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L’Etat va construire quatre nouvelles universités, selon le ministre Moustapha Sourang

Pour accompagner l’exploitation des ressources naturelles du Sénégal, le président Abdoulaye Wade a planifié une nouvelle carte universitaire en créant quatre nouvelles universités dites de troisième génération. Il s’agit, révèle le ministre de l’Education, de l’Université des Métiers de Saint-Louis, de l’Université des Savoirs de Dioubel, de l’Université du Commerce, du Transport et de l’Economie de Kaolack et de l’Université des Mines, de la Métallurgie et de l’Industrie de Tambacounda. Ce ne sont pas des éléphants blancs, tient à préciser Moustapha Sourang, qui indique que les études, les plans, les maquettes, les terrains (50 à 100 ha sur chaque site) et le financement sont disponibles (environ 70 milliards de francs Cfa). Les professeurs aussi. Selon lui, son ministère a reçu la demande de mille doctorants expatriés qui veulent venir enseigner au Sénégal.

Source : Walfadjri
Wal Fadjri : L’exploitation des mines de fer de la Falémée a été récemment lancée, on parle aussi des phosphates de Matam… Y a-t-il une politique de formation pour permettre au Sénégal de faire face à cette nouvelle donne ?

Moustapha Sourang : Effectivement. Au moment où nous découvrons des richesses naturelles dans notre sous-sol, le chef de l’Etat a planifié une carte universitaire permettant de prendre en charge la croissance économique du Sénégal. Parce qu’il nous faut des cadres pour mieux faire face à cette nouvelle situation. On a, maintenant, et vous l’avez rappelé, les mines de fer de la Falémée (Miferso) dont la phase d’exploitation vient d’être lancée, les phosphates de Matam et, peut-être, plus tard des perspectives pétrolières, etc., il nous faut, donc, une structure académique pouvant porter tout cela et qui aura l’avantage de donner aux étudiants en formation des perspectives immédiates de travail. Un pays qui réalise la coïncidence entre ses ressources naturelles et la formation adaptée de ses élites, est un pays qui a des chances énormes pour se développer. Sous ce rapport, on peut dire, sans risque de se tromper, que la croissance du Sénégal est réelle parce qu’il a des ressources dont le monde a besoin : le phosphate et le fer, par exemple. La Chine, à elle seule, consomme 250 millions de tonnes de fer par an, sans parler de l’Inde. Le phosphate est, aussi, un produit recherché parce que l’agriculture va être de plus en plus intensive, ce qui va appeler une forte utilsation d’engrais.

Wal Fadjri : Quelle est, concrètement, la stratégie adoptée par l’Etat du Sénégal dans le cadre de la formation pour une meilleure prise en charge de ses ressources naturelles ?

Moustapha Sourang : Pour accompagner la montée en puissance et le développement des ressources naturelles, le chef de l’Etat a lancé la création d’universités de troisième génération. Il s’agit de l’Université des Métiers de Saint-louis, de l’Université des Savoirs de Dioubel, de l’Université du Commerce, du Transport et de l’Economie de Kaolack et de l’Université des Mines, de la Métallurgie et de l’Industrie de Tambacounda. A l’horizon 2010-2011, le Sénégal aura presque dix universités, essentiellement des universités de développement, parce qu’elles sont en adéquation avec les ressources économiques réelles du pays. Et, pour le management de ces universités, autre aspect important, il y aura, à côté du recteur, un conseil d’administration dont le président sera issu du secteur de l’Industrie. Par exemple, le directeur des Ics ou des Miferso peut être coopté comme Pca. Ce qui assure une soudure organique entre l’industrie et la formation.

Wal Fadjri : Mais y aura-t-il assez d’étudiants pour peupler toutes ces universités ?

