire de la ville de Dakar s’est prononcé, hier, sur la caisse d’avance. Il a contesté les faits qui lui sont reprochés, arguant qu’il s’agit d’un procès politique. « Comme je l’ai dit tantôt, je veux contester logiquement ces accusations. L’affaire est très simple. Nous sommes arrivés à la ville de Dakar en 2009 et nous avons opté pour une gestion transparente, efficace, de la ville et de manière participative. Avec tout le monde, nous nous sommes donné les moyens de notre politique, nous nous sommes toujours interdit de faire des choses anormales. Cette accusation est infamante et gênante, surtout quand elle concerne des faits dont tous les Sénégalais ont connaissance », tels sont les premiers mots, hier, de Khalifa Sall. S’agissant des faits, il rassurequ’il n’y a jamais eu de réunion avec ses collaborateurs pour faire des malversations. « Jamais ça n’a eu lieu, qu’aucun d’eux n’a reçu aucun centime de ces fonds. Ils n’étaient pas destinés aux agents de la ville. Et nous avons des documents pour le prouver », a-t-il dit avant de faire un rappel historique. A l’en croire, c’est le Président Senghor qui a été le premier à donner à des responsables, sur leurs demandes, des fonds pour leurs actions politiques. « C’est Senghor qui a validé l’existence de ces fonds politiques. Après la réforme de 1983, quand le maire est devenu l’ordonnateur, la tutelle existait. Les fonds politiques sont mis à la disposition du maire, celui-ci se justifie devant l’autorité de tutelle », a rappelé l’édile de Dakar. Selon lui, à partir de 1996, il n’y a plus de tutelle ni de contrôle. Le maire était responsable devant son conseil municipal. En ce moment-là, renseigne-t-il, les fonds politiques ont continué à exister et le maire recevait l’argent directement grâce à un mécanisme administratif et financier mis en place par le percepteur.

« C’est ainsi depuis 21 ans,  pourquoi maintenant… ?»

Le maire persiste et signe que ses collaborateurs n’ont rien à faire dans ce procès. « Il n’y a jamais eu d’entente ni de réunion. Ils n’ont même pas leur place ici dans ce procès. Vous savez, si en juin 2012 j’avais accepté l’offre politique, je ne serais jamais ici. Si durant mon incarcération, j’avais aussi accepté des propositions, je ne serais pas ici. C’est une affaire politique. C’est parce que j’ai pris une certaine position que je suis ici. Je continue à vous demander de libérer ces personnes, je suis le seul fautif pour avoir dit non », a dit le maire de Dakar. Par ailleurs, il a soutenu que ces fonds sont des fonds politiques. Pour étayer ses propos, il confie : « en 2012, c’est Macky Sall qui m’a parlé de ces fonds et qui les as sollicitées. En 2009, j’en ai parlé à Abdoulaye Wade pour solliciter ses conseils sur la gestion de cette caisse. Après 21 ans de fonctionnement de la sorte, c’est difficilement compréhensible qu’on nous attrait ici. Vous avez à juger un homme politique. Le rapport de l’Ige est gardé pendant 18 mois. J’ai demandé à ce qu’il soit déclassifié parce que c’est des félicitations pour l’essentiel. Nous n’en avons jamais fait un usage personnel ». Il ajoute : « à partir de 2009, pour la gestion de ces fonds, nous avons convenu avec le conseil municipal d’une gestion collégiale parce que les fonds étaient destinés à soutenir les populations de Dakar.

« Pourquoi nous ne voulons pas citer de nom »

Face au juge, le maire de Dakar a renseigné que l’argent de la caisse permettait de répondre aux besoins des populations de Dakar. Et, il yavait plusieurs sollicitations,notamment celles des administrations, des autorités coutumières et enfin celles des autorités religieuses et des populations elles-mêmes. « Il y avait les grands malades, problèmes de vie, problèmes primaires et élémentaires, sollicitationsde personnalités, leaders. Bref, ces fonds ont toujours servi à ça. Nous sommes aussi sollicités par l’Etat pour des manifestations comme le 4 avril ou les visites de chefs d’Etat. La nature de ces fonds est d’être discret, de ne pas être justifié », a dit Khalifa. Poursuivant son exposé, il indique que depuis 1978, il n’y a aucun document d’archive. « Chaque maire, au terme de son mandat, part avec ses notes et ce, jusqu’à Wade. C’est pourquoi nous avons été très surpris d’avoir été déférés ici parce qu’il n’y a pas d’autorités qui ne les connaissent pas. Ces fonds politiques ne servent pas au maire, ni aux agents, mais aux populations de Dakar ». Sur une question de savoir pourquoi il n’a pas voulu citer de nom, il dira que c’est parce que ces fonds sont sollicités par tout le monde. « Il y a des malades, surtout les grands malades, cancer prostate, cancer col de l’utérus. Parfois, ce sont de grandes autorités de ce pays qui viennent nous voir. Elles sont de tous les bords. Je ne donnerai jamais de nom. Ce n’est pas que nous ne pouvons pas donnez les noms, mais nous ne devons pas donner les noms. « Koussi sa mbokbokone do wakhdiokhèletoureum », a-t-il dit.

« Je n’intervenais qu’au moment de l’ordonnancement »

Au cours de son exposé, Khalifa Sall a également rappelé son rôle en tant que maire. « J’ai trouvé en place un mécanisme. En tant que maire, je suis ordonnateur et je n’intervenais qu’au moment de l’ordonnancement. Des documents composant les natures de la dépense me sont présentées. Ensuite je ne fais que signer. On m’amène le parafeur et tout a été fait en amont. Je n’intervenais qu’au moment de signer », a-t-il déclaré. Avant de poursuivre : « je n’intervenais que quand le parafeur est à mon niveau. J’interviens pour signer toutes les pièces qui accompagnent le mandat. Je signe 7 fois, mais je ne suis pas membre de la commission. Donc, je ne peux pas signer le procès-verbal parce que je ne suis pas membre. Je ne fais que viser le procès-verbal comme toutes les autres pièces d’ailleurs ». A l’en croire, son visa n’a qu’un seul sens, c’est de permettre au percepteur de savoir que ces papiers-là peuvent être payés. « En tant que maire, j’ai mis en place une commission de réception. Ils sont 3 membres et quand il y a deux signatures, je vise. En revanche, je ne peux pas affirmer que ce qui a été dit dans le procès-verbal n’a pas été livré. Ce que je peux dire, c’est qu’il a un mécanisme mis en place et qui est validé. Ce n’est pas mon rôle d’attester de la réception. Je vise le mandat et le décaissement, c’est tout ». Pour convaincre au tribunal qu’il s’agit de fonds politiques, Khalifa Sall indique qu’il y a six caisses d’avance à la ville. « C’est pourquoi je parle de fonds politiques. Pour la ville, une dérogation est permise par rapport à la réglementation pour que des fonds soient dégagés. Ce n’est pas moi qui ai dit donnez-moi l’argent. Si l’Etat n’était pas d’accord, ces fonds n’auraient pas fonctionné plus d’un mois. C’est pourquoi j’ai dit que ces jeunes ne sont que des victimes. Et ce processus dure depuis 21 ans maintenant. J’ai dit au Président que nous ne pouvons pas supprimer ces fonds parce qu’il s’agit d’un héritage, des fonds qui permettent d’aider les Dakarois. Depuis qu’on a arrêté ces fonds, on a eu un mort, une personne qui a perdu sa maison… ».

Cheikh Moussa SARR

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