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Khalifa sall, violences politiques, transhumance : Marcel Mendy fait le point

Invité de l’émission Grand Oral sur les ondes de la 97.5 Rewmi FM, Marcel Mendy a fait le rétrospective politique de l’année 2018. Journaliste, écrivain et spécialiste de la communication politique, il est revenu sur les procès dits politiques, la violence politique, les dernières élections législatives, la transhumance, entre autres sujets. Morceaux choisis.  

 Procès de Khalifa Sall

Je dois avouer que c’est une affaire très compliquée, pour ne pas dire complexe. Parce qu’elle intègre à la fois du droit et de la politique. Si on s’en tient strictement au droit, je crois que Khalifa Sall n’a pas nié ce qu’on lui reproche, objectivement parlant. Il s’est fondé sur une pratique qui a précédé sa venue à la tête de la ville de Dakar. Une pratique qui a été confirmée par feu Mamadou Diop lors de son témoignage. Et si je ne m’abuse aussi l’ancien, Maire Pape Diop n’a pas dit autre chose. Mais la loi est la loi, même si elle est dure. Quand on avoue, parce que l’aveu est la reine des preuves comme on dit, il faut s’attendre à ce que la loi s’applique à nous dans toute sa rigueur. Maintenant, la dimension politique, elle découle du fait que Khalifa Sall n’est pas n’importe qui. C’est un maire socialiste qui, par la suite, a eu des ambitions nationales. Peut-être que si Khalifa Sall n’avait pas manifesté des velléités, des ambitions nationales, la question ne se poserait pas. Mais dès l’instant qu’il prétend vouloir prendre la place de Macky Sall, et dès l’instant que Khalifa refuse de rallier, comme dit, à la guerre comme à la guerre. Personnellement, je suis triste pour Khalifa parce que c’est quelqu’un que je respecte beaucoup. Il m’a fait l’honneur d’assister à la cérémonie de dédicace de mon livre sur le cardinal Sarr. Vraiment, je ne lui souhaite pas un tel sort. Je ne suis pas surpris par sa révocation et je ne serai pas surpris si demain sa candidature est invalidée.

Violence politique

Parce que là il y a une logique implacable qui se manifeste. Si vous regardez, depuis son arrestation, la levée de son immunité parlementaire, la vitesse avec laquelle son procès a été conduit,… tout cela contribue à asseoir l’idée à l’opinion que Khalifa Sall n’a pas de chance d’être présent lors de l’élection présidentielle. C’est ma lecture et je peux me tromper. Pour la violence, ce qui se passe actuellement ne me rassure pas quant à la prochaine élection présidentielle. Depuis quelques temps, on assiste à des joutes verbales qui sont enrobées d’insultes et de calomnies. On est en pleine foire d’empoigne et ça n’augure rien de bon. Déjà que les acteurs ne sont pas d’accord avec les conditions d’organisation du scrutin, notamment par rapport au fichier et à la distribution des cartes d’électeur aux primo-votants, mais surtout par rapport à la présence d’Aly Ngouille Ndiaye comme Ministre de l’Intérieur chargé d’organiser le scrutin. Aujourd’hui, ce qui est à l’ordre du jour, c’est le parrainage avec la validation des différentes candidatures. J’avoue que ce qui risque de se passer à la fin du processus, c’est-à-dire à partir du 10 janvier, quand les choses seront claires, ceux qui ne sont pas retenus pourront constituer un peloton pour semer la pagaille, indépendamment des contentieux qui opposent le pouvoir à l’opposition.

2018, une année de transhumance

La transhumance est une vieille habitude de nos hommes politiques sénégalais. Il y a eu des départs des membres du Pds vers la mouvance présidentielle, et le cas le plus emblématique c’est Abdoulaye Baldé. Il avait déclaré sa candidature à l’élection présidentielle et il travaillait dans ce sens. Un jour on apprend qu’il a rejoint la mouvance présidentielle, ça ce n’est pas glorifiant pour lui. Ça le dénigre. C’est vrai que beaucoup font allusion à son problème avec la justice, mais il y a aussi des liens de parenté avec le Président de la République. Il y a tout un complexe de facteurs qui l’a poussé à abdiquer, à renoncer à sa candidature et à rejoindre le camp présidentiel. A mon avis, la transhumance a de beaux jours au Sénégal. Vous savez que les gens n’aiment pas trop être dans l’opposition parce c’est des sacrifices, des privations, des difficultés et quand on est dans les affaires, on n’a pas de marché… Puisque c’est le parti au pouvoir qui est dispensateur de privilèges, de prébendes, de faveurs, les gens ont tendance à retourner leurs vestes. C’est la raison pour laquelle je ne suis pas aussi surpris par la transhumance de Souleymane Ndéné Ndiaye. Il revendique son amitié avec le Président Sall et ils sont tous des fils de Wade. Pour Moussa Sy, il sait que les carottes étaient cuites pour Khalifa Sall, il a fait le calcul et il s’est dit qu’il a beaucoup à gagner s’il rejoint la mouvance présidentielle que de continuer à se battre aux côtés de Khalifa Sall. Toutefois, c’est quelqu’un qui a beaucoup d’estime pour Khalifa Sall.

Législatives mouvementées

Ce que j’ai constaté, c’est la division de l’opposition. Au départ il y avait une tendance unificatrice. Tout le monde espérait qu’ils allaient se fédérer autour d’une seule liste mais, à la dernière seconde, les ego ont dominé et le résultat, c’est que cette alliance qui était en gestation est morte de sa belle mort. Résultats des courses ? Ils ont eu les résultats qu’ils ont eus et la mouvance présidentielle a gagné. S’ils avaient gardé la dynamique unitaire, ils auraient pu faire mal. Mais le Gouvernement a été beaucoup plus subtil. L’opposition a perdu parce qu’il y a un problème d’égo. Personne ne veut être derrière l’autre. Pourtant, s’ils avaient gagné, ils pouvaient imposer une cohabitation au régime actuel. Par ailleurs, je pense que ce parrainage est un bon filtre. Non sans oublier la fameuse caution de 30 millions. Maintenant, ce que je regrette, c’est la manière avec laquelle le parrainage a été imposé. Le Gouvernement aurait pu dialoguer avec les autres partis pour discuter sur les modalités pratiques de cette disposition. Malheureusement, ce consensus n’a pas prévalu et l’Assemblée a voté cette loi. Les législatives ont également vu l’apparition de Sonko. C’est quelqu’un qui ira très loin parce qu’il est structuré et il tient un discours documenté. Scientifiquement, il est difficile à contredire, c’est pourquoi c’est des insultes et des quolibets qui s’en suivent. J’invite les tenants du pouvoir à faire très attention au phénomène Sonko.

Cheikh Moussa SARR

 

 

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