images (1)

La double nationalité, un discours du Front national

Un très grand religieux sénégalais vénéré de tous du fait de son érudit, par ailleurs khalife général d’une grande  confrérie, a expliqué lors d’une conférence religieuse qu’il est resté deux ans en France rien que pour acquérir la nationalité française. Il a d’ailleurs ajouté avec l’humour qu’on lui connait et sa grande sagesse que ce n’était pas sûr, dans le contexte des États africains d’alors, de n’avoir qu’une seule nationalité. Ce marabout a même ajouté qu’il a par la suite rencontré Me Abdoulaye Wade en tant qu’avocat qui lui a expliqué qu’il n’avait pas besoin de séjourner autant en France pour une nationalité qu’il pouvait acquérir autrement.

Toujours est-il que ce guide religieux est fier de brandir ainsi sa nationalité française comme nombre de Sénégalais qui n’y voit aucun inconvénient. Si, en effet, la lise de ces personnalités était divulguée par l’Ambassade de France qui les connait bien, les Sénégalais seraient très surpris.

Tout le monde convoite la nationalité française

Car, c’est un secret de polichinelle, tout le monde, dans ce pays, convoite la nationalité française. Non pas pour des questions de complexe lié au statut d’ancien pays colonisateur de la France, mais pour des raisons pratiques de facilitation de certains avantages qu’offre une grande nation membre de l’Union européenne (Ue). Ces nombreux jeunes qui bradent la mer dans des bateaux de fortune pour rallier l’Europe ne diront pas le contraire. Ces épouses d’hommes d’affaires, de personnalités politiques, des show-biz, du sport, etc. qui rallient immédiatement la France, les États-Unis ou d’autres pays de l’Hexagone pour y accoucher afin de faire bénéficier leurs enfants de la nationalité de ces pays ne diront pas le contraire.

Il s’y ajoute qu’un simple coup d’œil dans le passé du Sénégal, permet de se convaincre de l’existence ancienne de la binationalité de nos dirigeants. Certains même parmi eux ont des nationalités russes ou d’autres pays moins convoités parce que moins connus des Sénégalais.

Les différentes générations de Modou-Modou qui se sont succédés, ces dernières années, en Italie, en Espagne et ailleurs depuis les années 80, commencent à acquérir la nationalité de ces pays d’accueil, où ils vivent souvent avec leurs familles et sont plus intégrés qu’on ne le croit.

Beaucoup de Sénégalais sont d’origine française du fait de leurs mères, de leurs pères ou pour des raisons liées à d’autres facteurs comme la colonisation. Comme nombre de Français sont aussi de nationalité française. Ainsi va le monde.

C’est dire que le débat agité, depuis quelques jours, au Sénégal sur la double nationalité de certains dirigeants est malsain. Il comporte une forte dose d’hypocrisie doublée d’une mauvaise foi. Si la nationalité française se vendait au marché, les acheteurs seraient nombreux.

L’impératif de pudeur républicaine

Instrumentaliser des faits ou une situation à des fins de politique politicienne est une fâcheuse habitude chez nous. Avec comme conséquence directe, la permanence des débats factices, inutiles, irresponsables et dangereux.

Tout le monde sait que ceux qui ont la double nationalité n’ont commis aucune infraction et sont dans leurs droits. Le fait que la loi exige des candidats à la présidentielle l’exclusivité de la nationalité sénégalaise n’est pas un obstacle pour eux car, ils peuvent renoncer à l’une d’elle. C’est aussi simple que cela. Nous n’avons jamais compris la propension de nos hommes politiques à entrer dans des querelles stériles. Est-ce pour divertir l’opinion ou sont-ils vraiment sérieux ? Nous en doutons.

Le fait de vouloir neutraliser un adversaire politique ne saurait tout justifier. L’exercice de la politique peut et doit s’accompagner d’un minimum d’éthique et de pudeur républicaine qui pousserait à éviter les débats dilatoires destinés à  manipuler une opinion qu’on ne respecte pas. Il est manifestement clair que, dans notre pays, nombre d’hommes politiques ont une propension à rabaisser le niveau de leurs discours pour mieux le faire digérer par une masse d’électeurs non-instruits et sous-informés. Ils poussent le cynisme communicationnel jusqu’à dire des hérésies qui n’honorent pas leurs rangs.

Les Ivoiriens l’ont fait avec Ouattara et les conséquences sont connues. Ce discours du Front national (Fn) de certains politiciens sénégalais relève d’un calcul qui est loin d’étre de xénophobie comme on pourrait le penser. Il s’agit pour ceux, d’un simple jeu, celui de tout faire pour convaincre, sans avoir raison. La Grande Royale ne croyait pas si bien dire.

Assane Samb

Voir aussi

telechargement-6

INSECURITE ET SERIE DE MEURTRES Oumar fait … Maal aux Sénégalais

Le sang jaillit, coule et coule encore. Les esprits et les regards des citoyens sont …