Moustapha Sourang : En 2000, le Sénégal comptait 12 000 bacheliers. Cette année, nous aurons 23 000 à 25 000 bacheliers. C’est une ville. Aussi, dans le cadre de la mise en place du dispositif d’encadrement, le chef de l’Etat avait donné des instructions fermes pour que tous les étudiants du 3e cycle bénéficient d’une bourse d’étude entière de 60 000 francs Cfa. Cela a boosté le nombre d’étudiants en 3e cycle. Mais, malgré tout cela, nous n’avons pas encore atteint le ratio parce que le Sénégal doit avoir 200 000 étudiants. En effet, chaque pays doit avoir 2 % de sa population en termes d’étudiants. Mais, le Sénégal compte actuellement 50 000 étudiants, à Dakar et dans le reste du pays, nous n’avons pas grand-chose. L’amibition, c’est de faire des nouvelles universités des pôles de 5 000 à 10 000 étudiants pour équilibrer Dakar et avoir des ratios de formation complémentaire dans les régions. Ce qui fait que les jeunes pourront être formés et avoir de l’emploi dans leur pays, mieux dans leur région d’origine. Par conséquent, ils n’auront plus besoin de venir à Dakar ou de s’expatrier. Dans cette dynamique, le chef de l’Etat a voulu anticiper pour ce qui concerne la deuxième et la troisième génération d’universités. Un plan d’urgence est dégagé, et le président Abdoulaye Wade a donné son accord, pour recapiciter les universités de Thiès, Ziguinchor et Bambey – dans la foulée, les universités de Dakar et de Saint-Louis seront également restructurées – et, à partir de 2008, faire tout pour que, dans les trois ans qui suivent, les quatre universités de troisième génération puissent être disponibles. Le Sénégal dispose actuellement de ressources matérielles sur lesquelles on peut s’appuyer pour faire une planification de formations assez lourdes. Ce sont des formations extrêment importantes du point de vue de l’adéquation formation-emploi. L’autre innovation technologique importante dans le cadre de la révolution du savoir, c’est que, désormais, les bacheliers littéraires qu’on considérait comme un handicap, peuvent bénéficier d’une formation de cinq à six heures en informatique. Déjà à Bambey et à Ziguinchor, il y a de jeunes littéraires qui font de l’informatique appliquée. Ceux qui sont dans les filières scientifiques feront Génie-informatique. Mais, le fait que tous les littéraires accèdent à l’Informatique, à la Gestion, à des formations, par exemple, sur les Transports moyennant des compléments mathématiques, constitue une rénovation et une révolution capitale parce que le nombre de bacheliers littéraires n’est plus un handicap. Et l’ensemble du dispositif du Sénégal en matière de formation va faire que, pour la première fois de l’histoire de notre pays, nous allons faire coïncider nos ambitions universitaires avec les potentialités réelles du pays sur quarante ans ou cinquante ans. Parce que rien qu’avec le fer de la Falémée, le phosphate de Matam et de Tobène réunis, on a au moins quarante ans d’exploitation qui vont surtout générer des emplois très lourds de Bac + 3 ou Bac + 5. C’est pourquoi, nous allons prendre en compte, dans les nouvelles universités, les vingt-deux métiers des Mines plus d’autres liées à l’Economie et à l’Informatique.

‘Nous avons reçu la demande de mille doctorants sénégalais qui veulent rentrer au bercail’.

Wal Fadjri : Y aura-t-il assez de professeurs pour dispenser des cours dans ces universités ?

Moustapha Sourang : Au moment où nous mettions en place les trois universités de deuxième génération que sont Thiès, Bambey et Ziguinchor, nous avions besoin de 60 enseignants, mais dans nos fichiers, nous avions reçu, par la suite, 500 demandes de doctorants. Actuellement, le nombre de doctorants qui enseignent dans les universités françaises et qui veulent rentrer au Sénégal, parce que la fonction a été revalorisée et qu’il y a des perspectives, est estimé à 800, voire 1 000. C’est une capacité d’un pays développé. Et sur ces 1 000 doctorants, les 95 % sont des mathématiciens, des physiciens, des chimistes, des spécialistes de biologie animale, de biologie végétale et des informaticiens. Il n’y a que 10 % de littéraires ou de juristes. Je reçois aussi beaucoup de demandes de la part de maîtres de conférence en service en France qui veulent rentrer au Sénégal. C’est qu’un professeur d’université dans une région du Sénégal gagne aussi bien sa vie que s’il était à l’étranger. Et, en termes de pouvoir d’achat, il gagne deux fois ce qu’il aurait pu avoir en Europe. L’offre en enseignants est donc très forte, et c’est ça le plus difficile quand vous montez des universités. Si bien que les universités de deuxième génération qui sont déjà montées et les autres de troisième génération en cours d’élaboration vont se renforcer naturellement.

Wal Fadjri : Mais, quel est l’état d’avancement du projet d’universités de troisième génération ?

Moustapha Sourang : Je rappelle d’abord que les trois universités de deuxième génération – Bambey, Thiès et Ziguinchor – ont commencé à fonctionner. Reste à faire l’évaluation avant d’attaquer la seconde phase. Pour ce qui est des universités de troisième génération – Saint-Louis, Diourbel, Kaolack et Tamba – les maquettes sont terminées (il montre les plans, les maquettes et les études) et, sur chaque site, nous avons au moins 50 à 100 ha déjà délibérés et disponibles. Le président Abdoulaye Wade a tout reçu et tout validé. Nous sommes en train de faire les montages financiers pour que dès 2008, et avant 2010, nous puissons construire ces universités pour qu’il y ait une élite intellectuelle capable de prendre en charge l’exploitation des mines. L’avantage stratégique de ces universités, c’est que quand les mines et les différents gisements seront exploités, le Sénégal n’aura plus besoin d’expatriés pour avoir une main-d’œuvre qualifiée. L’objectif, c’est qu’en 2010-2012, nous puissions dire voilà les ingénieurs des mines, spécialistes en métallurgie, en informatique appliquée.

