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L’Université de Dakar a 50 ans

1957-2007. L’université de Dakar fête ses cinquante années d’existence. Dans la joie, une certaine nostalgie, mais aussi dans la douleur et quelques regrets. Au cours de ce long chemin parcouru, l’espace universitaire a connu des belles époques. L’Ucad n’en a pas moins éprouvé les contre-coups de tous les mouvements qui ont marqué son évolution depuis les évènements de mai 1968.

Source : Sudonline
En ce mois d’avril, c’est bien une université en crise qui célèbre ses cinquante ans. Moment d’introspection, moment aussi de profondes réflexions autour des 50 ans de vie de la grande institution qu’est devenue l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Au cours du sympathique petit-déjeuner qui a réuni hier jeudi à Dakar, autour du recteur Abdou Salam Sall et du comité scientifique du cinquantenaire, l’ensemble de la presse, le débat a été centré sur tous les problèmes qui minent encore la vie de l’une des plus vieilles universités d’Afrique subsaharienne. Une institution marquée par une sorte de transition bloquée qui ne devait jamais aboutir.

« L’enseignement supérieur : enjeux et perspectives » le sujet est donc là posé sans qu’on soit sûr qu’il trouvera une réponse d’ici à la clôture des célébrations du cinquantenaire le 18 décembre prochain. Changer le monde en changeant de mode de fonctionnement et d’opérations, voici résumé le contenu des réflexions qui devrait aussi sortir au mois de décembre 2007, l’université de la crise dans laquelle elle est plongée depuis la fin des années 1960, sans avoir pu trouver un moment, les solutions pour répondre aux mutations passées, actuelles et à venir dans la société sénégalaise. Bloqué et centré sur elle-même, l’espace universitaire sénégalais est resté ancré dans un environnement hostile, précaire, austère, sans vie laissé aux étudiants protestataires et « politiciens », à des enseignants démunis et sans perspectives d’évolution.

En vérité, tout ce bordel n’a fait qu’aggraver la situation de l’université sénégalaise, en l’aidant à devenir de plus en plus anarchique, plus désorganisée. Le moment est venu donc au bout de cinquante ans, de sortir de la longue léthargie qu’a connue l’espace en quarante ans depuis les évènements de mai 1968, et de le faire entrer dans une ère nouvelle pour la vie. Hier après avoir rappelé que l’université de Dakar, prévue pour compter une dizaine de milliers d’étudiants, a dépassé aujourd’hui, selon lui, la barre des 50.000 étudiants répartis au niveau des différentes Facultés et instituts, le recteur a, semble-t-il, voulu tirer au cours de cette conférence de presse, un énième cri d’alarme.

L’université de Dakar, un des cadres de référence de l’enseignement supérieur, en Afrique de l’ouest, jusqu’à une date récente, où elle a passé le relais à nombre de grandes écoles africaines, comme l’Université d’Abidjan, a été à la base de la formation de nombre de cadres et technocrates africains. Mais, avec le temps, la qualité de son enseignement comme ses énormes capacités de recherches ont pâti de la convergence de nombre de petits problèmes qui ont contribué au recul de son plateau pédagogique.

Pour le recteur Salam Sall, elle a aussi fait les frais de la difficulté de l’Etat, son seul bailleur depuis toujours, à relever les défis de la modernisation de son espace qui devenait chaque année, de plus en plus envahi et beaucoup moins attrayant. Le Sénégal a-t-il d’ailleurs, les moyens, en la laissant dans sa configuration actuelle, de bâtir et d’accompagner une université moderne, ouverte sur le monde et au cœur des innovations. Non ! estiment les autorités universitaires actuelles dont le recteur, qui a estimé qu’avec un nombre d’étudiants aussi élevé, rien ne peut aller dans le sens de gagner un tel pari.

