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La crise de l’éducation au Sénégal, quelle alternative ? (Par Cheikhou TOURE)

  • Date: 9 juillet 2015

 Quoi de plus important, pour un pays que l’éducation et la formation d’un capital humain de qualité ? Les concepteurs du Plan Sénégal Emergent et des plans antérieurs l’ont bien compris en le choisissant comme axe stratégique majeure.

Pourtant  tous les lieux d’éducation et de formation qui prévalaient dans nos sociétés traditionnelles ont disparu ou ne jouent plus leurs rôles d’éducation aux valeurs. Dans le même temps l’école conventionnelle ou dite moderne a comme fonction dominante l’instruction et non l’éducation aux valeurs et à des comportements décents et citoyens.

En effet, la famille, la case de l’homme pour la circoncision ou de la femme pour le tatouage, le daara ou école coranique, les ateliers artisanaux ou activités économiques des parents sous leur forme traditionnelle le quartier ou le village siège des « peñc » n’existent plus ou ont perdu leur fonction d’éducation et de régulation sociale et économique parce que agressés et déstructurés par la mondialisation et un ensemble de chocs exogènes.

L’école conventionnelle ou « moderne » est réduite à l’enseignement de disciplines qui sont dispensées à travers des méthodes qui n’ont aucun effet sur  l’acquisition de comportement adéquat ou de compétences même si les caractérisent abusivement d’Approche par les compétences (APC).

La majeure partie des médias sous toutes leurs formes passent leurs temps à diffuser des antivaleurs qui se traduisent par des comportements indécents et extravertis centrés sur la déification de l’argent et des aspects artificiels et matériels de la vie.

Comment alors, face à ces transformations de la fonction éducative et de la société faut-il s’étonner  que nous soyons en permanence secoués par des crises sempiternelles dont les grèves ne sont que la face visible de l’iceberg.

Ces crises sont entrain d’hypothéquer la vision formulée par les assises, du type de sénégalais que nous voulons, c’est à dire ; « un citoyen, éduqué, compétent, enraciné et ouvert », capable de s’insérer dans le marché du travail et de manière harmonieuse dans sa société, puis dans le monde d’aujourd’hui. C’est pour dire tout l’enjeu qu’il y’a à résoudre la crise de l’éducation et la formation au Sénégal qui dépasse l’école conventionnelle et affecte toute la société dans son entièreté.

Mai 1968 marque la première manifestation de cette crise sous l’effet  de la crise du même nom née en France. Depuis lors comme une onde de choc, elle nous à conduit aux grèves des années 70 pour culminer aux Etats Généraux de l’Education et la Formation (EGEF) en 1981. La non application des conclusions de la commission nationale de réforme (CNREF), à cause des plans d’ajustement structurels, nous conduit pour la première fois à une année blanche en 1988. Après quelques répits pendant les années 90, l’onde de choc a continué à secouer le système éducatif et la société avec une multiplication des organisations syndicales qui sont passées de deux (02) en 1970 à une soixantaine aujourd’hui. L’irruption de la politique sur le champ syndical et l’enjeu des check off sont passés par là amenant plus de difficultés dans les négociations syndicales. En outre, le non respect des engagements pris par le gouvernement et la déstructuration de la fonction publique par le réaménagement des salaires et des indemnités sans une étude préalable approfondie, sont venus compliquer davantage les choses.

Souvent, on se concentre sur les grèves qui ne sont que des manifestions de la crise et on perd de vue le fait que la crise de l’école et celle de la société sont inextricablement liées. De la crise de l’école, elle est devenue la crise des valeurs de notre société.

Des programmes et des revues annuelles se succèdent, concernant le PDEF de 2000 à 2011, le PAQUET de 2012 à 2025 sans que l’on sente venir les transformations qualitatives et managériales attendues. C’est ce qui justifie l’organisation des assises nationales de l’éducation et de la formation, et indirectement les effets escomptés de l’acte III de la décentralisation au niveau du secteur de l’éducation. Une alerte est ici nécessaire car le Sénégal est connu pour la qualité des documents qu’il produit mais qui souvent pêche par l’absence ou l’inefficience quant à leur application. C’est ce qui explique que le pays fait partie de ceux qui investissent de plus dans l’éducation sans que l’on puisse apprécier réellement l’impact sur la citoyenneté, l’éducation, les compétences et la capacité des formés dans le marché du travail et la société vers un développement durable.

Quelle alternative viable proposons-nous face à la crise ?

·Malgré l’acte III, le système éducatif est resté encore fortement centralisé avec comme inconvénient un dialogue complexe et peu clair entre partenaires sociaux et Etat. Ce manque de clarté entraine  des politiques moins adaptées  aux besoins des différents territoires,

·Les inspecteurs de l’éducation et de la formation (IEF) continuent  à signer des contrats de performances avec seulement le Ministère et non avec les responsables des collectivités locales sur la base d’un diagnostic approfondi des besoins de leurs territoires pour une transformation qualitative des savoirs et des conditions de vie des populations,

