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L’euro fort pénalise les exportations de la zone CFA, la parité en question

L’arrimage du franc CFA à un euro fort, qui a dépassé 1,36 dollar mercredi, pénalise fortement les exportations des pays de la zone franc, où la solution d’une indexation sur un panier de monnaies, plutôt qu’une nouvelle dévaluation, semble recueillir de plus en plus de voix.

La parité FCFA/euro, héritée de l’indexation sur le franc français, garantit la convertibilité du CFA dans toutes les monnaies étrangères et un contrôle accru sur l’inflation.

Mais aujourd’hui, du fait d’un euro très fort, notamment par rapport au dollar, la compétitivité des produits de la zone a subi une chute notable.

Au Burkina Faso, l’arrimage du franc CFA à l’euro met la filière coton au bord de l’asphyxie, alors que « l’or blanc », principale ressource d’exportation du pays, procure 60% des recettes publiques.

La baisse du dollar, devise de référence pour le coton, face à l’euro fait chuter de 25% la valeur du kilo de coton, alors que les coûts de production locale restent extrêmement élevés.

Jonas Bayoulou, économiste et inspecteur général à la Société des fibres textiles (Sofitex), la plus importante du Burkina, explique qu' »avec le cours actuel de l’euro, la valeur du coton ne permet même pas de couvrir les coûts de production.

« Avec une parité égale dollar/euro, les sociétés cotonnières de la zone franc pouvaient s’en sortir » le kilo de coton revenant à 820 FCFA (1,25 euro) sur le marché international », rappelle-t-il.

« En revanche, avec le cours actuel du dollar face à l’euro, le kilo ne vaut que 616 FCFA (0,94 euro), un prix inférieur aux coûts de production », qui s’élèvent entre 630 FCFA et 650 FCFA par kilo » (entre 0,96 et 0,99 euro), déplore l’économiste.

En 2005, les trois grandes sociétés cotonnières burkinabè ont subi des pertes de près 40 milliards de FCFA (environ 61 millions d’euros), selon les autorités burkinabè.

« Toutes les matières premières: café, cacao, coton, sont touchées », souligne M. Bayoulou, pour qui « une seconde dévaluation modifierait positivement la parité euro/FCFA et gonflerait les recettes à l’exportation ».

Cette solution ne semble pas d’actualité si l’on s’en tient aux récentes déclarations du gouverneur par intérim de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’ouest (BCEAO) Damo Justin Baro.

« La dévaluation du franc CFA n’est pas la solution face au problème de compétitivité, y compris pour la filière coton confrontée aux subventions des pays riches », a estimé M. Baro lors d’une réunion des instituts d’émission de la zone franc (BCEAO et Banque centrale des Etats d’Afrique centrale, BEAC, 14 pays au total) début avril à Lomé.

« La dévaluation immédiate n’est pas une bonne politique car c’est une politique de court terme », confirme l’économiste sénégalais Moubarak Lô.

« Si demain l’euro baisse, faudra-t-il alors réévaluer le FCFA? », interroge-t-il, estimant que la meilleure solution serait « l’indexation du franc CFA sur un panier de monnaies » (euro, dollar, yen et yuan par exemple).

Cet ajustement « en douceur », prôné par d’autres économistes africains tels l’ancien ministre burkinabè des Finances Zéphirin Diabre, pourrait éviter la répétition du traumatisme de la dévaluation de 50% en 1994, selon ses promoteurs.

« Plus conforme à la logique du marché international », cette formule permettrait d’après M. Lô de « se prémunir contre une vulnérabilité aux chocs et de gagner à la fois en compétitivité et en stabilité ».

« Ce qui est clair, c’est qu’on ne peut pas continuer le statu quo. Les pays africains de la zone franc enregistrent trop de difficultés pour exporter », conclut-il.


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