Wal Fadjri : Mais, il ne s’agit pas seulement d’avoir une main-d’œuvre qualifiée. On a constaté que, souvent, ce sont les investisseurs étrangers qui bénéficent plus des retombées des exploitations de nos ressources naturelles. L’Etat du Sénégal a-t-il pris des mesures dans ce sens ?

Moustapha Sourang : Le chef de l’Etat a négocié le fait que le Sénégal puisse participer à la production, non pas en tant qu’actionnaire, mais en ayant sa part de production. Ce qui est aussi une dévolution juridique. Beaucoup de pays se contentent d’actionnariat. Si vous cumulez ça avec la possibilité de recruter des ingénieurs nationaux formés au Sénégal, ce sont des milliards de salaires. C’est pourquoi le système éducatif se bat pour s’adapter en proposant des formations ciblées pour ces secteurs-là.

‘Le budget du lycée moderne des jeunes filles de Diourbel est évalué à 3 milliards de francs Cfa, nous avons déjà 1,9 milliard de francs Cfa et un terrain de 10 ha’

Wal Fadjri : On a beaucoup épilogué sur les 40 % du budget national alloués à l’Education. Avec ces nouvelles universités, ce montant sera-t-il revu à la hausse ?

Moustapha Sourang : Oui ! Le président de la République l’a dit lors du Concours général. Comme je l’ai déjà rappelé, en 2000, nous avions 12 000 bacheliers, cette année, nous allons avoir 23 000, voire 25 000 bacheliers. C’est un résultat concret de la qualité. Pour l’entrée en sixième, nous avions eu en 2000, 44 000 élèves, cette année, nous allons en recevoir 110 000. Et il est clair que, dans le cadre de la mise en place du budget, ces résultats vont être pris en compte. Ce ne sont pas des dépenses perdues. Notons, par ailleurs, que le Sénégal fait partie de 30 % des pays qui, dans le cadre des objectifs des Omd, ont atteint la parité. Il y a autant de filles que de garçons dans l’élémentaire. Le taux brut de scolarisation au Sénégal est de 85 %, à peu près, dans le système francophone. Donc, les 40 % que nous avons mis dans l’Education, on les a rentabilisés. Et nous n’avons pas intégré les franco-arabes et les daaras qui, dans les autres pays du Sahel, sont pris en compte. Mais, tous nos partenaires sont d’accord pour qu’on les mette dans nos calculs. En fait, le taux réel de scolarisation au Sénégal, si vous faites la somme du francophone, de l’arabophone et du franco-arabe, est de 97 % au moins.

Wal Fadjri : Parmi les structures scolaires de troisième génération, il y a le lycée moderne des jeunes filles de Diourbel. Où en est ce projet ?

Moustapha Sourang : C’est un projet du président de la République dans le cadre du renforcement du leadership féminin. Comme le Sénégal a atteint la parité, il fallait avoir un lycée qui répond à cette nouvelle donne. Mariama Bâ a atteint ses limites objectives. Il a une capacité de 200 places alors que les effectifs croissent de manière extraordinaire. C’est ainsi que le chef de l’Etat a demandé que l’on fasse un lycée d’une capacité nationale – qui peut accueillir 3 000 élèves en internat – sur la base d’une sélection des meilleures jeunes filles de chaque région. Il y aura une dominante des métiers scientifiques, mais il y aura aussi des domaines littéraires de pointe. Le budget est évalué à 3 milliards de francs Cfa, nous avons déjà 1,9 milliard de francs Cfa et un terrain de 10 ha. D’ailleurs, je vais poser la première pierre la semaine prochaine (cette semaine, l’entretien a eu lieu samedi dernier : Ndlr). Sur le site de Mariama Bâ, comme l’a proposé le président Wade, on pourrait ériger un lycée d’excellence pour les génies.

Wal Fadjri : Quel est le coût global de tous ces projets ?

Moustapha Sourang : Le lycée des jeunes filles de Diourbel va coûter 3 milliards de francs Cfa, l’Université des Métiers de Saint-louis avec tous les équipements, environ 30 milliards de francs Cfa, l’Université des Mines, de la Métallurgie et de l’Industrie de Tambacounda, 19 à 20 milliards de francs Cfa, l’Université des Savoirs de Dioubel et l’Université du Commerce, du Transport et de l’Economie de Kaolack, 10 milliards de francs Cfa chacune. Soit à peu près 73 milliards de francs Cfa.

Wal Fadjri : Comment l’Etat du Sénégal compte-t-il financer tout cela ?

Moustapha Sourang : Je rappelle que les Universités de Bambey et de Ziguinchor ont été construites sur financement propre de l’Etat du Sénégal à partir du Budget consolidé d’investissement (Bci). Les universités de troisième génération seront également financées sur le Bci, mais l’Etat du Sénégal fera appel à ses partenaires étrangers.


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