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L’ignorance des députés « sauve » le ministre de l’Elevage

La question d’actualité posée avant-hier, mercredi, au gouvernement par le député Mamadou Bamba Ndiaye et relative à la menace de famine pesant sur le bétail dans certains départements, a reflété une fois encore les limites de la représentation nationale sur certaines questions majeures. Leur ignorance du problème soulevé a mis à l’aise Oumou Khayri Guèye Seck qui leur a servi à gogo « un bon plat d’aliment de bétail » qu’ils ont consommé sans modération.

Source : Sudonline
Le plaidoyer du ministre de l’Elevage, hier à l’Assemblée nationale, ferait frémir les personnes averties des réalités pastorales du pays et au premier chef les petits éleveurs. À l’en croire, « les cinq usines produisant de l’aliment de bétail et/ou de l’aliment de volaille et qui ont une capacité de production de 300.000 T produisent en deçà de leurs capacités parce qu’en période normale, la demande exprimée n’excède pas 200 mille tonnes. Et c’est durant les années où il y a une période de soudure longue que la demande augmente pour atteindre les 254 mille tonnes. Poursuivant dans ses explications, le ministre indique que « les usines ne pouvant prévoir a priori si la pluie va commencer tôt ou tardivement, elles ont une attitude rationnelle et prudente et c’est pourquoi ils produisent juste ce qu’il faut et c’est quand la pénurie se déclare qu’elles essaient de compenser le manque et souvent elles n’y arrivent pas rapidement. Et c’est cette situation qui prévaut cette année », ajoute ainsi le docteur Oumou Khairy Guèye Seck en réponse à la question d’une famine éventuelle du bétail dans certains départements du pays.

En matière de prophylaxie, elle a aussi soutenu que « l’aliment de bétail, qui est un aliment complet et complémentaire fabriqué à partir du son de blé, d’où son appellation, ne sert pas à nourrir le bétail ». La ration de base étant constituée de fourrages, « l’aliment de bétail, qui est un concentré, vient en appoint, après que les problèmes d’entretien et de production sont réglés », dira t-elle. Non sans préciser que cet aliment cible « les zones et les éleveurs les plus vulnérables et les veaux, les vaches en gestation, les animaux de trait comme les bovins, les ânes et les chevaux ». Et la stratégie du ministère est basée en tout premier lieu sur l’exploitation du pâturage naturel parce que l’élevage au Sénégal est plutôt extensif à 90 %. Paraphrasant le député Samba Diouldé Thiam, le ministre de l’Elevage soutiendra que « c’est quelque chose de structurel, un mode de vie, une culture qui est là depuis des millénaires et qu’on ne peut changer du jour au lendemain ».

Sur la proposition du député Mamadou Diouf visant le stockage de l’aliment de bétail, Dr Seck balayera d’un revers au motif que « c’est impossible ». La préoccupation de Mousli Diakhaté sur l’Opération sauvegarde du bétail (Osb) sera satisfaite par le ministre qui a estimé que « ce sont 2000 tonnes qui ont été dégagées par le gouvernement ». En occultant de préciser que sur ce tonnage, seules 1200 tonnes sont distribuées à l’heure actuelle dans les zones les plus difficiles. C’est sur cette lancée que Dr Seck martèlera : « il revient aux éleveurs d’assurer eux-mêmes la sécurité alimentaire de leur cheptel ». Il en est de même pour le déparasitage des animaux qui sont à leur charge, si l’on sait que, dit-elle, « la médecine vétérinaire est privée ». Au chapitre des mesures prises par le gouvernement pour rentabiliser le secteur, le ministre évoquera l’important programme de modernisation de l’élevage mis en œuvre par la tutelle. Celle-ci, dira t-elle, repose sur « la stabulation, l’amélioration génétique par l’insémination artificielle et le transfert embryonnaire mais aussi sur l’initiative privée ». Non sans avertir que « c’est un long processus et ce n’est pas demain la veille qu’on va aboutir à sa fin car les pays qui l’ont réussi l’ont au moins fait sur cent ans alors que nous, on vient à peine de commencer ».

Par ailleurs, Dr Seck estimera que l’Etat compte sur les unités pastorales qui permettent de rationaliser l’ensemble des ressources pastorales (eau, pâturages, la vie commune…) et de régler la transhumance. Et le gouvernement aide les éleveurs qui les composent à mettre en place des plans de gestion. Au total, dans ces unités pastorales, les éleveurs décident souverainement des actions d’améliorations qu’ils veulent apporter à leur cheptel.

Des cinq députés qui reviendront sur le prix de l’aliment de bétail, Mohamed Habibou Ndiaye, le ministre du Commerce estimera que « le prix, qui est libre n’a toutefois pas grandement varié car il n’a été que de 8 % de 2005 à juillet 2007 ». Il informera en outre qu’ « une lutte est engagée contre les spéculateurs dont les commandes sont enregistrées mais la livraison différée ». Ainsi, les clients traditionnels « sont priorisés et les Grands moulins de Dakar, leader sur le marché, viennent de porter leur production quotidienne de 6.000 à 9.000 tonnes », a-t-il poursuivi. En plus, « 1352 tonnes de graines de coton sont sur le point d’être acheminées », dira le ministre.


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