Confidences

Kharakhéna : Une vie au rythme de l’or

  • Date: 5 septembre 2016

Le Soleil- Il y a quelques années, Kharakhéna était cette localité difficile à trouver sur la carte du Sénégal. Le village était dans  le plus grand anonymat. Aujourd’hui, il suffit de lancer un moteur de recherche sur Internet pour se rendre compte que cette bourgade, située à environ 80 km de Kédougou, sur la route du Mali, est internationalement connue. L’or est passé par là. Kharakhéna est devenu le spot préféré des fêlés du métal précieux.  Il conditionne les modes de vie.

Au milieu d’un creux d’environ deux mètres de profondeur, à moitié rempli d’eau de pluie, Fanta Keita, pagne retroussé jusqu’aux genoux, filtre différents matériaux contenus dans une petite calebasse. Prudemment, elle bascule d’abord l’objet  de gauche à droite afin que les infimes particules se retrouvent au-dessous. Ensuite tout doucement, elle reverse l’eau  flottante dans la fosse et commence un travail d’exploration manuelle, les yeux grandement ouverts. Au bout de quelques minutes de recherche, elle s’immobilise. Avec le bout d’un doigt, elle extrait une petite lame brillante de la calebasse et affiche un petit sourire.  « C’est de l’or », nous informe-t-elle. Cette sorte de paillette en poudre est négligeable  aux yeux du visiteur, mais lui procure, elle, un grand bonheur.

Nous somme dans les sites d’orpaillage de Kharakhéna  communément appelés les « diouras ». Ce village aurifère situé à une soixantaine de kilomètres  de Kédougou, la capitale du Sénégal oriental, vit au rythme de l’or. Près d’elle, Abdoulaye s’active. L’argile qui couvre son corps mêlé à la sueur qui coule de son front, l’empêche de voir normalement.  Néanmoins, l’homme poursuit son œuvre.  Du fond du trou d’environ trois mètres de profondeur dans lequel il s’est engouffré, il extrait de la matière qu’il projette dehors. Deux gaillards, tous armés de  pelles artisanales, embarquent le matériau extrait de la fosse dans un mototaxi. A peine rempli,  le conducteur qui attendait impatiemment démarre, contourne les nids de poule et disparait.

Il va conduire le matériau au village, le faire laver pour espérer y trouver  le métal précieux. Il existe aussi, au village, une machine qui broute le matériau pour déceler l’or, s’il y en a. Son voisin d’à côté, lui, dispose de son propre appareil détecteur. Du fond de son trou, Mamadou pose son outil éclectique par ci et par là et écoute attentivement l’alerte qui tarde à venir. Mais il ne se décourage guère. « Un orpailleur n’abandonne jamais », nous lance-t-il depuis le fond de la fosse. Ici, chacun a son système et sa stratégie. L’essentiel, c’est de trouver le métal qui brille, même au péril de sa vie.  Kharakhéna, ce village qui, il y a 10 ans, était dans l’anonymat le plus absolu, est, aujourd’hui, sous la rampe des projecteurs. Sénégalais, Guinéens, Maliens, Gambiens, Burkinabés etc., y campent. Le but est le même : trouver de l’or.  Ceux  qui sont juste à l’entrée du « dioura » et dont les trous ne dépassent pas quatre (4) mètres sont appelés les « Kara-kara ». Mais plus loin, au pied de la montagne, l’activité d’orpaillage s’intensifie. Bienvenue dans les « damas », les vraies mines. Ici, les puits sont beaucoup plus profonds et le travail beaucoup plus mécanisé. On peut trouver un puits de 30 mètres de profondeur, voire plus. Cependant, la majorité dispose de perceuses électriques alimentées par des groupes électrogènes. « Nous travaillons en équipe. Si quelqu’un entre dans la mine, les autres restent dehors pour tirer la corde afin d’extraire le matériau. Au bout d’un moment, il sort et quelqu’un d’autre le remplace et ainsi de suite», explique Tidiane Boiry, un Malien venu se faire de l’argent dans ces « diouras ».

Selon Abdoulaye Ka, dans ces mines d’or, il y a plus de bruit et de fatigue que d’argent. « Les gens pensent que nous gagnons des millions ici, mais c’est loin d’être le cas. Nous n’avons que de quoi aider un peu la famille et pas plus. Le secteur souffre d’un manque d’organisation », estime ce « baol-baol » qui travaille dans ces sites d’orpaillage depuis 2013. A l’en croire, il n’y aucun risque dans ce travail comme beaucoup de personnes le pensent. «  La largeur de ces puits ne dépasse pas 1,5m. Je ne vois pas comment ils peuvent s’effondrer. Nous tenons aussi beaucoup  à nos vies. En tout cas, depuis que je suis là, je n’ai jamais vu quelqu’un perdre la vie dans les fosses. Les gens disent parfois des choses qu’ils ne maîtrisent pas », déplore Abdoulaye. Il reconnait n’avoir aucune difficulté particulière dans ce milieu très éloigné de son Baol natal.