Dans cette ambiance, l’Etat a eu beaucoup de mal à renouveler le plateau technique, occupé qu’il a été, à jouer aux sapeurs pompiers, tous les ans, au moment des grèves quand les étudiants se mettent à demander plus de riz de qualité au resto, à détruire du matériel d’usage des restaurants. A se battre pour plus de viande de qualité, de pâtes de à l’italienne ; pour un nombre de chambres et de lits plus importants. Les exigences du campus social ont fini dans ce contexte par prendre le dessus sur les questions pédagogiques et matérielles au sein des Facultés et instituts. Là est le véritable malaise de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

Tout cela, pendant qu’au même moment, les laboratoires se meurent, le matériel d’enseignement vieillit, les professeurs confrontés à la précarité de leurs conditions de vie, changent d’avenir et préfèrent émigrer vers d’autres universités du monde s’ils ne sont pas recrutés par d’autres institutions internationales. Oui, avec amertume, Abdou Salam Sall a reconnu qu’avec seulement un maigre budget de 16 milliards de Fcfa, on ne peut faire face à autant d’urgences. Dans cet univers au sein duquel on trouve une ville virtuelle peuplée de quelque 55.000 habitants, travaillent aussi 1100 enseignants et un tout le personnel de l’administration comme ce monde venu des quartiers alentours qui s’ajoutent à toute cette masse de gens dont il faut veiller à la qualité de la vie. Oui, l’université fête ses cinquante ans dans une sorte de désastre chaque fois reporté, qui reste cependant quasi-imminent à tout moment.

Un monde de fractures

Comme un microcosme de la société sénégalaise, l’université de Dakar a fédéré depuis 30 ans, toutes les frustrations, crises et problèmes graves qui caractérisent la société sénégalaise. Pour preuve, au lieu de former des cadres, des chercheurs, et des hommes et femmes d’entreprise, elle est devenue le domaine privilégié des jeux de la mort et de la lutte pour le pouvoir que mènent les partis politiques entre eux. Elle a été prise en otage par toutes ces composantes, jusqu’au pouvoir actuel de Wade, qui traîne derrière lui l’affaire Balla Gaye, mort dans le campus et encore pendant devant la justice. On se rappelle de toutes les manipulations de l’opposition contre le régime honni du Parti socialiste sous Abdou Diouf qui ont conduit à la fin des années 1980 (après les élections de février de 1988) et au milieu des années 1990 (en 1994 précisément), à deux années blanches. Cela, en l’espace de six années seulement.

Un espace de vie pluriel sans âme

Les principaux symptômes du malaise de l’université de Dakar ne viennent pas seulement de la dégradation des cadres d’enseignement que sont les amphithéâtres, les laboratoires, mais ils sont aussi et surtout autour de la pression qui s’est exercée sur le cadre de vie lui-même. Parce qu’à la crise des méthodes et systèmes d’enseignement, s’ajoute celle de la désagrégation du des infrastructures et de l’environnement en général, au cours des trente dernières années.

Ceux qui ont connu ce bel espace au cours des années 1970-1985 et tous les espaces verts qui s’étendaient devant la bibliothèque universitaire, les facultés des sciences et sa voisine la Faculté de droit et de sciences économiques, se rappellent encore d’une sorte bois villageois très bien entretenu à l’intérieur de la ville de Dakar. Que dire d’autres sur la faculté de médecine et de Pharmacie, avec ses plantations de cocotiers et de filaos, qui sont entrain de rendre petit à petit l’âme, sans aucune mesure de réhabilitation.

Ce n’est sans doute qu’un indice dans la longue marche qui a mené l’université de Dakar dans une sorte de descente aux enfers qui ne dit pas son nom. Aujourd’hui, pour sauver tout ce patrimoine, le recteur parle d’un partenariat ouvert qui devrait permettre à l’institution de rappeler à son chevet tous les moins jeunes et adultes qu’elle a aidé à former et dont elle a fortement influencé la formation et la carrière professionnelle. Comme pour dire qu’elle devra s’ouvrir davantage, écouter sa société, lui parler, échanger avec elle pour mieux comprendre ses problèmes, ainsi que le vécu des femmes, des vieux, des jeunes etc.

Un demi-siècle d’isolement à oublier

Aujourd’hui, le défi, pour les autorités universitaires et sénégalaises, est de parvenir à s’ouvrir davantage sur le monde. S’ouvrir sur le monde passera, selon le recteur de l’Université de Dakar, par impliquer davantage d’autres bailleurs dans la gestion des campus, Facultés et instituts.