·Aujourd’hui l’acte III devrait être une opportunité pour transférer  à chacune des 557 communes du Sénégal et aux 42 conseils départementaux la gestion intégrale, selon le cas, de la petite enfance, de l’élémentaire, des daaras, du moyen, du secondaire, de l’apprentissage, de la formation technique et professionnelle et de l’éducation non formelle des jeunes et des adultes. Si cela est conduit de manière correcte les sortants de ces structures devraient pouvoir acquérir des comportements et des compétences qui les préserveraient des nombreuses grèves d’étudiants dans le supérieur, à condition que les conditions matérielles soient au rendez-vous. La formation pédagogique des enseignants du supérieur pourrait également être un élément de facilitation.  Les IEF joueront au niveau déconcentré leur  rôle de bras technique afin d’aider à mettre en place une offre adaptée pour répondre aux besoins spécifiques de chaque territoire. Un effort particulier devra être fait en ce qui concerne la formation des collectivités locales et  inspecteurs afin qu’il n’y ait pas d’équivoque sur leur rapport hiérarchique,

·Une commission multipartite pilotée par le responsable de la collectivité prendrait des décisions consensuelles sur l’ensemble des problèmes. Sur la base de la majorité absolue elle aurait en charge la gestion des personnels dont les salaires, les infrastructures et équipement, les manuels, bref  tout ce qui est investissement, fonctionnement et transferts, au plan budgétaire. L’un des rôles de la commission devrait être d’éviter des décisions arbitraires, manquant de pertinence ou d’efficience. C’est à mon avis la meilleure manière d’assurer la territorialisation des politiques publiques notamment dans le secteur de l’éducation,

·Les comités de gestion des établissements seront généralisés et  audités périodiquement par des délégués des AG  des conseils de quartiers. C’est l’un des meilleurs garants visés par le PAQUET en matière de transparence,

·Il va sans dire que sur le budget national de 3500 milliards de FCFA, le 1/3 devra être affecté aux collectivités locales afin de leur permettre de mettre en œuvre les politiques publiques, entre autres dans le secteur de l’éducation et de la formation. La situation actuelle est à corrigée  dans la mesure où sur le budget national les collectivités locales ne bénéficient que de 20 milliards comme fonds de dotation,

·Les fonctions des structures traditionnelles d’éducation et de formation, telles qu’inspirées par les assises nationales de l’éducation et de la formation seront réactualisées et réadaptées afin de les intégrer dans les structures modernes d’éducation et de formation. Ainsi cela aurait comme avantage d’équilibrer les quatre dimensions : éducation, instruction, formation et insertion.  C’est une des voies royales  pour rompre avec l’immobilisme constaté en matière de réformes dans l’accès, l’équité, la qualité et la gouvernance. Pour réussir ces réformes ou la refondation préconisée par les assises nationales de l’éducation et la formation des questions comme la responsabilisation de leaders transformationnels à la tête de nos structures, le recrutement et la formation d’enseignants de qualité, l’introduction des langues nationales dans le système éducatif devraient être systématisées,

·Les leçons apprises des plans d’ajustements structurels des années 80 devraient nous conduire à prendre en charge dans nos budgets des questions aussi stratégiques l’élaboration des curricula ou l’alimentation nutrition de nos enfants. C’est là une question de souveraineté nationale,

·S’agissant de la question de la qualité le schéma actuel proposé sur l’éducation de base de 10 ans me semble pertinent avec une entrée multiple respectant les choix des parents pour une sortie harmonisée et unique garantissant la formation de citoyens qui ne risquent  pas de s’affronter demain parce que ayant des profils de sortie opposés ou contradictoires. C’est un enjeu réel car le problème existe déjà au Nigéria avec « Boko Haram » et dans d’autres pays de la sous région ou du monde,

·Les questions de l’accès, de l’équité et de la gouvernance trouveront leur solution dans la responsabilisation des collectivités locales et des conseils de quartiers par l’identification des besoins réels des territoires et des populations,

·Les élections paritaires annoncées depuis quelque temps devraient faciliter la réduction du nombre de syndicats et leurs positionnements au niveau des communes et des départements plutôt qu’au niveau central. Leur intervention au niveau central ne se ferait que sur de grandes questions stratégiques,

·Une place plus importante réservée à la société civile lui permettrait de jouer efficacement au niveau territorial et central son rôle de veille, d’alerte et contribution innovante pour influencer positivement les politiques publiques dans leur conception, leur mise en œuvre, leur suivi, leur évaluation et leur capitalisation pour un passage à l’échelle,

·L’Etat devrait après des études approfondies rétablir l’équilibre et la méritocratie dans la fonction publique. Il devra cesser de s’engager sur des choses qu’il ne maîtrise pas,

·Les enseignants devraient disposer d’avantages comme l’attribution de parcelles par le maire pour un habitat groupé (immeuble) ou terrain viabilisée pour y construire un appartement sur la base de prêt obtenu à partir d’un fonds de garantie mise en place par la collectivité locale, remplaçant ainsi le DMC (Direction de la Monnaie et du Crédit). De la même façon dans les communes et départements les enseignants disposeraient de centrales d’achat pour acheter les denrées  dont ils ont besoin à de meilleurs prix

·A tous les niveaux, il sera mis en place un dispositif efficace de contrôle, de suivi, d’évaluation et de reddition des comptes débouchant sur des sanctions positives et négatives.

A la veille du conseil présidentiel sur les assises nationales sur l’éducation et la formation, j’ai tenu par cette contribution à susciter le débat en restant ouvert à tout autre point de vue pour accompagner cette grande initiative de refondation du système éducatif dans notre pays.

Cheikhou TOURE,

Expert en qualité de l’éducation,

Citoyen à Sangalkam

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