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L’anorexie évolue plus vite que le traitement

Plus on agit tôt, meilleure sera la prise en charge. Une bonne raison de ne pas faire l’Autruche alors que tant de jeunes sont touchés
Il est des regards hallucinés qu’une vie de médecin ne peut gommer. Il avait 22 ans. Depuis six mois, il n’était alimenté que par perfusion. C’était un étudiant qui, pour échapper au service militaire faisait la grève de la faim à son arrivée à la caserne. Il était parti en septembre en riant, persuadé de passer Noël, libre, à la maison. Pourtant l’été approchait, et l’interne en médecine, impuissant, regardait ce corps d’une quarantaine de kilos se faire lâcher par ses reins. Le lundi suivant, il était mort…

Des études récentes viennent de nous rappeler que l’anorexie mentale n’est pas une maladie qui concerne exclusivement les femmes. On pensait que 90% des cas touchaient des jeunes filles, entre 12 et 20 ans. On évoque plutôt 30% de garçons. La forme masculine serait même plus grave, avec des intrications mal définies avec la schizophrénie. Aucune culture, aucune période de l’histoire n’a échappé à cette maladie, mais les pays riches, les milieux favorisés seraient toutefois plus touchés, sans qu’il soit possible de tirer des conclusions sur les causes réelles. La théorie de l’imitation des top-modèles faméliques n’est pas plus vérifiée que l’apparition de la maladie chez le nourrisson, comme l’affirment des pédopsychiatres. Pourquoi autant d’incertitudes et donc d’absence de règles précises de prise en charge ? La médecine déteste avouer son incompétence, surtout à comprendre … Reste pour les anorexiques et leurs familles un chemin de croix, pavé de rencontres médicales souvent contradictoires.

L’anorexie mentale, une lutte contre la faim et non pas la perte de l’appétit, fascine autant qu’elle dérange. La nécessité d’agir rapidement pour éviter l’épuisement physique pose clairement l’urgence du diagnostic de la maladie. La maigreur visible est trop tardive. Reste l’amaigrissement et surtout le franchissement d’une limite chiffrée de l’indice de masse corporelle. Sans céder à l’obsession du pèse-personne, il est important de suivre l’évolution de cet indice : en dessous de 18, on entre dans le monde de l’anorexie. Celle-ci n’est pas qu’une simple histoire de poids. On parle le plus souvent d’une mauvaise acceptation de soi et de mésentente familiale, mais quoi de plus banal à l’adolescence.

Certes un anorexique sur trois va guérir sans séquelles. Mais un sur trois conservera des troubles du comportement alimentaire, et surtout un mal être persistant. Le dernier tiers évolue vers une dénutrition grave et une dépression chronique. On estime que lorsque l’anorexie dure plus de dix ans le risque mortel est de 5 à 10%. Il existe des solutions qui réclament la mobilisation de l’entourage : famille, médecin généraliste, qui devrait être le premier à tirer la sonnette d’alarme, et des spécialistes : psychiatre et nutritionniste. Bien que les certitudes thérapeutiques soient manquantes, il faut sans attendre consulter les spécialistes.


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