Cela devrait aussi être facilité par la mise sur pied de la future fondation de l’université, mais aussi de l’attente plutôt optimiste, qui a été exprimée à l’endroit du secteur privé. Parce que ce que déplore M. Sall est que l’Université est restée depuis ancrée dans une certaine histoire de nos relations avec la France qui l’a quasiment maintenue dans une situation d’université de l’hexagone. Au lieu d’en faire une université sénégalaise, africaine et du monde. L’autre mal est aussi là. Pour évoluer, l’institution a besoin d’aborder autrement son avenir. L’occasion lui est offerte avec cette commémoration.

C’est dans ce cadre que la création d’un centre multiculturel est aujourd’hui envisagé, confié à un ancien doyen de la Faculté des lettres et sciences humaines, M. Aloïse Raymond Ndiaye, par ailleurs ancien vice-président de l’Aupelf-Uref. Plongée au cœur de la ville, l’université de Dakar devrait gagner par conséquent, à moderniser ses rapports avec la ville, les collectivités locales au sein desquelles, elle a eu à se déployer. Aujourd’hui, si la construction de l’Ucad II a permis de décongestionner certains amphis, elle n’a pas achevé le désir de modernisation plus soutenu des autorités actuelles autour du recteur.

Du travail, beaucoup de travail reste encore à faire dans ce domaine. Il passera par la capacité qu’ont ces mêmes autorités à attirer d’autres partenaires dont des bailleurs, des partenaires, des fondations, pour aider l’université à se sortir de la crise. L’Etat ne fera pas tout. Il est temps de trouver d’autres moyens à mettre à la disposition de l’institution. Cela devrait passer sans doute, pour le recteur par un certain nombre de mesures dont le relèvement pour tous, des frais d’inscription et le maintien du flux d’étudiants à affecter tous les ans dans les Facultés. Même si cela ne plaira pas à tout le monde, de ramener le nombre d’étudiants à un niveau plus humain, plus adapté à l’espace, il le faudra pour sauver ce qui reste de la grande école de Dakar. L’université est polluée parce qu’elle n’a pas les moyens de faire face à la demande de tous ces étudiants qui viennent tous les jours y suivre un enseignement.

Un autre combat à gagner : la lutte contre la fuite des cerveaux

L’un des derniers défis que devrait relever pour demain, l’université africaine, se trouve être la fuite des cerveaux. Depuis la fin des années 1980, l’université de Dakar a perdu nombre de ses vieux enseignants. Si certains ont atteint la limite d’âge, d’autres ont choisi, pour des raisons d’opportunités, de moyens pour d’autres, si ce n’est pas à cause de la politique, d’aller prêter leur savoir et leur expérience ailleurs.

A côté des Professeurs Abdoulaye Bathily et Iba Der Thiam, qui ont opté pour la vie politique, on peut citer d’autres comme Mohamed Mbodji et Mamadou Diouf tous deux historiens. Mais encore le philosophe Souleymane Bachir Diagne et tant d’autres encore. Pour le recteur Abdou Salam Sall, il s’agit de tirer profit des expériences de toutes ces sommités qui vivent pour l’essentiel aux Etats-Unis ou au Canada en les invitant à revenir donner un enseignement pendant une partie de l’année académique. La célébration des cinquante ans de vie de l’institution passera donc par ces moments exaltants aussi et surtout, marqués par le retour de tous ceux qui ont fait une partie de leur vie d’étudiants ou d’enseignant à Dakar.

Ils ont nom Ousmane Kamara, pendant longtemps ministre de l’Enseignement supérieur sous Léopold Sédar Senghor, Amadou Mactar Mbow, ancien ministre de l’Education nationale du même Senghor et pendant très longtemps Directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture (Unesco). On peut citer encore le professeur Iba Mar Diop, Docteur en médecine, ancien doyen de la Faculté de Médecine et de Pharmacie ou encore Souleymane Niang, professeur de Mathématique, ancien recteur de l’Université de Dakar, membre de l’Académie des Sciences.


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