« Tout se règle à l’amiable »

Ces mines sont sous la surveillance de près de 200 « tomboulmas ». Ce groupe composé que de Sénégalais a en charge  la sécurité du site et des travailleurs. Ils ont aussi pour mission de faire la médiation en cas de malentendus. « Tout se règle ici à l’amiable. D’ailleurs, nous anticipons le plus, sur les différends. C’est  pourquoi il est très rare de voir des  problèmes ici», raconte notre guide, membre du groupe des « tomboulmas ».
Cependant, beaucoup d’orpailleurs -surtout les étrangers- les voient d’un autre œil. « Les tomboulmas nous causent beaucoup de problème ici. Avant de  commencer à travailler, tu leur verses 15 000 FCfa. En plus de cela, ils nous font payer 10 000 FCfa tous les dimanches et 1000 FCfa tous les mercredis. C’est vraiment insoutenable pour nous. Et si tu ne paie pas, ils t’expulsent de la mine. C’est vraiment difficile  », se lamente Yaya Kane.
Cet  orpailleur malien qui dit travailler tous les jours, sauf les vendredis et les lundis, se plaint aussi du fait que les mines ne sont plus rentables comme avant. « Si je gagne un peu d’argent, je retourne dans mon pays. Ici, le travail est très difficile. Chaque jour, on vient à 07 heures du matin pour ne rentrer qu’à 19 heures », déclare le jeune Malien. Youssou Zongo, un Burkinabé qui travaille sur le site depuis quelques années, embouche la même trompette. Il pointe du doigt aussi bien aux « tomboulmas » qu’aux gendarmes. « En plus de la tracasserie des « tomboulmas » qui réclament trop d’argent, les gendarmes aussi nous créent beaucoup de problèmes.  Ils saisissent souvent nos mototaxis et nous réclament 12 000 FCfa pour la contravention. Les étrangers souffrent beaucoup dans le  « diouras » », laisse-t-il entendre. Les tomboulmas balaient d’un revers de mains ces accusations. « Ce qu’ils racontent est sans fondement ! ». Selon eux, les 10 000 FCfa demandés tous les dimanches ne leur appartiennent pas. Ce fonds est divisé en trois parties : la première va aux « dioulatiguis » (les propriétaires fonciers), la deuxième sert  à « négocier » avec les agents et la dernière est réservée à l’accueil des hôtes. « Par exemple, si vous nous aviez averti de votre visite, nous allions tout préparer avant que vous ne veniez : la boisson, les repas, etc. », explique un de leurs responsables.

Sous la hantise de la fermeture des « diouras »

Les orpailleurs vivent sous la hantise de la fermeture des « diouras ». Depuis quelques jours, on agite, ici, l’idée selon laquelle, les autorités veulent fermer « les diouras ».

« Je ne sais pas si c’est vrai où pas mais si c’est le cas, sachez que  c’est une très mauvaise décision. En ce moment, nous n’avons que ce travail pour gagner notre vie et subvenir aux besoins de nos familles», se plaint Abdoulaye Ka, ce chercheur d’or venu de Touba. Selon lui, en cette période de l’année où il est déjà trop tard d’aller cultiver les champs, si les mines sont fermées, tous ceux qui y travail iront en chômage. Lansana, « tomboulma » de son état, abonde dans le même sens.

Selon lui, ces mines contribuent à réduire la délinquance dans le pays. « Beaucoup de jeunes qui travaillent dans les « diouras » étaient dans des choses pas du tout catholiques. Aujourd’hui, il gagne honnêtement leur vie à la sueur de leur front. Dans les « diouras, les gens qui travaillent viennent de toutes les régions du Sénégal », explique-t-il. Ibrahima Keita, un autre « tomboulma », précise que s’il s’agit d’inciter les gens à cultiver la terre, les autorités doivent savoir que les cultivateurs de Kharakhéna n’ont pas abandonné leurs champs au profit de l’orpaillage. « Je viens comme ça des champs. Ici, tout le monde s’adonne à l’agriculture », tente-t-il de convaincre. Cependant, il souligne que si cette mesure devrait entrer en vigueur, il faut qu’elle soit applicable à tout le monde. «  Il arrive qu’on interdise aux populations locales l’accès aux mines, mais les étrangers, en complicité avec ceux qui sont chargés de la sécurité, y vont nuitamment pour exploiter. Nous l’avons vu de nos propres yeux », soutient-il.

De son côté, le secrétaire général des « tomboulmas », Tamba Keita, mène un plaidoyer pour l’ouverture d’autres mines. « Depuis 4 ans, nous n’exploitons que 27 hectares.  Cette surface s’est même réduite parce qu’un Blanc est venu avec des papiers nous dire que tout ce domaine lui appartient désormais. Il nous a parqués dans un petit carré», dénonce-t-il.

Par Maguette NDONG, Ndiok Maka SECK (textes) et Ndèye Seyni SAMB (photos)

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